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 we are broken (nolortie)

Vers les étoiles, à travers les difficultés
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MessageSujet: we are broken (nolortie)   Dim 19 Juin - 15:56


Envolée, l'Hortense rêvant d'un avenir glorieux, un couronnement étincelant pour son frère, un beau mariage pour elle, de l'amour et des cornes sucrées autant qu'elle aurait pu en absorber. La vie, la vraie, l'avait rattrapé, l'écorchant au passage. Elle avait fait ce qu'elle avait pu, elle avait vraiment tout fait, elle y avait cru. Hortense Leblois, défendant la couronne de son frère devant les médias, plus hargneuse que lui-même, qui avait tout laissé lui filer entre les doigts. A vingt-six ans, Hortense était encore en plein combat et avait épousé Nolan en grande pompe. Elle avait été radieuse, ce jour-là. Magnifique dans sa robe blanche, aux anges aux bras de son nouvel époux, qu'elle avait si longtemps considéré comme un frère. Ils s'étaient fait à l'idée que ce mariage était le mieux pour eux, que d'amis d'enfance, de frère et sœur de cœur, ils passaient à partenaires pour toujours. Unis par les liens du mariage, unis face à l'adversité, à tous ces révolutionnaires qui se multipliaient comme des lapins. Unis pour Marien, face à Solange Desclève qui avait tout détruit sur son passage. Leur monde s’effondrait sous leurs yeux, comme leur mariage.

Elle avait vraiment cru pouvoir y arriver. Que Nolan oublie ses vieux démons, qu'il trouve une paix sereine auprès d'elle. Ils étaient heureux quand, six ans plus tôt, Hortense avait donné naissance à leur unique fille, Soaz. Prénom breton pour honorer les origines de son paternel, tandis qu'elle portait le nom des Leblois. Un enfant, c'était un beau cadeau, une merveille qui aurait pu les rapprocher encore plus. Mais ils n'avaient pas su faire de cette naissance une renaissance. Soaz voyait très peu son père, fort occupé entre son travail d'oubliator au ministère et toutes ses actions militantes en dehors. Hortense avait été une partenaire autrefois, elle était toujours une fervente défenseuse du royalisme et rêvait du jour où Solange tomberait. En tant que Leblois, ils étaient extrêmement surveillés et la pression montait de jour en jour. Hortense pleurait souvent le soir seule dans sa chambre vide, alors que Nolan était elle-ne-savait-où, que Soaz gémissait en appelant après un père qui ne savait comment s'y prendre avec elle.

Elle était assise sur une chaise à la table de la salle-à-manger, plusieurs journaux ouverts devant elle. "Notre nouvelle France, une nouvelle ère" ; "La Première République est née". Ils n'avaient pas pu arrêter Solange, voilà qu'elle proclamait la République et qu'elle destituait les Leblois de leur rang de famille royale, au même titre qu'elle effaçait tous les titres de noblesse de France. Plus de royaume, plus de Citius, Altius, Fortius. Les révolutionnaires étaient à la fête tandis que la noblesse voyait son monde s'effriter entre ses doigts. Hortense était à la fois atterrée, triste et en colère. Elle aurait aimé une épaule sur laquelle se reposer, mais elle était si seule. Marien n'était jamais là, occupé qu'il était à dompter des dragons en Roumanie. Nolan, lui... Eh bien il menait sa vie en solitaire, il l'avait éloigné. Elle se retourna en entendant la porte claquée et voyant Nolan entrer, elle ne put s'empêcher de laisser couler les larmes qu'elle aurait voulu retenir.

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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Dim 19 Juin - 20:58

