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 “Together we shared a bond not even death would violate.” (morgane)

Vers les étoiles, à travers les difficultés
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You don't mess with LOVE, you mess with the TRUTH.
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❝ HIBOUX : 1142
❝ AUTRES VISAGES : Valentine de Boisbleau
❝ CÔTE DE POPULARITE : 2186
❝ MIROIR : Leighton Meester.
❝ CREDITS : Everdeen, Tumblr, Wild Hunger.
❝ DIALOGUES : indianred
❝ ÂGE : Vingt-quatre ans.
❝ STATUT SOCIAL : Petite Noblesse (héritière du Comté d'Anjou).
❝ OCCUPATION : Beauxbâtons, en huitième année. Parcours social et politique. Comice Rubissane et membre du Cercle de la Rosière.



“I may not always be with you, but when we're far apart
Remember you will be with me right inside my heart”

Les journées d’avril laissaient enfin s’installer la douce chaleur du printemps sur beauxbâtons. Le ciel, parsemé de nuages, laissant tout de même quelques instants de grâce au soleil, semblait refléter mon humeur journalière. Depuis la semaine dernière, mon corps entier se consumait, se détruisait, et, pourtant, renaissait de ses cendres à chaque nouveau lever du soleil. J’allais être fiancée à un garçon dont je connaissais à peine le nom. Je rêvais de le détester, de le haïr, de l’écraser du pied, de ne plus le voir, plus jamais, et pourtant, je n’en étais pas capable. J’avais besoin, envie, presque, de le comprendre, d’apprendre à le connaître. Il voulait, comme moi, empêcher de projet de fiançailles, il fallait nous allier pour contrer nos parents, ceux qui régissaient nos vies, sans nous consulter, en un instant. J’étais libre comme l’air, encore quelques semaines plus tôt. J’étais maintenant attachée, liée, à un homme que je ne désirais pas, que je ne pourrais pas aimer. J’étais déjà prise, au fond de moi, mon corps tout entier lui brûlait déjà d’amour, de désir, pour un autre. Dorian, qui, lui, me fuyait, évitait mon regard, refusait de me parler. Trop vite, trop froidement, je lui avais confié mon envie de se fiancer avec lui, il avait voulu fuir, s’éloigner de moi. Je ne devrais pas être surprise, pourtant : je n’étais pas assez bien pour un Desclève. Et pourtant, pourtant, ma vie entière avait été passée à ses côtés, assumant, chaque jour, sa défense, sa protection, éloignant de lui les mécréants qui se moquaient, sans gêne aucune, de son bégaiement, de ses faiblesses. J’avais été trop présente, peut-être, ne m’étais jamais laissée désirée. J’étais une amie, une sœur, une protectrice. Pas une fille que l’on aime, ou que l’on regarde avec envie.

Aujourd’hui, toutefois, la journée s’annonçait meilleure. Hier matin, j’avais reçu une missive m’indiquant qu’elle viendrait me rendre visite, dans l’après-midi, à l’académie. Elle aimait y venir, attirant du regard tous les élèves qui, stupéfaits, ne savaient plus bien comment se comporter lorsqu’elle était dans leur entourage. La nouvelle me fit chaud au cœur : j’avais besoin d’elle, aujourd’hui plus que jamais.

Il lui avait jeté un regard brillant de larmes. Il allait être papa. Et toi, toi, murmura-t-il entre ses larmes, tu seras sa marraine, dis, le veux-tu ? Elle avait accepté, presqu’aussi émue que lui. Cet enfant, elle le chérirait, elle l’aimerait, comme son propre petit frère ou petite sœur. Elle s’en occuperait, veillerait sur lui, toute sa vie. Et lorsqu’elle avait croisé les prunelles du bébé pour la première fois, elle en était fière, fière, de cette petite fille, qui la regardait, déjà, émerveillée.

Morgane de Valverde, devenue Leblois, avait toujours tenu sa promesse. Elle avait veillé, inlassablement, dans les moments les plus difficiles, comme dans les bons, sur sa filleule. La Reine de France était un modèle d’exemplarité. Et moi, moi, je l’aimais, encore comme un enfant aime les membres de sa famille, sans jamais se poser de questions. Si, depuis longtemps, ma mère avait cessé de m’apparaître comme la seule détentrice de la vérité absolue, Morgane, elle, gardait cet aura de mystère qui l’entourait. Et toujours, je la contemplais avec merveille, avec admiration. Elle était mon étoile, cette étoile qui avait réalisé ses rêves, les miens, d’un claquement de doigt. Elle était ambitieuse, forte, et dévouée. Elle était mon modèle, celle à qui je voulais ressembler, mais surtout celle à qui j’aurais pu dédier ma vie entière.

Il était quatorze heures trente, et j’avais demandé à ce que l’on fasse installer, au milieu des jardins d’acanthe, une petite table recouverte d’une nappe en coton clair sur laquelle étaient posée des petites mignardises. Je connaissais ses goûts sur le bout des doigts : j’avais indiqué aux cuisines de préparer des pâtisseries, parmi lesquelles macarons et religieuses, ainsi que du thé et quelques confiseries. Lorsqu’à mon tour, je pénétrai dans les jardins, elle était déjà installée à la petite table, gracieuse, comme toujours, le sourire aux lèvres. Déjà, elle s’était servie une tasse de thé et la sirotait en attendant mon arrivée. Elle était resplendissante, comme toujours, ses cheveux tombant en cascade dans son dos, et le soleil s’y reflétant, lui donnant un air encore plus angélique qu’à l’accoutumée. Je m’élançai dans sa direction, comprenant au passage des bribes de conversations d’étudiants sur mon passage. « Tu as vu ? » murmurait-on étonné, « c’est la reine ! », « en es-tu sûr ? » demandaient les plus incrédules, n’imaginant pas une seconde voir leur souveraine boire du thé au milieu de leur école.

Arrivée à sa hauteur, c’est avec une grande fierté que je lançais un, « bonjour, marraine » avant de m’avancer vers elle et de déposer un baiser sur sa joue. Puis, plus par amusement que par protocole, je m’engageais dans une révérence presque trop solennelle pour l’occasion. Cela la fit rire, bien sûr – je n’avais pas l’habitude de la saluer de cette façon. Elle restait, avant tout, ma marraine, et même si je la respectais et l’adulais, comme tous les autres sujets du royaume, je n’arrivais jamais pleinement à la considérer comme ma reine.
C’est dans cette ambiance, bonne enfant, que je m’installais, face à elle, avant de me servir, moi aussi, une tasse de thé. Le silence s’installa entre nous pendant quelques minutes, durant lesquelles j’en profitais pour observer Morgane du coin de l’œil. Même si elle était toujours aussi belle, je remarquai chez elle un air las et fatigué. Je n’avais pas vraiment besoin d’explications. Même si elle ne m’avait jamais donné, explicitement, la raison de ses humeurs parfois tristes, je la connaissais assez pour savoir ce qui la tracassait. Mes propres problèmes pouvaient attendre. Moi, d’ordinaire, si égoïste et personnelle, j’étais totalement différente quand Morgane était à mes côtés. Comme Dorian, elle ramenait à la surface les meilleurs côtés – si l’on considérait que j’en avais – de moi-même. « Comment vas-tu, Morgane ? » je demande d’une voix douce, et soucieuse. Je n’attendais pas d’elle qu’elle se confie à moi. Simplement, par ces quelques mots, je souhaitais lui montrer que, moi aussi, j’étais là lorsqu’elle avait besoin de moi.

