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 crépuscule du soir • destinée

Vers les étoiles, à travers les difficultés
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❝ HIBOUX : 41
❝ CÔTE DE POPULARITE : 461
❝ MIROIR : Colin Firth.
❝ CREDITS : Odistole.
❝ DIALOGUES : #24445C
❝ ÂGE : 52 ans.
❝ STATUT SOCIAL : Cavalier célibataire, veuf, télépathe à ses heures perdues.
❝ OCCUPATION : professeur de potions ; ancien empoisonneur royal connu sous le nom de Sphynx.



destinée & abel ❧ croyance de couronne.
La balustrade dominait tout le paysage alors que le crépuscule à l'horizon agonisait depuis longtemps, noyant les jardins d'Acanthe de couleurs d'or et d'orange, de sanglant et de carmin. Les mains posées sur le garde-fou de marbre immaculé et froid, Abel observait ce domaine vaste, si immense qu'il semblait éternel. Un léger frisson parcourut ses bras nus, donc les manches de chemises étaient relevées peu avant le coude plié. Mais ce n'était dû qu'à la fraîcheur bienvenue de cette journée tiède qui voyait se mourir son temps. Du coin de son oeil à l'iris noir, il entrevit de petites silhouettes dans des buissons aux épines acérées ; les fées étaient de sortie tôt, aujourd'hui. Elles voltigèrent, ombrèrent les parterres de fleurs de leur obscure soeur de ténèbres, et disparurent aussi vite qu'elles étaient apparues. Abel se souvint d'un temps, qui lui sembla lointain, où il allait écouter leurs rires comme des clochettes, entre deux cours, alors qu'elles disparaissaient dans une frimousse mutine.  

Tout en s'adossant à ce paysage admirable, il centra son esprit. Destinée avait proposé une ballade, et il avait lui-même soumis la balustrade. C'était beau, certes, mais ce serait également calme. Ils pourraient discuter à bâtons rompus. Abel sentit un sourire effleurer ses lèvres : jamais il n'aurait cru pouvoir devenir l'ami de confiance de la reine, alors qu'il prenait ses mesures d'empoisonneur royal. C'était surtout à la mort du roi que Destinée s'était tournée vers lui. Leur relation remontait à plus de trois décennies, et il avait tué pour elle. Littéralement. Sa foi en la couronne, sa foi en Destinée était plus forte que n'importe quoi. Il croyait en elle, en ses décisions, et n'avait jamais remis aucun de ses choix quand il était son serviteur. Peut-être que le temps avait fini par lui donner ce rôle qui incombe aux conseillers, mais à présent, il n'hésitait plus à proposer des échappatoires quand elle ouvrait son coeur sur quelque souci que ce soit. C'était toujours un tel honneur qu'il en ressentait une arrogance qui lui était propre, et pourtant sa fierté se plaçait en la femme forte qui avait donné la vie aux souverains de France.

La brise lui apporta le doux effluve du parfum de Destinée, et il la sentit avant même de la voir. Ses lèvres au sourire doux s'étirèrent en un rictus orgueilleux - la savoir simplement prête à passer du temps avec lui, voilà qui faisait naître la jalousie dans bien des coeurs de nobles. Il se souvint, durant une seconde, de rumeurs comme des déflagrations. Sa basse naissante d'une famille déchue, ses secrets enfouis, ajoutant à cela les clameurs de ceux ne comprenant pas qu'il puisse soutenir Destinée sans vouloir plus. Il laissa là ses perplexités, sa mémoire lâcha les souvenirs coupant comme du verre, et il s'inclina poliment devant la femme qui était face à lui. Si elle n'avait plus l'allure de ses vingt ans, elle restait d'une beauté incomparable, sûrement grâce à son charisme et son énergie qui pulsaient littéralement d'elle, comme des sarments de lumière, la rendant plus précieuse encore. « Bonsoir, ma reine» prononça t-il d'une voix grave, musicale, claire. Cela aurait pu faire naître des froncements de sourcils, mais il n'en avait cure - il avait servi une reine, et avait choisi de se retirer. Elle resterait sa reine, comme une perle que l'on garde jalousement.

Abel eut un coup d'oeil amusé vers les gardes qui flanquaient Destinée. Bien entendu, la reine-mère se devait d'être en tout point entourée de gens capables de la défendre. Peut-être percevait-elle, comme lui, l'ironie amusante de la situation : il avait été l'empoisonneur de ses ennemis, et elle serait sans doute plus en sécurité avec lui qu'avec aucun d'entre eux. Présomption d'un vieil assassin, sûrement, mais il aimait cette idée. Qu'il puisse encore la protéger, la garder et la servir, quand bien même il était à présent maître des potions à Beauxbâtons. Abel désigna d'un index poli un panier près de ses pieds. « Votre porto préféré, il me semble» déclara t-il, avec toujours cet air d'un chat, ses yeux brillants posés sur les gardes. Il avait dépassé la moitié d'un siècle, mais les restes d'un enfant fourmillaient en lui ; ces pauvres hommes ne faisaient pas le poids devant la moindre de ses concoctions. Mais il se tempéra lui-même, reniant l'onde de défi qui naissait dans son ventre. Il n'était pas là pour chercher querelle ou braver quiconque. Le regard se tourna vers le visage connu et hocha la tête distraitement, apaisé. Il se doutait de ce qui allait se passer, et ça n'allait plaire à aucun de ces surveillants. Destinée allait les quitter là, les planter ou leur demander de partir. La reine aimait ces moments entre eux autant que lui. Chacun chérissait ce trésor, du moins l'espérait-il, naïvement.


