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 une danse est un poème (antoinette)

Vers les étoiles, à travers les difficultés
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❝ HIBOUX : 285
❝ CÔTE DE POPULARITE : 883
❝ MIROIR : caitlin stasey
❝ CREDITS : honeymoon
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❝ ÂGE : vingt-quatre saisons
❝ STATUT SOCIAL : évincée
❝ OCCUPATION : rubissanne, neuvième année, pacours maîtrise de la magie. compagnonne. membre du club de duels.




Il y a un moment où le corps exulte. Trop de frénésie, une tonne d'émotions refoulées, des doutes par centaines inexprimés qui filent mal à la tête, de la colère chaude qui n'a pas su trouver cautère et qui envenime impulsivement toute réflexion. Un trop dont elle avait besoin de se débarrasser continuellement, tous les jours sans exception. C'était vital, presque animal. Et la vérité c'est que Colette ne connaissait qu'un remède à ce mal corrosif, qu'un seul exutoire, qui par chance se trouvait aisément à Beauxbâtons : l'entraînement au duel. Peut-être qu'elle en abusait un peu trop, comme d'une drogue dont elle ne pouvait plus se passer, mais qu'importe puisque l'activité lui faisait un bien fou et qu'en prime, lui permettait de rehausser encore un peu sa moyenne scolaire. Que du bon, donc. Elle ressortait toujours de là la tête vide de pensées parasites et, forcément, plus reposée qu'au départ malgré l'énergie dépensée et la transpiration suintée. C'était le lot commun des sportifs, sans doute. Et sans doute aussi une chose à laquelle Pernelle Flamel, en grande visionnaire qu'elle était, avait également réfléchi ; comment expliquer sinon que seuls quelques pas séparaient le patio vénitien des quartiers rubissans ? Cette proximité du lieu d'entraînement aux chambres des enflammés de l'académie était un hasard auquel Colette ne pouvait pas croire. Ça lui plaisait d'imaginer que la fondatrice avait anticipé tout ça, qu'elle connaissait bien les hommes et les maux intérieurs dont ils étaient intemporellement prisonniers, et parce que ça lui plaisait, Colette y croyait. C'était aussi simple que ça. Alors à raison de trois ou quatre fois par semaine au minimum, elle se levait à l'aube et enfilait collants et pull près du corps, parce qu'il faisait toujours frais dans le patio vénitien, et filait se défouler une heure ou deux – ça dépendait surtout du temps qu'elle avait mis à se hisser hors de ses oreillers (et la chose pouvait prendre de longues minutes, surtout lorsque ça finissait en bataille de chiffons et autres traversins avec Loup parce qu'il ne la trouvait pas assez rapide pour éteindre son réveil).

Les cheveux relevés en haute queue-de-cheval au sommet du crâne, Colette déambulait le baume au cœur dans les corridors. Un air de musique classique lui trottait en tête et c'était à peine si elle avait conscience de le fredonner. C'était la première fois qu'elle donnait rendez-vous à Antoine pour un duel, en privé, à l'abri des regards indiscrets et avides de leurs camarades de classe. Ils ne s'étaient en effet jusque là frottés l'un à l'autre qu'à l'occasion des rencontres imposées durant les sessions d'entraînement du club de duels et leurs affrontements faisaient tant d'étincelles que c'était chaque fois un régal pour Colette de se retrouver opposée à Antoine de Noblecourt. Et elle aurait pu en mettre sa main au feu qu'il en allait de même pour lui. Il se passait vraiment quelque chose lorsque leurs baguettes se faisaient face, à moins que le truc ne viennent d'eux. C'était peut-être ça, l'alchimie... c'était en tout cas un sentiment étrange et enivrant, qui surpassait en intensité bien des moments charnels qu'elle avait pu connaître auparavant.

Elle était étonnement excitée. Elle bouillonnait sous la peau et sentait la température de son sang monter en flèche. Viendrait-il seulement ? Il le fallait, sinon cette journée serait un enfer. Il n'avait pas répondu au message qu'elle lui avait laissé sur son téléphone et bizarrement, ce n'était qu'à présent qu'elle réalisait qu'il ne pourrait peut-être pas venir, s'il le voulait seulement. À vrai dire, l'éventualité qu'il puisse décliner l'invitation ne lui avait jusqu'alors pas même traversé l'esprit. Du Colette tout craché.

Là.