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even angels have their demons.
I had made every single mistake that you could ever possibly make. I took and I took and I took what you gave but you never noticed that I was in pain. I knew what I wanted; I went in and got it. Did all the things that you said that I wouldn't. I told you that I would never be forgotten and all in spite of you. And I'm still breathing, I'm alive.
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❝ AUTRES VISAGES : VOTRE DISCRÈTE VOISINE
❝ CÔTE DE POPULARITE : 1119
❝ MIROIR : NATALIE DORMER.
❝ CREDITS : FAUST. TUMBLR. ÉMILE ZOLA.
❝ DIALOGUES : DARKSEAGREEN.
❝ ÂGE : TRENTE-CINQ ANS.
❝ STATUT SOCIAL : FILLE DE COMTE ÉLEVÉE AU SOMMET DE LA PYRAMIDE: MORGANE EST REINE DE FRANCE.
❝ OCCUPATION : ICÔNE DE LA MODE, IMPLIQUÉE DANS UN GRAND NOMBRE D'ASSOCIATIONS CARITATIVES BIEN PENSANTES ET SOUVERAINE À SES HEURES.


elysée berthelot
If you ever find yourself stuck in the middle of the sea, I'll sail the world to find you. If you ever find yourself lost in the dark and you can't see, I'll be the light to guide you.


Des fois la reine oubliait, par péché d'orgueil ou d'inconscience, qu'elle n'avait pas le contrôle sur tout et n'importe quoi. Il ne fallait pas la blâmer trop fort: c'était simple pour elle d'oublier telle chose, quand on lui offrait le monde sur un plateau et qu'on se précipitait à ses pieds avec l'envie de satisfaire toutes ses demandes, tous ses besoins, tous ses désirs. Reine de France, certes; Morgane était aussi — et avant tout — reine de son petit monde, souveraine de la minuscule sphère dans laquelle elle évoluait chaque jour et où rien ne pouvait passer inaperçu ou désapprouvé. Tout était parfait, agencé, modelé selon ses désirs. C'était le temps qui l'avait rendue ainsi: dix longues années de mariage avec Géodor, dix longues années au sommet de la pyramide, dix longues années sur le trône adjacent à celui du roi avaient de quoi vous transformer une femme discrète en femme désireuse de tout savoir et tout contrôler. Surtout, dix longues années à la Cour avaient le talent de déverser de l'amertume dans les yeux de toute jouvencelle, ainsi qu'un certain esprit de calcul. Le savoir fait le pouvoir, Morgane l'avait appris à ses dépens et aujourd'hui plus que jamais, elle s'obstinait à tout voir, tout savoir, tout croire, tout vivre.
La longue lettre de Bastien était arrivée comme un coup de poignard. À la première lecture, Morgane n'en avait pas cru un mot; à la seconde, elle s'était vaguement inquiétée; et à la troisième, elle avait lâché la missive sans même prendre la peine de la finir, pour s'emparer d'un parchemin et d'une plume afin de rédiger vivement un mot à l'adresse de sa filleule Elysée. Le comte d'Anjou était clair — et presque froid, dans le choix de ses mots; avec un peu d'amertume, Morgane ne pouvait qu'y lire l'influence de sa femme penchée au-dessus de son épaule lors de l'écriture de la lettre —: il allait fiancer Elysée à un certain Loup de Rohan-Gié et la prévenait seulement parce qu'elle était la marraine de sa fille. Pas un mot d'enthousiasme, pas un mot d'affection, rien: juste une abondance de courtoisie se transformant en froideur au fil des phrases. Si elle s'était écoutée, Morgane aurait sauté dans la cheminée la plus proche ou dans la voiture la plus rapide pour se rendre à Anjou et demander des explications au comte; mais elle s'était retenue. Elle s'était retenue parce qu'elle pensait à Elysée.

Oh Elysée. Bastien avait toujours fait partie du paysage de l'enfance de Morgane: il avait toujours été prompt à aider son frère Rufus dans ses jeunes années quand celui-ci avait du mal à prendre le comté d'Orléans en main et à s'occuper de Morgane et d'Arthus. Bastien était comme un oncle sympathique et sérieux pour la petite Morgane de Valverde, quelqu'un qu'elle chérissait et aimait sincèrement. L'affection était réciproque: à la naissance de sa première-née, Elysée, alors que Morgane n'avait que douze ans à peine, il lui avait demandé de devenir sa marraine.
Morgane avait pris son rôle très à coeur. Morgane prenait son rôle très à coeur. Même si Elysée lui semblait si grande maintenant, et qu'elle se sentait si vieille par rapport à cette gamine de douze ans qui ne savait pas par quel bout prendre un bébé, la reine ne pouvait pas s'empêcher de penser que sa filleule avait encore besoin de sa protection. Ou de ses conseils avisés. Ou de sa détermination explosant les convenances, parce que comme le disait le dicton, quand la Reine veut, la Reine l'a et elle ne désirait pas qu'Elysée soit malheureuse toute sa vie au bras d'un petit comte de pacotille (elle avait fait ses recherches sur le Rohan-Gié qui en plus d'avoir un nom stupide, semblait être un jeune homme bien sous tous rapports. Mais par principe, Morgane avait décidé qu'elle ne l'appréciait pas même si elle avait un vague souvenir du comte de Nantes qui lui avait été agréable il y a quelques années. Bah!).
La missive envoyée, elle avait attendu la réponse d'Elysée puis le jour de rendez-vous avec impatience. Pas particulièrement sanguine, elle était pourtant prête à se disputer avec Bastien et Lucille sans remord; mais ça aurait été une erreur de le faire sans voir le ressenti d'Elysée elle-même tout d'abord.

C'est ainsi qu'elle se retrouve à attendre dans les jardins d'Acanthe, à l'école Beauxbâtons elle-même, sirotant tranquillement un thé à la menthe au goût fameux. Morgane ne se souvient pas de la dernière fois qu'elle s'est rendue à Beauxbâtons; peut-être pour consulter un livre? rien d'important. Mais revoir l'endroit lui rappelle de jeunes et merveilleuses années, autant de souvenirs teintés de nostalgie et de bonheur. Évidemment, le paysage est un peu terni par les trois Aubins qui quadrillent les environs d'un air soucieux et patibulaire; mais avec le temps, Morgane a appris à ne plus les voir. C'est du mouvement à sa gauche qui lui fait tourner la tête; et le visage d'Elysée qui déchire un sourire sur ses lèvres alors qu'elle repose sa tasse de thé, se redresse un peu sur son séant, soudainement moins soucieuse et plus heureuse. « Bonjour, marraine, » lui fait sa filleule en plantant un baiser sur sa joue. “ Bonjour, filleule, ” répond la souveraine avec amusement, avant de rire en voyant Elysée lui faire une révérence fort protocolaire. Cela lui semble tant incongru que déplacé: elle est sa filleule après tout, avant tout, avant même d'être un sujet de son royaume. “ Voyons, Elysée, ” soupire-t-elle en levant les yeux au ciel alors que la jeune étudiante s'installe à la table à son tour. Elle se sert du thé, Morgane l'observe minutieusement en reprenant le sien pour en boire une autre gorgée. Elysée est bien meilleure qu'elle pour dissimuler ses sentiments même à ses proches; pourtant, Morgane sent une crispation chez elle, un malaise sous-jacent. Elle n'ignore pas l'amour de sa filleule pour le prince Dorian (qu'ils étaient mignons quand ils étaient plus jeunes! Cela fait bien longtemps que la reine a abandonné d'aborder le sujet avec l'un comme l'autre: l'occasion rêvée pour eux de se fermer comme des huîtres et de faire la moue).