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Charles Baudelaire, la beauté
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Crépuscule du soir
Abel & Destinée


« Faites avancer la voiture pour 19h30. Précises » ordonna-t-elle d’un ton autoritaire qui contrastait avec la voix presque coquine dont elle usa pour la suite de ses paroles. « Ce soir, j’ai rendez-vous dans les jardins de BeauxBâtons… » Sitôt, on s’empressa au Palais de l’Étoile. Tous autant que chacun savaient combien la Reine-Mère haïssait les retards.

Inutile de l’interroger quant aux motifs de ce rendez-vous nocturne. Ses entretiens avec le professeur de potions de BeauxBâtons, Abel Boisblanc, étaient devenus une habitude. C’était une bonne chose, se plaisait-on à dire entre les murs du palais. Veuve depuis trop longtemps déjà, on s’inquiétait pour Destinée Leblois qui refusait obstinément, et ce en dépit de propositions étourdissantes, de laisser un homme entrer dans son cœur et, plus techniquement, dans son lit. Au contact de Boisblanc, cependant, il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer combien la Reine-Mère semblait retrouver une nouvelle jeunesse. Elle s’épanouissait de nouveau telle une fleur ayant manqué d’eau, ce qui faisait naitre, chez les gens de la cour, quelques idées allant des plus folles aux plus fantasques à propos d’une possible idylle entre la souveraine et son ancien empoisonneur. Ces rumeurs, dit-on, avaient la particularité de faire rager de jalousie les prétendants de la Reine-Mère ou mourir d’envie les veuves esseulées de Paris qui se voyaient aux bras d’un homme aussi plaisant qu’Abel Boisblanc. Quoi qu’il en soit, dans l’entourage de la famille royale, on se rassurait pour la santé mentale – et physique – de la veuve du roi Auguste.

Assise dans ses appartements, vêtue d’un simple peignoir, une dame de compagnie à sa droite, elle contemplait les deux tenues que son habilleuse lui présentait, incapables de faire un choix. Elle opta finalement pour la plus simple. Une robe longue, bien entendu, mais légère de par son satin couleur bleu nuit.  Ainsi, après avoir pris un bain, on l’aida à se vêtir. Deux jeunes femmes s’affairaient à la corseter tandis qu’une autre appliquait quelques gouttes de ce parfum qui plaisait tant à son bon ami, aux effluves orientaux à la fois fleuris et épicés ; là, derrière les oreilles, ici, à ses poignets et juste là, à la naissance de sa poitrine. À 19h25, pile-poil, elle descendait le grand escalier menant au hall du palais. Sa robe virevoltant au vent au rythme de ses pas. Elle était d’une élégance rare et éblouissante, sans être toutefois trop tape-à-l’œil.

Fin prête, on la conduisit jusqu’à BeauxBâtons où, tel le voulait chaque fois le protocole royal lorsqu’elle venait pour un entretien privé, son arrivée soit précédée d’un "couvre-feu" général. Il était inimaginable qu’elle circule dans des couloirs bondés d’étudiants où sa sécurité pouvait être compromise à tout moment. On s’assura que la voie était libre et que personne ne soit dans les jardins d’Acanthe pour lui ouvrir les portes menant à la balustrade qui donnait vue sur un majestueux coucher de soleil. C’était d’une beauté à couper le souffle, mais ce n’est point l’astre orangé qui attira le regard de la Reine-Mère. Il était là, adossé contre la rambarde de marbre blanc, un sourire mutin dessiné aux lèvres.


« Bonsoir, ma reine. »
« Abel, cher ami. »

Qu’elle aimait le retrouver, lui qui au fil des années, après les avoir loyalement servis, elle et sa famille, était devenu plus qu’un ami, mais aussi un confident. À la mort d’Auguste, c’est tout naturellement que leur relation avait évolué pour devenir à ce point particulière qu’elle suscitât les commérages et les regards. Qu’à cela ne tienne ; l’un et l’autre ne se souciaient guère des qu’en-dira-t-on. Rien n’y personne ne saurait défaire ce lien si étroit qui les unissait.

Elle se tenait à une bonne distance de son cavalier. Dans un autre temps, une époque, un autre contexte, elle aurait filé jusqu’à lui pour l’étreindre et l’embrasser amicalement, mais les convenances – ces fichues convenances - l’en empêchaient. Non pas sans avoir vu le regard du professeur de potions se poser en direction de ses gardes, Destinée détourna à son tour ses yeux vers ces derniers, presque aussi amusée que lui.


« Votre porto préféré, il me semble. »
« Juste » répondit-elle en hochant doucement la tête.