Les yeux scintillants d'émerveillement, elle resta un instant les bras ballants à l'entrée du grand atrium : elle arrivait juste à temps pour voir l'un des plus spectacles qu'avait à offrir Beauxbâtons. Les levers de soleil ici n'avaient pas la même saveur qu'ailleurs et chaque jour Colette reproduisait le même scénario théâtral. Elle s'asseyait en tailleur à-même le carrelage froid et observait le soleil pénétrer et avancer lentement dans la salle. Elle ne se relevait qu'une fois la pièce illuminée entièrement et lorsqu'elle racontait ce spectacle – qu'elle trouvait sincèrement incroyable – à ses camarades, elle parlait toujours d'embrasement puis de clarté céleste. Elle en faisait toujours un peu trop, Colette, mais c'était un moment qui, lui semblait-il, n'appartenait qu'à elle. À cet instant précis, elle en oubliait même qu'elle avait donné rencard.

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❝ HIBOUX : 216
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❝ STATUT SOCIAL : haute noblesse (duché de bourgogne-franche comté)
❝ OCCUPATION : étudiant saphiroy, deuxième année de GRAMME, parcours politique et social ; membre des Onze et du club de duel


Antoine était comme l'eau, impassible et calme, se laissant porter par le courant, un chemin tout tracé. Il s'efforçait de conserver cette attitude qu'il arborait en permanence, ce flegme, main dans les poches, mâchoire serrée, visage tantôt impassible tantôt impassible. Les événements semblaient glisser sur lui tandis qu'il affichait une mine toujours sérieuse, un rare sourire. Une apparence entretenue pour cacher un cœur de feu, du sang bouillonnant, une humeur enfouie au plus profond de lui, des nerfs qui ne demandaient qu'à lâcher. Son seul exutoire, la seule chose qu'il pouvait se permettre sans entacher son image, c'était le duel. Il n'était pas très bon un stylo en main, à griffonner des choses théoriques sur du papier blanc. Il fournissait les efforts minimum, peu convaincu par la voie qu'il s'était choisi, ce parcours social et politique qui était censé le mener tout droit à la tête du duché de Bourgogne-Franche Comté, les terres des de Noblecourt. Une baguette à la main cependant, il était virtuose. C'était un autre Antoine qui se dévoilait, agressif et tenace, prêt à en découdre, à lancer des sortilèges incisifs, à enchaîner les moulinets de son poignet souple, les jeux de jambe pour tenir tête, jusqu'au bout. Il était un excellent duelliste et sa meilleure adversaire avait toujours été Colette Peyrevigne. Jeune fille d'apparence frêle, une bout-en-train dans le même genre que sa sœur Juliette, une de ses proches amies depuis son départ du Cercle de la Rosière d'ailleurs. Plus calme que Capucine cependant, ce qui n'était pas pour déplaire à Antoine à qui la demoiselle faisait perdre ses moyens.

Bref, de prime abord, Antoine n'aurait pas parié sur Colette. Il avait été agréablement surpris quand la rubissane lui avait tenu tête lors de leur premier duel. L'échange s'était d'ailleurs éternisé, ni l'un ni l'autre ne voulant flancher le premier, leurs baguettes faisant des étincelles. Ils avaient attiré du public et depuis, leurs duels étaient des petits événements dans le club. Leur professeur ne voulait même plus qu'ils s'affrontent. Colette avait contourné le problème en lui donnant rendez-vous tôt un matin dans le patio, pour un échange privé, sans public, rien qu'eux et leurs baguettes. D'ordinaire matinal, Antoine n'avait eu aucun mal à se lever. Il avait enfilé un tee-shirt blanc simple à col V et un jogging fin, des baskets de grande marque avant de se faufiler en dehors de son appartement en douce, pour ne pas réveiller Cassian qui était rentré très tard la veille.

Il déambula dans les couloirs de l'école, une main dans une poche, l'autre tenant sa baguette magique - sans ambiguïté aucune. Il arriva dans le patio pile à temps pour assister au lever du soleil. Il plissa les yeux sous l'effet de la lumière matinale et aperçut Colette, bras ballants et rêveuse, captivée par la beauté que pouvait encore comporter ce monde. Il approcha doucement, arrivant derrière elle, finit par s'éclaircir la gorge et dit : « Captivée par les rayons du soleil ? » Léger sourire aussitôt effacé, il resta planté devant elle, là.