« Comment vas-tu, Morgane ? » dit finalement Elysée au moment où Morgane s'apprêtait à lui dire la même chose. Elles se connaissent trop. Elysée est suffisamment grande pour s'intéresser autant à sa marraine que sa marraine s'intéresse à elle; mais ça fait étrange à Morgane, qu'on lui pose cette question. Une reine va toujours bien, voyons! Pourquoi se plaindrait-elle de quoique ce soit? Mais le regard d'Elysée est prudent, sincère et gentil; inutile de lui mentir. “ Fatiguée, répond-t-elle dans un soupir en reposant sa tasse sur sa soucoupe. Lasse. J'ai hâte que l'hiver s'achève: tu sais comment j'ai tout ce froid et cette grisaille en horreur. ” Parler de la météo, sérieusement? Morgane grimace, reprend sa tasse anxieusement — qui commence à faire des allers-retours, maintenant — pour se cacher derrière le breuvage tiède. “ Mais je n'ai pas à me plaindre. Le Royaume va bien donc la Reine va bien. ” Mais d'où vient cette amertume sur le bout de sa langue? Elle aurait dû rajouter une cuillère de plus de sucre dans son thé; oui, voilà; tout est la faute du thé, dont elle avale la dernière gorgée et repose la tasse avec presque trop de brusquerie.
Elle n'a jamais été très douée pour parler d'elle-même. Elle préfère entendre les autres parler, et aider à régler les problèmes d'autrui; c'est toujours plus simple, et moins dérangeant à ses yeux. Les yeux baissés, elle s'empare d'un macaron qu'elle décortique du bout des doigts, plus par habitude que par nervosité. À la table royale, la reine mange rapidement et en petites quantités; dans la sphère personnelle, elle met une éternité et se sent obligée de défaire chaque élément qu'elle goûte, quitte à le réduire en miettes. “ Et toi, Elysée? ” finit-elle par demander, après avoir séparé le macaron en deux. Elle relève les yeux vers sa filleule, lui adresse un petit sourire à la tonalité triste. “ Ton père m'a dit pour tes fiançailles imminentes: c'est pourquoi je suis ici. (Moment de réflexion) T'en doutais-tu? Dis moi ce que tu en penses, et parle moi de ce Rohan-Gié, ” dit-elle, rentrant dans le vif du sujet parce qu'après tout, Elysée est sa filleule et elle n'a ni le droit ni l'envie de faire la conversation poliment jusqu'à aborder le sujet qui l'intéresse. La reine grimace à nouveau. Elysée Rohan-Gié, ça rime trop et ça dégoûte; quel nom stupide, quel nom stupide, quelle idée stupide de la part de Bastien.

Spoiler:
 

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Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait, pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. (...) Et elle, au fond de son cœur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde.
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Un matin, Dorian m’avait demandé, alors que le soleil se reflétait sur son visage, « ça te fait quoi d’avoir pour marraine une reine ? » Morgane venait tout juste de se marier au roi de France. Son statut avait changé. Je l’avais observé, des étoiles dans les yeux, lorsqu’elle s’était avancée vers l’autel qui l’unirait, éternellement, à son être aimé, l’être choisi. J’avais haussé les épaules, me demandant bien pourquoi Dorian me posait une telle question. « Rien », répondis-je simplement, cela ne me fait rien. Je ne mentais pas. Leurs noces commençaient à peine et je ne réalisais pas encore que ma marraine ne serait plus mienne. Je n’avais pas d’autres choix que d’accepter de la partager avec le peuple sorcier français. Elle n’était plus seulement ma marraine, elle était leur reine. Et même si une pointe de jalousie s’installait dans mon cœur, en cette pensée, je n’en sifflais mot. Déjà, je lisais les gros titres des journaux qui s’étaient rapidement entichés de la jolie blonde. « Morgane, nouvelle Leblois, nouvelle reine de France, merveilleuse », « La Reine de France en visite à Paris, elle charme le peuple ! » Je détournais le regard, presqu’agacée de ceux qui se taraudaient d’aimer Morgane. Ils ne la connaissaient pas. J’étais fière, pourtant. Mais j’aurais préféré qu’elle ne soit encore qu’à moi, encore un peu. Dorian explosa de rire, me ramenant à la surface de notre conversation. « Toi, cela ne te fait rien ? Toi qui aime tant notre monarchie, notre roi, tu n’es pas fière que ta marraine soit la reine de France ? » Je grince des dents, me lève et, impétueuse, me dirige vers les marches de sa demeure. Je l’entends soupirer et se lever, derrière moi, « attends, Élysée, je plaisantais… »

Le tintement de la cuillère contre la tasse en cristal me sort de ma rêverie. Je lève les yeux vers Morgane qui me regarde fixement. Je lui adresse un sourire poli avant de tremper mes lèvres dans le thé chaud – que dis-je, bouillant. Je claque ma langue contre mon palais, tentant d’éradiquer cette impression de brûlure qui taquine mes papilles. Morgane attire mon attention vers elle : elle m’avoue être fatiguée et je hausse les sourcils, intéressée. Mais, cette fatigue, selon elle, n’est dû qu’aux caprices de la météo, encore trop peu encline à laisser s’installer le soleil et la douceur pour de bon. Je lève les yeux au ciel, sans prendre de pincettes. Un tel comportement, une telle insolence, même, m’aurait valu des remontrances de ma mère, ou même de tous les gens proches de la couronne (un des aubins, d’ailleurs, toussote légèrement en apercevant mon geste). Peu importe. Morgane ne dira rien, ne pensera même pas qu’une simple comtesse puisse se comporter ainsi, en sa présence. Après tout, je n’étais pas qu’une comtesse à ses yeux, et en ma présence, elle n’était plus reine, mais femme, femme-enfant, presque. « Mais je n'ai pas à me plaindre. Le Royaume va bien donc la Reine va bien. » finit-elle par lâcher, provoquant cette fois-ci un haussement de sourcil, chez moi. « D’accord », fis-je mine d’être compréhensive, « la reine va bien », je répète, comme si cela était une évidence. Je pose la tasse sur la table basse, et me penche vers Morgane, et murmure, presque, « et comment va Morgane ? »