Elle se retourna vers ses colosses, faisant dos à son ami.


« Messieurs, laissez-nous, je vous prie » ordonna-t-elle avant que l’un d’eux ose se racler la gorge en signe de protestation. Le regard de la Reine-Mère se fit alors des plus durs. « Ne m’obligez pas à me répéter !»
« Bien, Votre Altesse. »

Les gardes obtempérèrent, les laissant seuls devant cette infinité d’étoiles qui ne tarderait pas à envahir le ciel. Cette soirée s’annonçait divine et c'est sur cette réflexion intérieure qu’elle se dirigea, d'un pas lent, vers son dévoué. Instinctivement, elle lui tendit la main, mettant en évidence sa bague de souveraine. C’était un geste qui se voulait protocolaire plus que vaniteux.


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destinée & abel ❧ croyance de couronne.
Le contact du marbre dans son dos aurait pu paraître froid à quiconque, mais Abel n'appréciait guère les températures chaudes. Les journées trop ensoleillées le voyaient se cacher dans pénombres bienfaisantes de ses cachots. Néanmoins, il prenait garde à sortir de temps à autre, afin de ne pas vieillir trop prématurément. Combien de fois nombre de femmes, autrefois, avaient vanté son teint ? C'est avec amusement qu'il s'en souvenait, bien qu'aucune de ces femmes n'aient jamais eu un réel poids dans ses décisions. L'empoisonneur n'était pas de ceux qu'on influence de paroles charmantes ou de mots bien placés. Il n'y avait qu'une voix qu'il écoutait ; féminine, aux accents déterminés, elle appartenait à une femme forte, qui justement avançait devant lui. Il songea avec une brûlure nostalgique que même Lucille n'avait jamais eu autant d'ascendant sur lui. Mais les années lui avaient appris à accepter ce fait. Il n'y pouvait rien changer ; cela aurait été comme de vouloir se débattre à contre-courant dans les tourbillons des ères et des éons, le temps et le destin sinuaient dans les méandres des époques, implacables comme la main des assassins.

Coupant court à ses pensées, Abel affecta de ne pas faire attention à la vêture toujours si élégante de sa reine. Pourtant, il ne pouvait s'y méprendre, cette couleur lui donnait vingt ans de moins, et la subjuguait, comme si elle était faite d'or ou d'argent. Il n'avait qu'une hâte, que ces inconnus, ces molosses aux allures pompeuses, ne s'enfuient de là, ne laissent libre leurs actes et leurs mots. « Vos gardes n'ont toujours pas appris à vous tenir tête» s'amusa t-il, en chuchotant sa remarque avec une voix amusée, droit dans la tête de Destinée. Ce moyen sûr et silencieux d'offrir ses pensées avait quelque chose d'impudique, mais ils avaient avec le temps développé cette méthode. La reine était sûrement l'une des dernières à qui il montrait ses talents de télépathe. Ses lèvres n'avaient nullement bougé, et il restait, du dehors, aussi impassible que possible ; le spectateur vigilant aurait remarqué une lueur de triomphe alors que la reine congédiait ses surveillants, à la manière d'une adolescente se débarrassant d'un chaperon. Ils n'avaient nulle chance de pouvoir refuser l'un de ses ordres ; il se félicitait presque de n'être plus de ce côté là de la hiérarchie, tout en le regrettant un instant. Etait-il réellement nostalgique de ce temps où il recevait ses commandements de Destinée ? Quoi qu'il en soit, elle n'aurait qu'à demander, et il s'exécuterait, ancien assassin ou non. Ils étaient au-delà d'arrangements ou d'amitié.

Abel suivit les mouvements lents et impérieux de Destinée, et prenant doucement sa main dans la sienne droite, il la porte à ses lèvres, et embrassa l'ornement à son doigt, en prenant presque trop d'attention afin de ne pas s'appesantir à son contact tiède. Il relâcha la main prisonnière, et eut un léger rire quand ils se retrouvèrent enfin seuls, non sans que les gardes ne lui lancent un regard qui en disait long - la reine était sous sa responsabilité ; quoi qu'il lui arrive, il en payerait les conséquences. Mais il n'avait nulle intention négative, hormis peut-être celle de partager un bon porto avec elle. « Vous êtes très en beauté» la complimenta t-il avec sincérité, en plongeant enfin ses yeux noirs dans ceux de la reine, avec un profond respect. Il ne voulait plus baisser le regard devant elle, quand il pouvait enfin admirer son visage et les délicatesses de ses traits, ou l'émotion dans le regard. « J'ai l'impression que nous ne nous sommes vus depuis des lustres» déclara t-il alors que, d'un mouvement de sa baguette, deux verres vacillaient en l'air, la bouteille offrant aux oreilles le doux glouglou du liquide odorant aux effluves gourmands. Si ils organisaient régulièrement des entrevus, que ce soit lui qui se déplaçât ou non, il trouvait cela trop peu à son goût. Il aurait pu dire explicitement combien sa compagnie lui manquait, à quel point leurs conversations avivaient en lui la flamme de leur jeunesse, et qu'il ne savait trouver son pendant chez quiconque, mais ce n'étaient pas des mots que l'on prononçait, surtout à sa reine.