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Dans un violent retour à la réalité, Colette tourna brusquement la tête en entendant le son d'une voix masculine. « Captivée par les rayons du soleil ? » Très exactement. À tel point qu'elle ne l'avait pas entendu ni senti venir. Dans d'autres circonstances, sur un champs bataille, elle le savait, elle serait déjà morte foudroyée d'un sort impardonnable dans le sternum. Ses professeurs n'avaient de cesse de le répéter à longueur de temps : tous avaient un style, des qualités et des défauts différents, mais les bons duellistes avaient tous en commun une vigilance constante, un esprit et des réflexes affûtés pour le combat à toute heure du jour et de la nuit. C'était peut-être la chose qui manquait à Colette, elle était trop dissipée. Elle n'arrivait en vérité à se concentrer qu'en mise en scène. D'ailleurs, une baguette à la main prête à cracher des sortilèges d'attaques et à parer ceux de l'adversaire, la jeune femme se sentait l'âme d'une actrice. C'était pas vraiment elle, elle était dans la peau d'une autre dans ces moments là. À moins que ce ne soit précisément les seuls moments où elle était vraiment elle-même ? Comment savoir. En vrai, ça déraillait complètement dans sa tête pour en venir à se poser pareilles questions qui resteraient toujours sans réponse.

« Antoine » elle branla du chef courtoisement avant de braquer ses grands yeux fauves sur lui. « Un jour quelqu'un m'a dit que nul ne naît appris et instruit. C'est vrai n'est-ce pas ? Quand on contemple pareil spectacle, je me dis qu'il existe des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres et qu'il nous faut faire notre propre expérience du monde et de ses trésors inespérés. » Comment découvrir pareille merveille, sinon par soi-même ? Elle avait lu des kilomètres de pages d'encre écoulée et entendu un millier de bouches conter la beauté de cet endroit au lever du soleil, mais il avait fallu qu'elle le voit de ses propres yeux pour le croire. Elle avait été subjuguée. Tel était l'apprentissage véritable, la façon dont la jeune femme entendait faire son expérience de la vie. Tout toucher, tout goûter, tout sentir. Tout essayer. Sans jamais flancher, en s'efforçant de faire taire la peur qui gronde, souvent, au creux du palpitant. Elle soupira profondément, d'un souffle chargé de points d'interrogation.

Colette jaugea finalement l'air interdit de son camarade et fronça les sourcils dans un instant de doute. « Enfin, nous avons mieux à faire que nous tourner les pouces en admirant le paysage non ? » finit-elle par lâcher dans un grand sourire pour dissiper cette poignée de secondes de malaise ambiant. Elle se sentait un peu courageuse, quand même, d'être celle qui faisait l'effort de détendre l'atmosphère sans être sûre, loin de là, d'y parvenir, ni même d'avoir dans les tripes ce qu'il fallait pour arracher un sourire à un garçon comme Antoine de Noblecourt. À moins que le problème ne vienne de son pedigree abîmé par les fourberies de son père. La chose ne l'aurait pas vraiment surprise puisqu'il était potentiellement le prochain héritier du duché de Bourgogne et que, de son côté, elle ne restait que ce que les nobles appelaient communément de la racaille. N'y avait-il vraiment que dans les livres que les bergères et les princes devenaient amis ? Elle soupira une nouvelle fois, cette fois-ci son râle vous aurait même fendu en deux le cœur d'une statue de pierre.

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Elle se retourna pour lui faire face, ses cheveux bruns attachés en queue de cheval suivant le mouvement, son visage innocent tournait vers lui. Elle mit un certain temps à lui répondre. Antoine arqua un sourcil ; il avait l'impression de voir les rouages du cerveau de Colette tournaient à mille à l'heure, derrière ses grands yeux bruns. C'était difficile de savoir ce que cette fille avait dans la tête. Tantôt véritable bout-en-train, notamment aux côtés de la cadette d'Antoine, Juliette, tantôt véritable guerrière lorsqu'elle pointait sa baguette vers lui, prête à en découdre. Prête à danser sur la musique de leurs instruments de bois, accompagnée par les crépitements et les étincelles qui en jaillissaient une fois le sortilège prononcé. Des mots jetés en avant, tantôt agressifs, incisifs, tantôt défensifs, plus prudents. Les duels à la baguette, c'était juste beau à regarder. Un spectacle pour les pupilles, une tension palpable, insoutenable. L'envie de gagner.