Je me recule, m’installe à nouveau confortablement dans le petit fauteuil en rotin. Morgane n’aimait pas parler d’elle. Ce manque d’intérêt pour elle-même n’était pas seulement dû à sa position (une reine fait toujours passer ses sujets avant elle). D’aussi loin que je me rappelle, elle avait toujours été ainsi. Lorsque je fus finalement assez âgée pour avoir le droit à partager des soirées confidences avec ma marraine, j’étais, en réalité, la seule qui se confiait. Morgane m’écoutait, toujours attentive, toujours pleine de bons conseils, que je notais mentalement dans un coin de mon esprit. Je l’écoutais, toujours. Mais elle, elle ne prenait jamais la peine d’évoquer ses sentiments, ses regrets, ses peines. J’avais d’abord cru qu’elle ne m’imaginait pas assez grande, assez mûre, pour recueillir ses confidences. Avec le temps, j’avais peu à peu pris la mesure de sa réserve. Morgane Leblois préférait vivre seule, dans ses malheurs, plutôt que d’en parler à quelqu’un.
C’est donc sans grande surprise que je l’entendis détourner le sujet, pour en arriver à parler de moi. Je détourne le regard, observe distraitement les oiseaux qui picorent des miettes de pain jetés par des élèves qui prétendent nourrir les petits moineaux pour ainsi mieux pouvoir épier la rencontre entre Élysée et Morgane. « Ton père m'a dit pour tes fiançailles imminentes: c'est pourquoi je suis ici. » Alors, elle sait. Un frisson parcourt mon corps entier, cette même réaction qui me déchire le cœur depuis la missive écrite par la main de ma mère. Bêtement, j’avais imaginé que Morgane venait, par ici, pour une simple visite de courtoisie. Bêtement, j’avais pensé pouvoir oublier le sujet, pendant une heure ou deux. Mais, toujours, dernièrement, la réalité me frappait à nouveau de plein fouet. Toujours, elle semblait me dire, « tu ne peux pas oublier, Élysée, tu seras fiancée. » Que tu le veuilles ou non. Les questions jaillissent une à une, et je les reçois sans vraiment y porter grande attention. « T'en doutais-tu? Dis-moi ce que tu en penses, et parle moi de ce Rohan-Gié » Je me tourne à nouveau vers elle. Et, comme elle, qui exprime son anxiété en décortiquant un macaron, mes jambes se mettent légèrement à trembler. Rohan-Gié, ce nom qu’elle prononce avec dégoût, et qui, en même temps, provoque un drôle de sentiment chez moi. Entre colère et pitié, ou entre curiosité et tendresse. « La nouvelle est tombée comme … » Je me mords la lèvre inférieure, cherchant mes mots. « Comme une surprise inattendue. Comme une fête que l’on organise pour ton anniversaire, tu vois ? » Je m’arrête, pensive. « Sauf que… Sauf que là, ce n’est pas une surprise joyeuse. » C’est même loin d’être joyeux. Plutôt l’enfer. « Que crois-tu que j’en pense ? » je demande, presque agressive. La question me semble tellement dérisoire. Qui peut bien se sentir heureux d’un tel chamboulement ? Je n’avais rien demandé de tout ça. Je croise le regard de Morgane, surprise. « Excuse-moi… », je me reprends tout de suite, « je préférerais mourir que de… » Ma voix s’éteint. Plutôt mourir que de me fiancer avec lui. Et pourtant, les mots ne sortent pas. C’était avec Dorian que je voulais me fiancer, depuis toujours. Mais on en avait décidé autrement. Rohan-Gié avait surgi dans mon entourage, et tout semblait presqu’autant chamboulé. « Quant à Loup de Rohan-Gié, » j’insiste sur le prénom, « je n’en pense pas grand-chose. » Tu mens. « Il est comme moi. Pris au piège dans une situation qu’il ne contrôle pas. » Je baisse le regard vers mes mains. Je pense à Dorian, à Loup. Au premier pour qui mon cœur bat, mais qui ne semble pas vouloir de moi. Au second, à qui mon corps est destiné, et qui semble ne me vouloir que du bien. Et là, face à Morgane, je me rends compte de l’enfer de cette situation. Amoureuse, condamnée à en épouser un autre, j’éprouvais cependant des sentiments controversés vis-à-vis de Loup. Mais je ne pouvais pas, je n’en avais pas le droit.

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« D’accord, la reine va bien. Et comment va Morgane? » Oh, elle la connait bien; pour un peu plus, Morgane pourrait en sourire. Elle se souvient encore du petit bébé qu'on avait mis dans ses bras, de sa fragilité et de sa légereté. Lucille l'avait recouverte d'un regard incertain, ayant peur que Morgane — à peine douze ans, à peine capable de réellement comprendre la fragilité de l'enfant dans ses bras — fasse tomber la prunelle de ses yeux; mais Bastien avait été confiant, l'avait aidée à rajuster la position de ses bras autour du poupon, et la jeune Elysée Berthelot avait vrillé son regard marron sur elle, avait attrapé une des mèches dorées de ses cheveux et avait hurlé à la mort sans raison. Le souvenir était marquant, frappé au fer rouge dans son esprit: elle n'allait jamais oublier ce petit moment hors du temps où Elysée était devenue sa filleule et la prunelle de ses yeux, elle aussi, finalement. Et maintenant, quand elle la voit vingt-trois ans plus tard — ah! déjà! — en face d'elle, l'air sûre d'elle et jolie comme le jour, Morgane ne peut pas s'empêcher de penser qu'elle n'a pas été une si mauvaise marraine. Quels parents ne seraient pas fiers d'Elysée Berthelot? Pernicieuse, une voix amère lui souffle à l'esprit que des parents rêvant de trop ne le seraient pas; à quoi pouvaient-ils bien penser, à la fiancer de force à autrui? Vaguement vexée de ne pas avoir été prévenue, même, avant la conclusion imminente de l'accord, Morgane est aussi attérée parce qu'elle n'ignore pas les sentiments d'Elysée pour le fameux prince de France Dorian (après tout, à côtoyer l'un ou l'autre, on s'en rend vite compte). Et elle est bien décidée à sortir les mots des lèvres fermement pincées d'Elysée; mais elle ne peut décemment pas ignorer sa réponse. “ Morgane s'inquiète pour sa filleule, réplique-t-elle avec un petit sourire. Morgane s'énerve presque contre le père de sa filleule et enfin, Morgane va parfaitement bien. Haussement d'épaules, là encore pas très royal — elle ne va pas s'interdire quelques moments intensément humains juste pour faire plaisir aux quelques voyeurs indiscrets qui les observent. Me croiras-tu un jour où je te dirais que je vais bien?
Elle sait que non. Après tout, parce que Morgane connait bien Elysée, Morgane sait qu'Elysée aussi la connait bien et qu'elle n'est pas dupe, ne le sera jamais. Elle était sans doute trop jeune pour se rappeler précisément de la jeune Morgane fiancée au roi, de la jeune Morgane amoureuse jusqu'à en crever du roi; mais elle est assez âgée, maintenant, pour voir cet amour se fâner et se défaire, les ridules s'amonceller aux coins des yeux de sa marraine et le souci raviner des rides sur son front. Morgane sait qu'Elysée sait que quelque chose va mal — quelque chose de profond, d'intrinsèque et peut-être même a-t-elle mis le doigt dessus. Mais ce n'est ni l'endroit (tous les observent, curieux et terriblement gênants) ni le moment (ce n'est jamais le moment) pour en parler alors Morgane fait dériver la conversation sans honte aucune.