« Alors que je me sens fourbu de fatigue, vous voilà resplendissante, comme si le temps n'avait pas ses griffes accrochées à vous. Vous semblez vous porter à ravir» fit-il, toujours de sa voix basse, légèrement musicale. C'était une manière détournée de lui demander comment elle allait. Elle s'était de toute manière toujours bien portée - elle n'était pas le genre de femme à se laisser abattre, et c'était cette volonté de fer qui faisait d'elle une reine qu'il désirait suivre. Il saisit son verre et le tendit, portant un toast à sa souveraine, la tête penchée, ce même sourire habituel, presque mutin, aux lèvres. « A nos retrouvailles, qui ne sont jamais aussi longues que ce que j'espère.» Nouveau rire, tintement du verre, et la gorgée de feu attrape son gosier, brûle l'être en entier comme pour le réduire en cendres, puis s'apaise, dragon ronflant aux arômes puissants. Il alla s'accouder de nouveau à la balustrade. Il invitait, par son silence poli, sa reine et amie à parler. Il préférait toujours la laisser commencer - parce qu'écouter sa voix le détendait, et lui permettait de faire le point sur les propres informations qui pouvaient avoir de l'intérêt pour elle. Il avait appris l'intérêt du silence quand, dans les murs, il se devait de n'être qu'une ombre ; il avait apprivoisé l'obscurité et l'invisibilité. Mais, à sentir Destinée si proche de lui, il ressentait une renaissance dans chacune de ses cellules, comme si elle embrasait de son énergie particulière son essence même. Son sourire s'accrut, et il tenta de le cacher derrière le rebord de son verre en prenant une gorgée.



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Crépuscule du soir
Abel & Destinée


À l’ouverture des portes menant à la balustrade, la matriarche de la dynastie Leblois ferma les yeux tout en prenant une grande bouffée d’air. Merlin qu’elles étaient enivrantes, ces odeurs parfumées que le vent transportait. Roses, jasmins, tubéreuses, lys d’eau… Ce mélange d’odeurs capiteuses lui rappelait combien elle aimait se retrouver dans les jardins d’Acanthe. Ce fait ne datait pas d’hier. Chaque fois qu’elle revenait en ces lieux, elle se rappelait ses brillantes études à BeauxBâtons, oui, mais c’est surtout le souvenir de ses premières - et seules -  amours avec Auguste qui remontait à la surface. D’aussi loin qu’elle se rappelle, c’est ici-même, sur cette balustrade, qu’Auguste l’avait fait valser avant de lui demander d’unir leurs destinées. Pour l’occasion et de la même manière qu’elle venait de le faire avec ses gardes, il avait fait en sorte que personne ne puisse venir les déranger. Cet endroit, empreint des souvenirs de leurs premiers émois et de la concrétisation de leurs attirances communes, était devenu le leur. Cette brulure nostalgique, Ô combien douloureuse, Destinée la ressentait également. Avant qu’il rende son dernier souffle, Destinée avait juré à Auguste de lui rester fidèle jusqu’à ce que la mort l’emporte à son tour. L’idée qu’elle porte un deuil perpétuel, il le lui avait interdit. Formellement. Elle n’a jamais su respecter sa dernière volonté, si compté que personne n’a jamais réussi à égaler, un tant soit peu, celui qu’était Auguste. Personne, sauf celui qui, en cette délicieuse soirée, l’attendait sur la balustrade de ses amours. À l’opposé d’Abel, Destinée avait appris à refuser catégoriquement cette constatation, à résister fermement à toute tentation, quelle qu’elle soit. Résister. Elle voulait y parvenir, sans quoi elle aurait l’impression d’un manquement à sa parole, d’une trahison.

Ce soir, à la vue de son ami qui l’attendait, les choses semblèrent prendre des allures d’autrefois. Elle le revoyait, son beau prince, dans la même position, adossé contre le garde-fou. Cette image était aussi nette que bouleversante. La remarque de son compagnon, lancée à la manière d’un sarcasme, eut le mérite de la ramener à la réalité et de détendre une atmosphère qui aurait aisément pu devenir protocolaire à en être impersonnel, ce qui n’était pas le but de cette rencontre.
« Ils ont surtout appris qu’ils avaient tout intérêt à ne pas me tenir tête » lui répondit-elle aussi amusée que lui devant l’air renfrogné de ses malabars.  « Ne blâmons pas leur excès de zèle… J’en connais, il fut une certaine époque, qui l’était tout autant sinon plus qu’eux » ajouta-t-elle, taquinant bien sûr son bon ami de sorte à lui témoigner également qu’elle n’avait point oublié ses valeureux et précieux services. « À moins qu’ils ne se sentent menacés par votre seule présence… Et ils auraient bien raison » chuchota-t-elle à son tour tandis que ses gardes s’exécutaient en grommelant.  « Détendez-vous, messieurs. La mère de votre roi ne saurait être plus en sécurité qu’avec Monsieur Boisblanc. Dois-je vous rappeler que vous n’étiez pas encore nés que déjà ma confiance envers lui était absolue ? » Car c’était un fait : Abel était de loin son plus loyal protecteur et il le demeurerait, professeur de potions ou non.