« Antoine », commença Colette en le saluant d'un signe de tête courtois. « Un jour quelqu'un m'a dit que nul ne naît appris et instruit. C'est vrai n'est-ce pas ? Quand on contemple pareil spectacle, je me dis qu'il existe des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres et qu'il nous faut faire notre propre expérience du monde et de ses trésors inespérés. » Il hocha la tête, pas très sure d'où elle voulait en venir. Colette, la rêveuse effrontée versus Antoine, le noble très terre-à-terre. Des rêves, il n'en avait qu'un. Succéder à son père, diriger à son tour le comté de Bourgogne-Franche Comté. C'était là son ambition pour l'avenir, pour laquelle il nourrissait des espoirs pour l'instant vains. Bref, il n'était pas du genre à s'émerveiller devant un lever de soleil. Ce spectacle, aussi beau soit-il, le laissait de marbre, stoïque. Il n'était cependant pas insensible ; c'était juste que cette part de lui était bien enfoui, caché derrière ce visage impassible. Toujours sérieux, la mâchoire serrée. Pas très avenant. Mais si l'on prenait le temps de le connaître, si on ne s'arrêtait pas aux préjugés - ah, cette terrible invention de l'espèce humaine -, on pouvait entrevoir ce qu'était réellement Antoine. Il fallait cependant creuser, démêler le vrai du faux, ne pas se laisser aveugler par cette poudre jeter aux yeux. « Enfin, nous avons mieux à faire que nous tourner les pouces en admirant le paysage non ? », finit-elle par dire, les lèvres étirés en un grand sourire. Antoine remarqua simplement qu'elle avait les dents très blanches. Il était comme ça avec tout le monde, à quelques exceptions près. Cela ne voulait pas pour autant dire qu'il n'appréciait pas Colette ni qu'il était, tout simplement, un petit con d'aristo. Sa mère, Mathilde, lui avait appris à ne pas se fier aux noms ni au rang social. Antoine était respectueux aussi bien envers un de ses confrères nobles qu'envers les roturiers. Les seules personnes qu'ils ne pouvait supporter, c'étaient les anti-royalistes, ces soit-disant révolutionnaires qui menaçaient l'ordre établi. Son monde à lui.

« En effet, chère Colette. De plus, je ne suis pas aussi douée que toi pour manier les mots, pas plus que pour m'extasier devant la beauté d'un lever de soleil, aussi étincelant soit-il », finit-il par dire, retirant les mains de ses poches. Il tourna le dos à la demoiselle pour faire quelques grands pas et se tenir à une distance réglementaire, avant de se retourner et de brandir sa baguette. « Passons aux choses sérieuses, alors. Je suis venu ici pour une danse. » Un duel est une danse, une danse est un poème. Il fit le premier pas et dit : « Expelliarmus » Il commençait petit.

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Dans ce triste pays, tu sais, un jour ou l'autre, faudra tuer le père, faire entendre ta voix. Jeunesse lève-toi. Au clair de lune indien toujours surfer la vague, à l'âme au creux des reins faut aiguiser la lame. Puisqu'ici, il n'y a qu'au combat qu'on est libre, de ton triste sommeil, je t'en prie, libère-toi. Puisqu'ici il faut faire des bilans et du chiffre, sont nos amours toujours au bord du précipice. N'entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts ? Ne vois-tu pas le ciel à portée des doigts ? Jeunesse lève-toi...

C’est cette façon qu’il a de l’observer. Distant mais curieux. Hautain mais admiratif. Ça la contrarie ; parce qu’elle le sent hésitant à son égard et parce qu’il la met mal à l’aise. Littéralement. C’est pas que c’est inconfortable, ni qu’il lui fasse se sentir pas à sa place, c’est juste qu’elle n’est pas bien, pas totalement elle-même et qu’il y a trop de retenue entre eux. C’est sans doute pour ça aussi que leurs échanges verbaux restent si creux de sens, comme bloqués à la surface. Et la chose est plus frappante encore, et bizarre, que face à face, bout de bois contre bout de bois, leurs rencontrent se soldent toujours par une pluie d’étincelles. A croire qu’il n’y a que sur les braises qu’on fait danser les fous.

Cette idée lui plait.