En même temps qu'elle est en train de faire un sort à un macaron saveur framboise, Morgane voit Elysée s'agiter et gigoter sur son siège, apparemment nerveuse. « La nouvelle est tombée comme… Comme une surprise inattendue. Comme une fête que l’on organise pour ton anniversaire, tu vois ? » La reine pensive hoche la tête, séparant biscuit, pâte, biscuit, sans se préocupper de se salir les doigts qu'elle essuie à chaque fois distraitement sur la serviette posée près de l'assiette. « Sauf que… Sauf que là, ce n’est pas une surprise joyeuse. » Morgane essaie de décortiquer les expressions de son visage, prudente, la laissant finir même si sa langue brûle de la presser. « Que crois-tu que j’en pense ? » Et là, la reine hausse les sourcils. Parce qu'Elysée ne l'a jamais habituée à la colère ou une telle verve hostile; toujours un modèle bien construit, bien composé, la petite fille parfaite et calme — sauf ce merveilleux caprice lors de son septième anniversaire, mais ça c'est une histoire pour un autre temps. « Excuse-moi… je préférerais mourir que de… » Et les traits de la reine s'affaissent, comme si un marionettiste avait coupé les fils qui les animaient. Elle balaie ses excuses d'un savant mouvement de la main — un geste rodé par l'habitude, qu'elle adresse à tous ses proches ou presque — avant de déposer ses doigts sur la peau d'Elysée, à travers la table. Elle glisse sa main dans la sienne, princière, n'acceptant pas qu'on la refuse; et puis elle serre doucement sa paume entre ses doigts, avec cette maladresse attachante dont elle fait toujours preuve en compagnie de ses plus proches. “ Ne dis pas ça, Elysée, dit-elle d'un ton étrangement calme. Et ne t'excuses pas. Je- je comprends. ” Vraiment? Non, Morgane n'a jamais été victime d'une telle injustice- enfin, pas vraiment. Elle a épousé le roi par amour. Personne ne l'ignore, et elle n'est pas hypocrite au point de nier qu'à l'égard de Géodor, elle a encore beaucoup d'affection et d'amour et d'attachement. Mais... quand elle repense à l'injustice qu'il lui a fait subir, quand elle repense au fait qu'il savait ce qu'elle voulait de cet amour, quand elle repense au fait qu'il s'est joué d'elle... ses tripes se nouent et ses entraillent crient à l'injustice, encore et encore. Elle pourrait en mourir, elle aussi. Sa main serre un peu plus celle d'Elysée avant de timidement revenir sur son giron, les cinq autres doigts s'attelant toujours à maltraiter le macaron décortiqué en trois parties qui doit désormais être découpé au couteau en quatre fois trois parties égales.

« Quant à Loup de Rohan-Gié, je n’en pense pas grand-chose. Elle ment. Il est comme moi. Pris au piège dans une situation qu’il ne contrôle pas. » Elle se fait presque pudique, gênée. “ Mais tu ne l'aimes pas, n'est-ce pas? ” dit aussitôt Morgane, avec un ton tout doux et tout gentil, parce qu'Elysée ne peut la tromper — Dorian, ce sera toujours Dorian. N'est-ce pas? Mais quand sa filleule relève le regard vers elle, la reine comprend qu'il y a quelque chose d'autre, quelque chose de plus complexe qui lie ce Loup et la jeune femme. Morgane fronce les sourcils, pince des lèvres. “ Un mot de toi, Elysée, dit-elle d'un ton prudent. Un mot de toi et j'envoie une missive à Bastien et à ta mère, et aux parents de ce- - de Loup.(À l'évocation du sombre idiot, la reine s'enflamme:) Un mot de toi et je parle à Dorian, un mot de toi et je parle à Alice, un mot de toi et je parle à Eugenius, un mot de toi et j'enverrai cette affaire aux oubliettes, quoiqu'il en coûte. ” Elle fronce les sourcils, l'agacement qu'elle a pu ressentir pour Bastien faisant naître des orages terribles dans ses prunelles céruléennes. “ Que pense ton père, enfin? Tu es ma filleule, ma petite Elysée, ma chérie, le bijou le plus précieux de cette Couronne: tu ne marieras pas quiconque contre ton envie et tu n'épouseras pas je ne sais quel comte — Loup ou qu'importe son nom — par devoir. ” Mais il y a autre chose. Elle sent qu'il y a autre chose, entre sa filleule et le jeune homme. Mais elle ne veut pas en parler. “ Certaines choses sont inévitables, Elysée. Je n'accepterai pas que tu épouses quiconque si ce n'est par amour — un mot de toi et- - ” Elle s'interrompt, circonspecte. Sa main s'est agitée tandis qu'elle parlait, coupant géométriquement biscuit, pâte, biscuit et il y a maintenant douze petits morceaux de macaron saveur framboise qui l'attendent. Mais elle n'a plus très faim.

Spoiler:
 

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Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait, pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. (...) Et elle, au fond de son cœur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde.
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Je n’avais pas de premier souvenir auquel me raccrocher. D’aussi loin que je me souvienne, Morgane avait toujours été présente. Dans les bons moments. Ces longs dimanches pendant lesquels on invitait la famille proche, pour célèbre un quelconque anniversaire, ou juste pour partager quelques instants ensembles. Ces nuits, aussi, que j’avais passées chez elle, enfant, quand elle n’était pas encore une Leblois, où je lui chuchotais les secrets que je ne voulais révéler à personne d’autre. Les mauvais moments, aussi. La tristesse qu’une enfant ressent lorsqu’elle réalise que sa mère aime plus le pouvoir qu’elle-même. La douleur intense dont est infligée une jeune femme qui vient d’apprendre qu’elle n’est pas assez bien, une simple comtesse, une moins-que-rien, presque, aux yeux d’un homme. Morgane, Morgane. C’était souvent vers elle que je m’étais tournée. Pleine de sagesse, elle avait toujours trouvé les mots qu’il fallait pour me consoler, me rassurer. Morgane, au fond, était la mère que j’aurais dû avoir.

Et si elle l’avait été, au fond ? J’imagine, le temps de quelques secondes, ma vie en tant que fille de Morgane de Valverde. Tout aurait été différent, sûrement. Évidemment, je serais plus jeune – à moins qu’elle n’ait commencé les batifolages trop tôt, je porterais les cheveux blonds et longs, comme elle. Surtout, j’aurais eu le sentiment d’avoir une mère aimante, attentionnée. Tout le contraire de la mienne, qui ne faisait que me pousser, encore et encore, arriver toujours en haut, être la meilleure, dans tout, n’importe quand. J’aurais peut-être été moins exigeante envers moi-même, moins autoritaire envers les autres. Morgane était si rayonnante, m’aurait-elle transmis ce trait ? On dit que l’on tient toujours quelque chose de sa marraine. Était-ce vraiment le cas ? Elle, elle était généreuse, donnait de son temps aux autres. Jamais ne me viendrait à l’esprit de consacrer mon temps à des associations caritatives. Je soupire, et me rappelle soudain qu’elle peut parfois être tout autant capricieuse que je le suis. Voilà, alors, ce que je tiens d’elle ? Les mauvais côtés ? Mais ces mauvais côtés qui la rendent, au fond, encore plus belle, encore plus forte.