Elle suivit des yeux le trajet de ses lèvres jusqu’à sa main et se surprit à resserrer la sienne. Enfin seuls. Son rire victorieux ne manqua pas de la faire sourire, plus encore lorsqu’il la complimenta.
 « Vous êtes très en beauté» ... Elle aurait voulu lui dire que c’est en pensant à lui qu’elle avait choisi cette somptueuse robe, qu’il lui inspirait ce besoin de paraitre plus jeune, qu’avec lui, elle se sentait plus jeune. Mais toutes ces belles paroles, aussi vraies soient-elles et que l’on se susurre doucement au creux de l’oreille, étaient inconvenantes pour une reine de son âge. Pour toute réponse, le teint rosi et l’air modeste, elle se contenta de sourire tout en replaçant une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille. Presque aussi timide qu’une adolescente à qui on ferait la cour pour la première fois. « Il me semble à moi aussi que notre dernière rencontre remonte à il y a des lunes » lui avoua-t-elle, pensant tout comme lui que leurs entretiens se faisaient trop rares, trop distancés. Était-il possible d’apprécier quelqu’un à ce point, avec tant de vigueur et de passion, qu’une minute passée sans cette personne équivaille à des heures ? Elle avait eu cette douloureuse réflexion en songeant, jadis, à son époux bienaimé et voilà qu’aujourd’hui c’est à l’endroit d’Abel qu’elle y pensait. C’était lourd de sens… Le son des verres qui se remplissaient de l’enivrant liquide la tira cependant de ses rêvasseries.

« Alors que je me sens fourbu de fatigue, vous voilà resplendissante, comme si le temps n'avait pas ses griffes accrochées à vous. Vous semblez vous porter à ravir »

« Abel… Rappelez-vous que derrière toutes ces crèmes et ces petits flacons miracles dont je ne saurais taire l’utilisation, se cache une femme vieille et flétrie. Le temps passe, cher ami. Profitez en tant que vous êtes encore jeune et vif. »  Oui. Jeune, à ses yeux, il l’était encore, même s’il prétendait le contraire. Elle donnerait cher pour reculer vingt ans en arrière, à l’époque où elle n’avait guère besoin de toutes ces crèmes et de tous ces petits flacons miracles pour paraitre jeune et belle. À 74 ans, si elle paraissait en avoir 50, c’est qu’elle pouvait aujourd’hui dépenser jusqu’à une fortune pour en donner l’illusion.

Elle saisit le verre que lui tendait Abel et le fit tinter contre le sien, leurs regards incrustés l’un dans l’autre.
« À nos retrouvailles et à toutes celles qui viendront. » Une première gorgée avant de le rejoindre au garde-fou. Elle regarda silencieusement l’horizon, comme pour ne rien briser de cet instant aussi savoureux que ce porto.  Elle brisa son silence au bout de secondes s’apparentant à des minutes. « Aujourd’hui, tout particulièrement, votre présence m’est salvatrice, Abel » déclara-t-elle en posant main droit sur la sienne gauche, encore bouleversée par la mort précoce et encore trop récente de Solange, sa petite-fille.  

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destinée & abel ❧ croyance de couronne.
Abel n'avait jamais cru que vieillir était aussi difficile. Devoir se lever, à chaque aube, et devoir faire avec les petites douleurs de vieillard, les souffrances qui s'éveillaient en même temps que l'esprit, c'était plus que ce qu'il n'avait jamais imaginé. Lorsque l'on a vingt ans, on se croit éternel, et il avait espéré durant de longues années que le temps où il devrait cesser ses services prendrait cours dans de longues époques. Pourtant, il n'était pas mécontent de son sort : pédagogue, il avait toujours rêvé d'enseigner les potions, dont l'art l'avait touché quand il était jeune. Il ne s'était fait nulle illusion : qu'on l'air désigné comme cavalier, chevalier de la reine, il n'était pas un héros. Il ne faisait pas le bien, mais ce qui devait être fait, et c'était bien plus que ce qu'il avait espéré. Il ne tuait pas pour sauver des gens, mais pour que la monarchie en laquelle il croyait continuât d'avancer.

La légère pique de Destinée amena une lueur canaille dans les yeux noirs d'Abel - effectivement, il n'avait jamais rechigné face aux difficultés. Il avait toujours trouvé moyen de parvenir à ses fins, qu'il s'agisse d'obtenir des informations ou de tuer de façon discrète une personne royale étrangère. Son sourire s'agrandit encore quand sa reine caressa son égo ; était-il réellement encore capable de tous les tuer ? Ses vieilles habitudes d'empoisonneur ne l'avaient jamais quitté ; il possédait sur lui diverses poudres qui, mélangée en un certain ordre, produisaient différentes sortes de poisons. Abel se sentit revigoré par la confiance dans les mots de l'impériale femme proche de lui : il n'en doutait pas, même si il s'en étonnait, mais cette foi qu'il lui rendait au centuple, il la chérissait de toutes ses forces.