« En effet, chère Colette. De plus, je ne suis pas aussi doué que toi pour manier les mots, pas plus que pour m’extasier devant la beauté d’un lever de soleil, aussi étincelant soit-il. » Elle arque un sourcil suspicieux. Qu’est-ce que cela ? Elle n’est assurément pas une virtuose des joutes verbales et moins encore du genre à prendre le temps d’observer la beauté de la nature et de la vie. Elle est trop pressée, et trop empressée. Colette n’est que feu, que flammes. C’était juste la magie d’un instant volé au monde qui l’avait saisie, et Antoine venait de détruire cette surréaliste féérie sans même s’en rendre compte et, de toute façon, elle ne lui en tenait pas rigueur. L’effrontée se lamenta silencieusement dans un long soupir et elle ne s’attendait même pas à ce qu’il remarque ou comprenne. Tant pis. L’héritier de Noblecourt était une serrure dont elle n’avait pas trouvé la clef et il ne semblait manifestement pas pressé, ou peut-être pas intéressé, de fendre ce gros cadenas. Il était le contraire de sa sœur, folle Juliette tant aimée, qui était juste un baume au cœur et, de l’avis de Colette, l’allégorie même de la vie. A côté Antoine lui paraissait n’être qu’ennui et tribulation, à vivre à des milliers de lieues des jeunes gens de son âge, trop préoccupé par des querelles d’adulte auxquelles elle n’entendait rien. Et pourtant, comme lui, Colette était pragmatique, terre à terre, et n’aimait pas se laisser aller à la rêverie. Mais Antoine lui était parfaitement énervant, à pousser son scepticisme à l’extrême, renfrogné derrière un visage impassible et – elle en aurait juré – des lèvres recourbées vers le bas, à l’inverse du franc sourire qu’elle lui offrait. Peut-être qu’ils finiraient par se comprendre, tous les deux, mais pas aujourd’hui assurément ; aujourd’hui ils étaient deux chats qui se regardaient en chien de faïence, prêts à en découdre puisqu’il n’y avait qu’au combat qu’ils étaient sur la même longueur d’ondes.

Je suis venu pour une danse lui assenait-il lourdement après l’exécution rapide et solennelle du protocole des rencontres en duel, règles auxquelles Colette se résigna également par une désinvolte révérence à l’attention du garçon. Elle avait déjà sa baguette à la main et les doigts rendus blancs à trop serrer sur le bois, un genou légèrement plié et un sourcil arqué tremblant qui témoignait de son extrême concentration. « Tu veux danser » minauda-t-elle dans un feulement malicieux, les dents à peine desserrées, se balançant déjà d’un pied sur l’autre pour esquiver les sortilèges que son adversaire ne manquerait pas de lui adresser. Laisser attaquer, telle était toujours sa méthode de procéder, parce qu’elle était meilleure aux pirouettes et parades de défense qu’en attaques incisives.

Elle n'avait pas tord, d'attendre, parce qu'il ne fit pas durer trop longtemps l'attente électrique propre aux premières secondes d'un combat. « Expelliarmus » lança-t-il et une gerbe colorée jaillit de sa baguette en sa direction, mais Colette avait déjà bougé. Elle était agile et rapide, et se déplaçait sur la piste de danse comme un félin sur son terrain de jeu : avec précision et vélocité. Prise d'une soudaine inspiration, elle se faufila en deux enjambées aux côtés du jeune homme et se dressa sur la pointe des pieds pour chuchoter à son oreille. « Alors danse pour moi » murmura-t-elle en basculant la tête en arrière dans un rire à gorge déployée. En agissant de la sorte (c'est-à-dire de manière totalement impulsive, comme toujours) elle espérait le surprendre. On aurait dit une folle, comme possédée, mais aussitôt elle se recroquevilla sur elle-même pour se dérober à nouveau. Être toujours en mouvement. « Globus ignis » susurra-t-elle à sa baguette, encore ramassée sur elle-même, et de petites boules de feu fusent vers les pieds d’Antoine. Qu’il danse. Elle ne manque pas d’humour non plus, Colette.

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Colette lui rappelait sa sœur Juliette. Deux rubissanes exaltées, des vraies de vraies. Tout le contraire de lui, tout en énigmes, en faux semblants, en jeu d'apparence. Il n'était pas ce qu'il avait l'air d'être, il paraissait ce qu'il avait envie de laisser transparaître. Il était comme tiré à quatre épingles, l'air coincé et ennuyeux, désinvolte avec ses mains dans les poches et son attitude flegmatique qui lui valait les moqueries de sa sœur et de sa comparse Capucine. Colette faisait partie de son petit cercle d'amis, ceux qu'elle s'était trouvée après avoir quitté le Cercle de la Rosière, des amis fidèles et sincères pour remplacer les nobles pintades qui jacassaient toute la journée et se pensaient supérieures simplement parce qu'elles étaient nées au bon endroit. Oh, bien sur, Antoine n'avait pas un si mauvais opinion des filles du Cercle de la Rosière, il y avait quelques exceptions, mais il n'appréciait guère l'arrogance et trouvait que c'était un grave fléau parmi la noblesse. Lui-même était fier de son nom et de sa famille mais jamais il n'irait s'en vanter. D'abord, il était discret et vraiment, ce n'était tout simplement pas son genre. Il n'avait pas été élevé comme ça et grand bien lui faisait d'avoir eu une mère aussi fantasque.  