Elle ne va pas bien, je le vois, et je le sens, au plus profond de moi. Les rumeurs qui courent dans les journaux ne mentent pas. La reine est malheureuse, la reine n’a toujours pas d’héritier. Mais la reine ne peut se plaindre, n’est-ce pas ? C’est presque sans surprise que je l’entends, une fois de plus, détourner le sujet : « Morgane s'inquiète pour sa filleule, Morgane s'énerve presque contre le père de sa filleule et enfin, Morgane va parfaitement bien. » Je secoue la tête, ne crois pas une seconde à son bien-être assurée. Le fait qu’elle s’inquiète pour moi, évidemment, me fait chaud au cœur, mais je sais qu’elle me ment, cache son mal-être, et comme toujours, fait passer les autres avant elle-même. « Me croiras-tu un jour où je te dirais que je vais bien? » J’étouffe un rire léger. « Jamais, Morgane. Tu sais que tu as toujours ce même air », un soupir, un léger haussement d’épaules, le regard qui se détourne, « quand tu mens ? » Je hausse un sourcil, empreint de sentiments, de compréhension. Je crois qu’elle est la seule personne à qui je ne peux pas mentir ; inversement, j’espère être celle à qui elle ne peut rien cacher, celle qui peut distinguer, entre les lignes, les mensonges de la vérité.

Qu’importe, au fond, Morgane n’est pas là pour ça, et quoi que je fasse, le sujet reviendra toujours à moi. Malgré moi. J’aurais aimé m’enterrer dans un silence, ne plus jamais parler de ce qui était en train de m’arriver, ne plus entendre les prénoms de Dorian et de Loup, il semblait presque qu’un combat se menait et que ce serait à lui qui occuperait le plus longtemps mon esprit, mes pensées. Je m’emporte, sans vraiment le vouloir, contre celle qui est là pour moi, mais je suis fatiguée, j’ai les nerfs à vif. Quelques jours plus tôt, j’ai passé une heure, enfermée au sommet de la tour carrée, avec Loup, ce parfait inconnu à qui je dois, semble-t-il, offrir mon corps et mon âme. Pourrais-je également lui offrir mon cœur ? Je le défends, sans même le vouloir, sans même comprendre pourquoi. « Mais tu ne l'aimes pas, n'est-ce pas? » J’ouvre la bouche, instantanément, pouvoir répondre tout de suite, m’écrier, non, non, bien sûr que je ne l’aime pas, je n’aime que Dorian, pour toujours. Encore une fois, les mots ne sortent plus, et cela me désarme. Je réfléchis quelques instants, pencha la tête sur le côté, soupire. « Je ne suis pas amoureuse de lui. » Non, non, je ne suis pas amoureuse, on ne tombe pas amoureuse en une heure de temps, mais cela ne répond pas vraiment à sa question, au fond. Je ne suis pas amoureuse, mais le serai-je, un jour ? Moi qui avais tant imaginé ma vie auprès de Dorian, tout était flou, à présent. Mon avenir ne se dessinait plus aussi clairement qu’auparavant. « Mais je ne le déteste pas comme je l’aurai voulu. » Je me mords la lèvre, après ce demi-aveu. J’aurais voulu le détester, le haïr de toutes mes forces, comme elle-même semblait le faire, Morgane, en prononçant son nom, je peux sentir la haine qu’elle lui destine, alors même qu’elle ne l’a jamais vu. Justement, elle ne l’a jamais vu. Et là, tout chavire.

Elle propose, enfin, ce que j’aurais tant voulu qu’elle me dise, avant que je ne pose mes yeux sur lui. Elle seule pouvait s’opposer à la décision de nos parents, elle seule avait le pouvoir de s’opposer à nos fiançailles, à notre union. Qu’en était-il ? Le voulais-je vraiment ? Je ne savais plus, j’étais perdue. J’avais besoin d’elle. « Que pense ton père, enfin? Tu es ma filleule, ma petite Elysée, ma chérie, le bijou le plus précieux de cette Couronne: tu ne marieras pas quiconque contre ton envie et tu n'épouseras pas je ne sais quel comte — Loup ou qu'importe son nom — par devoir. » Je reconnais son agacement, lui en est reconnaissante, en même temps qu’un sentiment de chaleur s’empare de moi, face à cette déclaration d’amour – aucun autre mot ne pourrait qualifier les mots dont elle venait de me qualifier. Je murmure son prénom, « Morgane », comme une plainte que je ne lâche qu’en temps de crise. Je lève des yeux vers elle, un regard confus, un sourire fade. Elle s’interrompt, « un mot de toi et… », je comprends, un seul mot et elle agira, me redonnera ma liberté. Je passe mes mains sur mon visage, me repositionne au fond de mon siège. « La dernière fois que j’ai vu Dorian, il m’a dit qu’il fallait qu’on arrête de se voir. » Je déglutis – ces mots, toujours, me font mal. « Qu’il était temps que je me trouve un fiancé. » L’estomac se serre, c’était lui que je voulais, comme fiancé. Je fronce les sourcils, peinée par le souvenir douloureux de cette décision qu’il avait pris seul. « Il a eu ce qu’il voulait, n’est-ce pas ? On m’a trouvé un fiancé. » Je me racle la gorge. Dorian ne veut pas de moi, n’a jamais voulu de moi, il fallait que je l’accepte. « Je ne sais pas, je ne sais plus ce que je veux. » Je me penche, et cette fois, c’est moi qui attrape sa main, la serre, trop fort, peut-être, « j’ai besoin de toi », je souffle, assez bas pour qu’elle seule m’entendre – la présence des aubins autour d’elle était parfois un obstacle pour l’intimité désirée. « Loup est… » je m’interromps, cherche mes mots, « Il m’intrigue, il a quelque chose de particulier, je ne sais pas, je… » Son visage s’impose à moi, ses cheveux trop longs, son rire, son regard profond, sa main dans la mienne. « Il me ressemble, je crois. » Je soupire. « Je ne t’ai pas répondu, Morgane. Je ne sais pas si je dois empêcher ou non les fiançailles. Je ne sais pas si je veux les interrompre ou pas. » Je lui lance un regard presque désolé, comme si je devais m’excuser de ce soudain revirement de situation.



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❝ STATUT SOCIAL : FILLE DE COMTE ÉLEVÉE AU SOMMET DE LA PYRAMIDE: MORGANE EST REINE DE FRANCE.
❝ OCCUPATION : ICÔNE DE LA MODE, IMPLIQUÉE DANS UN GRAND NOMBRE D'ASSOCIATIONS CARITATIVES BIEN PENSANTES ET SOUVERAINE À SES HEURES.