Le carmin délicat rendait la reine mère d'autant plus charmante. Il pencha la tête sur le côté, passant sa main dans ses cheveux pour en repousser les boucles désordonnées. « Ne soyez pas aussi dure envers vous même. L'âge s'étend sur nous tous, mais je ne doute pas que, artifices ou non, vous soyez d'un charme que n'importe quelle femme ne puisse égaler. » La jeunesse des traits ne faisaient pas tout. L'âge n'avait nullement altéré la séduction de sa reine. Son élégance restait sans pareille, et Abel comprenait parfaitement que sa propre vieillesse puisse la rendre plus fragile au regard des autres. Pourtant, il ne la voyait pas comme une reine déchue, dont l'époque était dévolue, mais comme la femme qu'il avait servit et qu'il suivrait au bout du monde, jusque dans la tombe. Dans tous les cas, les crèmes n'auraient jamais permis de donner à la reine plus qu'une cinquantaine d'années.

Leurs bras se touchaient presque - et dans ce presque contact, il y avait toute la retenue du monde. Si ils avaient été des gens normaux, sans la hiérarchie qui liaient leurs poings comme des chaînes, il l'aurait prise dans ses bras, car il semblait que quelque chose lui portât sur le coeur. Il ne sursauta pas quand elle posa sa main sur la sienne, mais apprécia la chaleur de sa peau, et baissa les yeux vers elle. Il savait ce qui n'allait pas - la mort de Solange leur avait tous fait un choc. Il n'imaginait que peu la douleur de cette perte pour Destinée. Peut-être faisait-elle le lien avec son mari, et qu'elle souffrait doublement. Doucement, il serra sa main dans la sienne. « Demandez ce que vous voulez, et je vous obéirez. » Il était prêt à tout pour chasser le mal qu'il lisait chez elle. Il serra un peu plus fort les doigts féminins, tenté de la serrer contre lui, de chasser le chagrin une petite seconde, pour lui montrer que, si elle avait perdu encore une fois et de façon injuste une personne qu'elle aimait, il restait là pour elle. Mais il résista, pour ne pas la gêner.

Il hésita, puis se décida à poser des questions, afin d'en savoir plus. Il se devait d'obtenir réponse à sa curiosité, car si sa nature soupçonneuse était établie, il pouvait faire quelque chose. Il pouvait alléger le deuil parla vengeance. Cela ne ramènerait pas Solange à la vie, mais peut-être que la vue d'un sang coupable ferait du bien. « Etait-ce réellement la maladie ? N'y a t-il personne qui puisse avoir joué dans cette tragédie ? » Une demi-seconde plus tard, il adoucit ses paroles : « Pardonnez-moi. Vous venez à moi avec votre chagrin, et je monte déjà aux créneaux, pris par les habitudes. Excusez-moi. » Peut-être n'était-ce pas le temps pour proposer ses services. Il devait lâcher ses manies d'empoisonneur, et de vouloir trouver un coupable à tout. Peut-être - il l'espérait - Solange était-elle morte de maladie. Car si quiconque avait à voir avec cela, si ce décès était un meurtre, il ne vivrait pas longtemps, il se le jura.

Mais trêve était de pudibonderie. Destinée en avait besoin - il se l'assura, juste avant de porter ses mains dans le dos de sa reine et de la tenir contre son torse. Il ferma les yeux, se sentant blâmable de ressentir un apaisement soudain en la sentant contre lui. C'était à lui l'apaiser elle. D'apaiser son chagrin. Il se refusait à la voir souffrir, mais que pouvait-il faire ? Se sentir aussi impuissant était nouveau, effrayant. « J'aimerai pouvoir prendre toute votre douleur et la porter en moi pour que vous ne souffriez plus. Si je puis alléger votre peine, ma reine, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, et même plus.» Retourner les montagnes ne lui semblaient plus un si grand effort, quand il ressentait la perte de sa reine aussi puissamment. Il aurait dû bouger, il aurait dû la lâcher, mais il se tint immobile, en la tenant encore, aussi doucement que possible.



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❝ ÂGE : 74 ans, mais elle en parait 60... Merci, Éternelle Jouvence !
❝ STATUT SOCIAL : Veuve et sera éternellement fidèle à son défunt mari.


Crépuscule du soir
Abel & Destinée


Vieillir. Destinée se l’était toujours refusé. Il fut une époque lointaine, avant même que le temps ne fasse ses ravages sur son teint diaphane, où elle aurait voulu l’arrêter. Les rides, les cheveux blancs, des douleurs ici et là… Elle abhorrait le flétrissement de ce corps qu’elle aurait désiré indestructible, inébranlable, immortel. À 74 ans, elle s’estimait chanceuse, certes, d’avoir toujours la forme et la santé. Mais combien de temps, encore, avant que son corps ne suive plus ? Combien de temps, encore, avant que ce ne soit sa tête qui flanche à son tour ? Oui… Au-delà de l’apparence physique à elle seule, c’est le déclin de tout son être qu’elle redoutait le plus, la décrépitude de sa psyché. Connue pour sa trempe et son énergie débordante à l’excès, elle rejetait complètement l’idée devenir un jour invalide à être inutile. Plutôt mourir que de finir oubliée et déchue.  