Colette était donc un autre soleil, un volcan brûlant qui ne demandait qu'à exploser. Baguette en main, ils se saluèrent selon les règles de l'art et Antoine, noble chevalier, attaqua gentiment avec un simple sortilège de désarmement. Evidemment, Colette avait déjà filé et la gerbe colorée s'évanouit dans l'air sans avoir eu aucun effet. Elle était rapide et agile et passa à côté de lui pour lui susurrer à l'oreille des mots taquins. « Alors danse pour moi » Elle rit et Antoine eut juste le temps de se retourner pour lui faire face et entendre le sortilège qu'elle venait de lancer. De petites flammes fusèrent vers ses pieds, qui le fit sauter sur le côté avant de la contrer : « Aguamenti » La gerbe d'eau éteignit les flammes de Colette instantanément. Rubis contre Saphir. Feu contre Eau. Antoine n'était pas dénué d'humour, il en manquait certes beaucoup, mais il lui arrivait d'apprécier des traits d'esprit. Il lança un léger sourire entendu à Colette, qui s'était replacée quelques pas plus loin. Ils se tournèrent un peu autour, marchant d'un pas endiablé sur les lignes d'un cercle imaginaire, de façon à toujours rester face à face. C'était un jeu qu'ils appréciaient tout deux - du moins c'était ce qu'il semblait à Antoine. Ils se tournaient autour comme deux félins avant un corps à corps sans pitié. C'était l'adrénaline qui montait, la concentration qui devait être gardée à son maximum, pour ne pas se laisser surprendre par l'adversaire. La danse pouvait durer ainsi longtemps, mais ce n'était pas si amusant. Antoine avait un jeu offensif tandis que Colette se complaisait à le contrer en riant. Elle semblait libre, Colette, et c'est peut-être ce qu'il manquait à Antoine. Il était comme pieds et poings liés depuis sa naissance, bâillonné par un nom qu'il se devait de porter avec fierté, écrasé par le poids de responsabilités à venir, le poids du regard de son paternel. Tantôt incisif, tantôt impassible, Léandre ne laissait rien paraître à son fils unique qui, malgré lui, en souffrait. Le nom de Noblecourt était un fardeau à porter, un fardeau qu'Antoine acceptait de porter, voulait porter alors que sa cadette Juliette s'en était affranchie. Elle était libre comme Colette, mais peut-être pas tant que ça, pas comme elle l'aurait souhaité. Elle était toujours Juliette de Noblecourt, malgré l'amour inconditionnel que lui portait ses parents, malgré ses frasques, elle aussi devrait un jour faire face aux devoirs qui étaient les siens. Juliette les rejetait, tandis que Constance et Antoine se battaient pour les avoir. Il pourrait avoir une autre vie, s'il lâchait l'affaire et laissait le duché à son aînée. Elle pourrait éventuellement faire une meilleure héritière que lui, mais il ne pouvait le penser. Il avait été élevé dans le but de porter de grandes responsabilités, c'était ce pourquoi il était fait et c'était là son destin tout tracé. Il pouvait lui arriver d'envier des gens comme Colette, des gens comme Léopoldine. Il pouvait leur porter une certaine admiration secrète, jamais ouverte, jamais perceptible. Mais bien vite reviendrait sur lui l'ombre de l'avenir qui se profilait, qui arrivait à grands pas. Il avait vingt-quatre ans et l'insouciance, l'innocence lui semblaient bien loin.

Les duels, à la baguette ou à l'épée, réveillait sa nature profonde et lui donnait, l'espace d'un instant, l'impression d'être lui aussi, libre. Libre de faire danser Colette au rythme qu'il souhaitait, en lançant à son tour un maléfice : « Tarentallegra ». Le jeu vient de commencer, jolie Colette.

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