« Jamais, Morgane. Tu sais que tu as toujours ce même air quand tu mens ? » La reine fait la moue, mais se fend rapidement d'un léger sourire presque amusé, timide alors qu'elle baisse la tête pour laisser une mèche blonde cacher sa légère timidité à sa filleule. Mais son sourire se fige sur ses lèvres, elle se mordille l'intérieur de la lèvre, elle hésite. “ Je t'expliquerai peut-être une autre fois. Pas ici, ” dit-elle sans y croire, désignant d'un petit geste de la main les Aubins et les élèves curieux qui les observent discrètement. Elle a l'air lasse, pourtant, Morgane, parce qu'elle sait qu'elle ne pourra pas en parler, pas vraiment, à personne. Il y a des maux qu'elle réserve seulement aux nuits sans sommeil et aux regards impatients de Cyprien. Mais elle n'ose même pas imaginer les formuler, ces mots terribles, ces mots révolutionnaires, au visage d'Elysée; un peu égoïstement, un peu bêtement, elle ne peut s'empêcher de penser qu'elle ne comprendrait pas.
Alors elle se focalise sur ses problèmes à elle, sa chère filleule, son adorée chérie. Elle pense chacun des mots qu'elle prononce, même quand elle s'embrase et perd un peu la notion du poids de ses paroles; celles-ci résonnent d'une sincérité entière, entière, terriblement complète. C'est sans doute Elysée qui la plonge dans une telle passion virulente (« Mais je ne le déteste pas comme je l’aurai voulu, » lui a-t-elle dit, semblant presque déplorer cet aveu douloureux) et Morgane... Morgane ne sait pas quoi en penser. Elle sait qu'elle aurait détesté être fiancée de force à quiconque, et elle sait qu'Elysée pensait pareil... comment peut-elle seulement envisager d'épouser un comte, un Loup, alors qu'elle a Dorian le prince à ses pieds? Dorian qu'elle aime tellement que ça crève les yeux de tous? Si il a bien deux personnes pour lesquelles Morgane ne s'est jamais souciée, sur le long terme, c'est bien l'héritière Berthelot et le frère de Solange.

Alors oui, peut-être que Morgane lui fait des promesses qu'elle n'est pas sûre de pouvoir tenir. Elle est reine, après tout... mais sera-t-elle vraiment capable de partir en guerre contre un breton — avec qui la Couronne a des relations si compliquées —, contre Bastien, contre quiconque? Elle en a envie — un mot d'Elysée et elle le fait, un mot d'Elysée et elle écrit une première missive, un mot d'Elysée et elle s'en va arracher la lune — mais en sera-t-elle capable?
Pour l'instant, ce n'est pas ça qui importe mais le regard hésitant de sa filleule. Ce foutu comte l'aurait-il ensorcelée? « La dernière fois que j’ai vu Dorian, il m’a dit qu’il fallait qu’on arrête de se voir. » À ces mots, la reine cesse de s'agiter, ses mains se posent doucement à plat sur la table, elle contemple Elysée comme si il venait de lui pousser une troisième tête. Pardon? « Qu’il était temps que je me trouve un fiancé. » Se trouver un fiancé? Mais il est tout trouvé, son fiancé! Avec agacement, Morgane se demande si tout était si compliqué quand elle avait l'âge de sa filleule et de son neveu... oui, sans doute. Mais maintenant qu'elle a grandi, un rien mûri, toute cette affaire semble parfaitement ridicule. « Il a eu ce qu’il voulait, n’est-ce pas ? On m’a trouvé un fiancé. Je ne sais pas, je ne sais plus ce que je veux. » Morgane voit bien comment ces idées tourmentent Elysée et, quand celle-ci glisse sa main vers la sienne et la serre douloureusement fort, la reine répond à cette pression en soutenant son regard. « J’ai besoin de toi. Tout ce que tu voudras, Elysée, » répond-t-elle sur le même ton, doucement, presque prudemment. Cela fait bien longtemps qu'elles se méfient toutes les deux des oreilles aux murs, même à l'extérieur.

« Loup est… Il m’intrigue, il a quelque chose de particulier, je ne sais pas, je… » Morgane l'écoute, observe son visage, fronce légèrement les sourcils. « Il me ressemble, je crois. Je ne t’ai pas répondu, Morgane. Je ne sais pas si je dois empêcher ou non les fiançailles. Je ne sais pas si je veux les interrompre ou pas. » Il y a une petite douleur, qui passe sur le visage de Morgane, alors qu'elle se dit que sa filleule fait face à un problème insoluble, un peu comme le sien. Se séparer d'un homme qu'elle aime? Faire tomber un roi qu'elle hait? Ou bien se séparer d'un roi qu'elle aime et faire tomber un homme qu'elle hait?
Morgane serre la main d'Elysée. Elle refusera toujours que le même tragique coup de sort qui lui est arrivé lui arrive à elle. Elle ne veut pas qu'elle soit enchaînée trop vite, trop tôt, à des choses qu'elle ne comprendra que trop tard. Mais quand elle lui parle de ce foutu Rohan-Gié ainsi... Morgane doute. Et elle se déteste pour cela. “ Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de Dorian, Elysée, mais si il y a d'une chose dont je n'ai jamais douté, c'était qu'il t'aimait et que tu l'aimais en retour, avance la reine d'un ton très factuel. Ce n'est peut-être pas ce que tu veux entendre. Mais je n'ai jamais douté qu'à un jour ou l'autre vous- - tu comprends, n'est-ce pas? ” Vous vous aimerez entièrement, complètement, passionnément, vous vous marierez, vous vieillirez ensemble. “ Elysée, tu es encore- tu es encore si jeune. ” Oh, qu'elle se sent stupide! Mais elle revoit encore la petite Elysée qui tenait à peine sur ses pieds, la petite Elysée qui courrait vers elle pour aller prétendre qu'elle maîtrisait sa magie maintenant, la petite Elysée dont elle a tenu la main dans le château de Chantilly, pour lui montrer chaque pièce, chaque tableau, chaque recoin caché du palais royal. Petite Elysée. “ Oh, je me déteste de parler ainsi, j'ai l'impression d'avoir mille ans, ” se lamente la reine en baissant les yeux, un sourire amer se tordant sur sa lippe. “ Mais j'ai l'impression que tu es encore si jeune, trop jeune. Ces fiançailles arrivent trop vite à mon goût, mais je crois que je ne veux simplement pas te voir enchaînée à qui que ce soit dès maintenant. Et je ne connais rien de ce... Loup. ” Loup. Loup. Qui appelle son fils Loup? “ Mais peut-être- j'imagine- j'imagine qu'il mérite que tu le connaisses mieux. Il faut que tu saches ce que tu ressens, après tout. Mais sache une chose, Elysée. Je refuserai toujours cette union sauf si tu me dis que tu l'aimes. Tu m'entends? L'amour est si rare de nos jours. Il faut l'encourager et l'entretenir, le voir naître et prospérer. Je veux ton bonheur, Elysée, même si c'est la dernière chose que je fais. ” Elle serre, plus fort encore, leurs doigts entrelacés. “ Serais-tu très embarassée si je demande à le voir? Il... m'intrigue, ton Loup. Elle fronce les sourcils. Rassure-moi et dis-moi que je ne suis pas la seule à trouver que c'est un nom étrange, Loup? ” dit-elle, pour dérider un peu le visage de sa filleule, écartelant un sourire maladroit sur ses lèvres.

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Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait, pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. (...) Et elle, au fond de son cœur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde.
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❝ OCCUPATION : Beauxbâtons, en huitième année. Parcours social et politique. Comice Rubissane et membre du Cercle de la Rosière.