Cette petite étincelle canaille, ce n’est pas la première fois qu’elle la voyait dans le regard d’Abel.  C’est cette même lueur qu’elle avait lu chez lui autrefois lorsqu’il se rapportait à elle, qu’il s’agisse de la tenir au courant de desseins malveillants compromettant la sécurité sa famille ou de lui rendre compte sur ses missions. N’ayant jamais été de nature à récompenser pour un rien ou à lancer des fleurs à qui le veut bien, Abel était toutefois l’une des rares personnes pour qui Destinée ne tarissait pas d’éloges. Il ne s’agissait pas de flatter son égo. C’était un fait : il était de loin le meilleur de ses hommes de main et cette affirmation était aussi indéniable qu’un et un font deux. Bien sûr qu’il était encore capable de tous les tuer s’il le voulait. Elle le savait encore au sommet de son art et c’est bien pour cette raison qu’elle n’avait pas hésité une seule seconde à remercier ses gardes du corps.


« Ne soyez pas aussi dure envers vous même. L'âge s'étend sur nous tous, mais je ne doute pas que, artifices ou non, vous soyez d'un charme que n'importe quelle femme ne puisse égaler. » Comment ne pas rougir davantage devant tant de louanges ? Tandis qu’elle se sentit devenir encore plus écarlate qu’elle ne l’était déjà, elle sourit avec une gêne bien perceptible. « Oh… Je ne suis pas dure avec moi-même. Je constate, tout simplement. Les femmes – les jeunes femmes – n’ont plus rien, je crois, à m’envier. Je me sens presque dépassée… Plus de mon temps ! Mais vous, mon ami, même après tout ce temps, je vois que vous n’avez en rien perdu votre facilité sans pareille à faire rougir une dame. » Elle se mit à rire, sans malice aucune, avec une candeur timide tout en posant sa main droite sur son visage, comme si ce geste à lui seul pouvait cacher sa gêne ; sa vulnérabilité. Elle se sentait à la fois flattée et honteuse. Flattée, parce que comme toutes les femmes de ce monde, sorcières ou non, elle aimait être courtisée. Honteuse, parce que depuis la mort d’Auguste, elle ne s’était jamais laissé flatter de la sorte par aucun autre homme sinon ses fils.

C’est tout naturellement qu’elle avait posé sa main sur la sienne, davantage pour chercher du réconfort que tout autre prétexte. « À moins que vous n’ayez le pouvoir de ramener les morts à la vie, je crains, hélas, que vous ne puissiez obéir à ma demande… » lui répondit-elle en fixant le vide. Elle apprécia silencieusement qu’Abel resserre ses doigts contre les siens. Vinrent alors toutes ces questions. Questions qu’on lui avait déjà posées et qu’on lui poserait encore surement. Ces questions l’ennuyaient, bien évidemment, mais de la part d’Abel, elles prenaient un tout autre sens. Il lui fallait se confier sur ses véritables suspicions, sur ses sentiments. « J’aimerais pouvoir vous répondre, Abel, mais je ne le sais pas moi-même. Cependant, si vous voulez mon avis sincère, je crois qu’aucune jeune femme de 29 ans, en parfaite santé qui plus est, ne devrait mourir de manière aussi subite. Cela dit, ne vous excusez surtout pas. Vous ne posez aucune question qu’on ne m’a pas déjà posée auparavant. Seulement, vous êtes la seule personne avec qui je peux m’exprimer librement. J’ignore si quelqu’un a quelque chose ou non à voir avec la mort de Solange, mais ce que je sais, c’est que j’aimerais qu’on me la ramène. J’aimerais qu’on me ramène ma petite-fille… »

Ce soir-là plus qu’un autre soir, tandis que le souvenir de Solange lui semblait tout aussi douloureux que celui de son mari, la souveraine avait besoin de chaleur humaine, elle que l’on osait à peine toucher parce que le décorum le voulait ainsi. En dehors des quelques étreintes maternelles qu’elle s’est autorisée avec ses enfants – n’ayant jamais été portée aux gestes d’affection - elle ne se rappelait plus la dernière fois qu’on l’avait enlacé ni même de la sensation que cela pouvait procurer. D’abord mal à l’aise, les muscles tendus, elle s’abandonna peu à peu contre Abel. Il y avait dans ce geste quelque chose d’apaisant. « Vous êtes là… C’est déjà beaucoup. »  Une main sur son torse et l’autre sur son épaule, elle nicha sa tête au creux de son cou. Jusqu’à ce soir, elle n’avait jamais vraiment remarqué les notes boisées et ô combien masculines de son parfum. Elle ressentait une sorte d’enivrement si bien que dans un mélange de confusion et d’impulsivité, elle eut le réflexe de sceller ses lèvres aux siennes. Il ne fallut qu’une fraction de seconde pour qu’elle réalise l’inconvenance de son geste.

« Merlin… quelle incongruité de ma part. Abel je… Pardonnez-moi… »

Elle se défit de son étreinte, visiblement bouleversée et surtout incapable de le regarder. Un moment de faiblesse. Ça ne pouvait être que ça. Deux individus, deux amis, un homme et une femme, une étreinte dont il est impossible de défaire, la recherche de réconfort. Est-ce que l’inévitable aurait pu être évité ?
 

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destinée & abel ❧ croyance de couronne.


Destinée rougissait agréablement à ses compliments qui n'étaient que des mots pour mettre en avant ses émotions. Comment exprimer que l'âge ne pouvait flétrir une beauté qui n'était pas forcément uniquement celle du corps, mais aussi celle du coeur ? Destinée était belle, parce qu'elle était Destinée. Les rides ou le maquillage n'y changeaient rien ; cela aurait été minimiser l'importance qu'elle avait pour l'ancien assassin. Car, dans le fond, il ne la voyait pas avec ses yeux, mais avec le coeur de ses vingts ans ; il continuait de contempler dans les échos de cette époque, où elle portait la couronne comme aucune autre, et qu'elle était mariée à un autre. La réponse de sa reine lui laissa un goût doux-amer ; Abel détourna un instant le regard avant de le reposer sur la femme qui se tenait près de lui. « Peut-être ai-je perdu mon envie d'user de cette faculté avec quiconque autre que vous. » Il sourit, plus doucement encore. « Les jeunes femmes ont beaucoup à vous envier, comme toujours. Mais vous ne vous en rendez sûrement plus compte, voilà tout.» Il haussa une épaule, comme si la fatalité du monde était dans ce simple fait - quand une reine ne voyait plus ce qu'elle avait que les autres pouvaient désirer, c'était un drame, sans aucun doute. Il y avait quelque chose d'impérieux dans sa volonté qu'elle continue de se voir aussi nécessaire qu'elle l'avait été, sur le trône.

Ramener les morts était possible. Il l'avait appris - mais la nécromancie avait un coût incroyablement plus dur et implacable que la mort elle-même. Il avait lu des choses néfastes et dévastatrices qui avaient résultées de cette simple loin de la vie éteinte ramenée parmi les vivants, quand une âme se devait de rester là où elle reposait. Il ne pouvait rien faire pour Solange, il en était navré, mais il pouvait alléger le désespoir de la reine mère, il en était persuadé - il voulait s'en persuader. Il se sentit se durcir aux mots sincères de Destinée - ainsi, même elle soupçonnait des complots. Il laissa son esprit errer à la recherches de faits et d'indices, et se promit de faire tout son possible. Mais, en cet instant même, l'important n'était pas la revanche ou la rancune, mais cette peine qu'il entendait dans la voix infiniment triste de Destinée. Aucune femme ne devait survivre à ses enfants ou à ses petits-enfants. Alors il la prit contre lui, comme un oiseau qu'il voudrait protéger. Le souffle d'un remerciement, et Abel sentit une douce chaleur l'envahir. C'était comme si les années se morcelaient, pour s'insérer dans le présent ; combien de fois, jeune homme, avait-il jalousé le roi pour sa sublime femme à laquelle il avait offert ses services ? Puérile mémoire, se gronda t-il de faire renaître de tels songes vains.

Et puis, ses lèvres furent sur les siennes.
Le tic tac de l'horloge s'arrêta, et son coeur aurait pu en faire de même, si la seconde d'après, Destinée n'était pas éloignée de lui comme par des kilomètres, de toute évidence regrettant déjà ce geste qu'il avait à peine eu le temps de réaliser. Il eut envie de porter sa main contre sa bouche, comme pour toucher du bout des doigts ses lèvres bénies par la reine d'un baiser spontanée. Mais il se retint et la toisa doucement, acceptant sa gêne. Bien entendu, elle n'avait pas voulu ce baiser. C'était peut-être un réflexe ; peut-être avait-elle cru, un instant, retrouver son Auguste. Les mots déchirèrent les lèvres d'Abel, mais l'assassin senti qu'il avait raison de les prononcer. « Il n'y a rien à pardonner hormis la peine d'une femme bouleversée par le chagrin. » Et pourtant, égoïstement, il avait espéré. Mais sa foi ne devait pas être souillée par des émotions aussi anciennes. Il n'était que ruines de sentiments qu'il avait enfouis. Il n'avait plus à changer. Il se mit à parler d'autre chose, pour laisser Destinée reprendre ses esprits, par politesse, se détournant vaguement pour la laisser tranquille, à quelques pas de lui.

« Je trouve les élèves bien excités, ces derniers temps. Peut-être la pleine lune. Bien que cela n'augmente nullement leurs résultats en potion : tous se détournent de ce noble art. En bon maître des potions, j'en suis particulièrement navré. Je devrais réfléchir à un philtre de passion pour les titiller un peu » fit-il avec un petit sourire, essayant malgré lui l'humour pour dérider sa reine. Il se sentait soudain las, comme si le chagrin qu'elle avait se transportait en lui, à moins que ce ne soit seulement son sommeil erratique et ses repas irréguliers.



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Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;  J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;  Je hais le mouvement qui déplace les lignes ; Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Charles Baudelaire, la beauté
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crépuscule du soir • destinée

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