Les sentiments, caractérisés par des mots banals, au fond, s’avouaient, lentement, au fur et à mesure, se dévoilaient, dans une fausse intimité qui prétendait être mais qui n’existait pas. À elle, la première, j’avouais l’incertitude qui se dessinait en moi, ces doutes affreux, monstrueux, qui s’étaient emparés de mon être entier, moi qui étais toujours sûre de moi. Moi, qui avais une destinée toute tracée. La voilà chamboulée, cette destinée. Elle se trouble, se distord, ne ressemble plus à rien, en tout cas, plus à ce que je m’étais imaginée pendant des années. Ce qu’elle avait imaginé, elle aussi. La belle, mais fière et sombre, Berthelot, aux bras du prince, apeuré, fragile, mais attachant. Les Desclèves. J’aurais porté son nom comme un blason, une fierté accrochée à mon âme, toute ma vie. Mes rêves, ces bulles de bonheur éclatées, effacées. Plus rien n’existait, les certitudes disparaissaient. Je n’avais plus rien, je ne savais plus à quoi me raccrocher. Les souvenirs, peut-être. Le regard de Dorian, celui que j’aimais, les yeux qu’ils lèvent vers moi, l’air timide, mais le sourire ravageur. Mon ami, mon amour. La main que je tends, qu’il attrape, ces doigts qui s’enlacent, les étreintes qui n’appartenaient qu’à nous. Ces nuits passées dans le même lit, nos corps qui se touchent, sans qu’aucune barrière ne soit franchie. Mon amour. Je ne vivais que pour lui depuis des années. Cette respiration qui s’arrête pendant son absence, celle qui reprend quand il apparaît. Mon prince. C’était lui, lui et moi, Berthelot et Desclève, Elysée et Dorian, unis, à jamais. Et puis, pourtant, il avait détourné ce regard, abandonné ce sourire, lâché ma main tendue. Trouve-toi un fiancé, il sous-entend un autre que moi, et je ne peux pas, je n’accepte pas, je m’essouffle, je crie, j’ai envie de pleurer mais ravale ces larmes, preuves de ma faiblesse. C’est à elle, Morgane, ma marraine, ma reine, que je parle de tout ça, je n’ai qu’elle au fond, elle seule peut comprendre les désarrois, les troubles de l’amour. Celui qu’on aime et qu’on vous enlève. Elle, comme moi – même si elle ne l’avouait pas – aimait celui qui ne lui appartiendrait peut-être jamais. Anthéa était trop loin, dans ce nouveau monde, cette bulle, pour m’entendre, pour me comprendre. Je ne lui en tenais pas rigueur. Après tout, Dorian avait pris toute mon attention pendant des années, pendant ma vie entière, en réalité.

Elle serre ma main, l’amour qui passe entre nous, elle, moi ; nous ne partageons pas le sang, mais nous avons en commun cette force de croire, de combattre, d’aimer. Elle est moi, comme je suis elle. Elle sera là pour moi, aujourd’hui, demain, et pour la vie entière. « Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de Dorian, Elysée, mais si il y a d'une chose dont je n'ai jamais douté, c'était qu'il t'aimait et que tu l'aimais en retour. » Je me mords la lèvre. L’imparfait m’effraie, peut-être trop, même s’il n’a pas lieu d’être. Moi, je l’aime, encore et pour toujours. Mais lui, lui. Tous ces non-dits, cet amour non avoué, au fond, tout cela n’avait-il pas fini par nous éloigner ? « Ce n'est peut-être pas ce que tu veux entendre. Mais je n'ai jamais douté qu'à un jour ou l'autre vous- - tu comprends, n'est-ce pas? » Je hoche la tête. Je comprends, bien sûr, parce que je partage ce sentiment. « Je n’ai jamais douté non plus », je souffle, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à son éloignement, jusqu’à Loup. Ce destin tout tracé. Elysée, Dorian. Et puis Loup. J’avais ri avec Anthéa des histoires de ceux coincés dans des triangles amoureux idiots. Je ne suis pas mieux, je ne suis pas au-dessus des autres. Je suis comme les autres. Je suis jeune, elle l’admet. Et je regarde ses yeux, son air fatigué. Morgane n’est pas vieille, mais elle a cet air las qui lui colle à la peau depuis quelques mois. Et la nouvelle encore semble l’atteindre, un peu plus. Elle ne veut pas me voir enchaînée, dit-elle. Mais, je le suis, n’est-ce pas ? Loup a beau être plus… beaucoup plus que ce que je croyais, cette décision n’est pas la mienne, n’est pas la notre. Elle ne connaît rien de lui, moi non plus, au fond. Et, puis, la marraine reprend son titre de reine, se redresse, parle comme la souveraine qu’elle est, m’émeut. « Mais sache une chose, Elysée. Je refuserai toujours cette union sauf si tu me dis que tu l'aimes. Tu m'entends? L'amour est si rare de nos jours. Il faut l'encourager et l'entretenir, le voir naître et prospérer. Je veux ton bonheur, Elysée, même si c'est la dernière chose que je fais. » Elle est belle quand elle parle comme ça. Elle m’impressionne, moi qui ne rêve que d’une chose, lui ressembler, arriver à sa hauteur. Je soupire, parce que l’amour est une notion abstraite, étrange, qui se déclare lentement, ou soudainement. Et le bonheur, ce bonheur, aurais-je été heureuse avec Dorian, vraiment ? Il ne fallait pas se voiler la face. Cette passion trop dévorante pourrait tout aussi bien nous rendre heureux que nous détruire. Je ne suis pas amoureuse de Loup, il est trop tôt, et je ne suis même pas certaine que cela arrivera un jour. Je ne suis pas amoureuse de Dorian, non plus, je brûle pour lui, je meurs de lui. « Je ne cesserai jamais d’aimer Dorian, tu sais », je lâche, en haussant les épaules, comme lorsqu’on énonce une vérité connues de tous. « Il restera là, ancré » je pose ma main sur ma poitrine, du côté de mon cœur. « Mais, il ne veut pas de moi, Morgane. » Ses mots m’avaient heurté, détruite. Il ne voulait pas de moi. « Que puis-je y faire ? » Et je me résigne, comme celle que je ne suis pas. Je ne me reconnais plus, je ne suis plus celle que j’étais, celle qui se serait battue corps et âmes pour son amour perdu. Mais, il m’avait fait mal. Et mon père avait décidé pour moi. Et contre ça, je n’avais pas les moyens de lutter. Il décidait, j’obéissais. « Serais-tu très embarrassée si je demande à le voir? Il... m'intrigue, ton Loup, » elle demande. « Non, bien sûr que non. » Embarrassée d’elle ? Jamais. Et puis, au fond, elle m’aiderait. Morgane savait, mieux que quiconque, juger les gens, d’un seul regard. Elle saurait. « Rassure-moi et dis-moi que je ne suis pas la seule à trouver que c'est un nom étrange, Loup? » Un faible sourire s’étend jusqu’à mes lèvres. Puis, je finis par rire ouvertement. « Non, tu n’es pas la seule », j’avoue. Loup, comme l’animal, la bête assoiffée de sang qu’il n’est pas. « Elysée, aussi, non ? Les enfers. Ou le pouvoir. » Au fond, deux entités qui me correspondaient. Le pouvoir qui mène aux enfers, en voilà une destinée. La mienne.


Spoiler:
 

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even angels have their demons.
I had made every single mistake that you could ever possibly make. I took and I took and I took what you gave but you never noticed that I was in pain. I knew what I wanted; I went in and got it. Did all the things that you said that I wouldn't. I told you that I would never be forgotten and all in spite of you. And I'm still breathing, I'm alive.
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“Together we shared a bond not even death would violate.” (morgane)

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