C'était une impression bizarre que je me traînais depuis le réveil, une impression persistante que quelque chose clochait. Dans un premier temps, j'ai fait comme si de rien n'était, pour ne pas alterter mon entourage. Déjà que je n'étais pas bien sain d'esprit, il ne faudrait pas non plus qu'ils pensent que j'étais devenu fou. Ce matin là, j'ai prévenu Hortense que je ne rentrerai peut-être pas pour le dîner. Mes journées en tant qu'oubliator se suivaient et pourtant ne se ressemblaient pas. Chaque jour était différent, tant et si bien que je savais quand je partais travailler mais je ne savais pas quand je revenais. Tout dépendait des missions qui m'étaient imparties, en réalité. Certaines pouvaient être très courtes, d'autres s'avéraient interminables. Parfois je restais au bureau pour remplir quelques rapports concernant divers incidents magiques, parfois j'allais sur le terrain. Je me surpris alors à songer aux raisons qui m'ont poussé à emprunter une telle voie dès la fin de mes études. J'étais un étudiant plutôt brillant, qui excellait en pratique aussi bien qu'en théorie et j'avais été promis à un très grand avenir. C'était une illusion qu'on me faisait miroiter depuis mon plus jeune âge. Toute ma vie, ils m'ont répété que j'étais quelqu'un d'important, que le futur gouvernement de France ne pouvait pas se faire sans moi. Ils m'ont poussé à faire des sacrifices absurdes, mon premier mariage – ou tout du moins, projet de mariage – a même été avorté, sacrifié sur l'autel de mes ambitions. À l'époque, j'étais alors persuadé du bien fondé de mes décisions, car elles convergeaient toutes vers un même but : un jour, je serai au sommet. Un bémol cependant : on ne m'a pas prévenu quand, ni comment. Tout ce que j'avais à faire, c'était d'attendre, attendre que mon tour vienne enfin. Ils réitéraient parfois leurs promesses, mais avec nettement moins de ferveur qu'auparavant. Quelque chose, imperceptiblement, était en train de changer. Ce n'était pas un changement anodin, ça non, c'était plutôt un de ces changements radicaux, qui ne laissait aucun retour en arrière possible. Cela se résumait parfois à marche ou crève. On perdait inévitablement des plumes. On n'y croyait plus tellement, ce qui semblait être une certitude prenait tout doucement l'eau, pour devenir ni plus ni moins qu'une chimère.

Puis, il y a eu le doute.

C'était le genre de doute insupportable, qui devenait un rien obsédant dès lors qu'il commençait à s'implanter. C'était une idée dont on ne parvenait plus à se défaire, qui empoisonnait tous nos idéaux. Quand le doute s'installait, il était impossible de revenir en arrière. Nos convictions s'ébranlaient, devenaient de plus en plus fragiles. Parfois, il arrivait même que l'on perde le feu sacré. Pourtant, il n'était pas question de renoncer. Jamais. Nous avions trop perdu au nom de notre combat, ce serait un immense gâchis de tout balancer, de partir sans regarder en arrière. J'avais prêté serment jusqu'à la fin, et je comptais bien l'honorer malgré les obstacles qui se dressaient sur ma route. Envers et contre tout. Ce fut la mort dans l'âme que je poussai la porte de ma maison, m'apprêtant à prendre un repos bien mérité. Je m'avançais dans le vestibule, tandis que je déposais mes affaires dans l'entrée. Je me disais que j'allais ranger plus tard, comme toujours, mais je ne le faisais jamais. Je semais derrière moi des morceaux de mon existence en demi-teinte : manteau, mallette, gants, tout ceci venait parfaire le simulacre de vie que je m'efforçais de suivre depuis bien des années. J'avais l'impression d'être là et d'être absent tout à la fois. J'étais étranger à ma propre vie, spectateur de ma propre histoire au lieu d'en être l'auteur. Voilà bien longtemps que j'avais lâché les rênes de mon existence, pour suivre le mouvement sans me poser de question. J'étais devenu une sorte de monsieur tout le monde plutôt grotesque, un clown qui excellait dans l'art de la tromperie. Pourtant, je n'arrivais pas à les mener en bateaux. Tous savaient que mon mariage était un échec, que cette famille que nous aurions dû fonder n'en était pas une parce qu'il manquait à tout cela des éléments essentiels : l'amour, la solidarité, la présence. Il arrivait un moment où la seule loyauté envers mon épouse ne suffisait pas, que même l'affection qui nous liait ne suffisait pas à combler le fossé qui s'était creusé entre nous. Où étaient donc passés les Nolan et Hortense des premiers jours, tous pimpants dans leur costume de jeunes mariés ? Mon regard s'attarda sur ma princesse de femme, quelques instants. Puis, mon attention fut attirée sur les journaux qu'elle semblait feuilleter avant mon arrivée. Je pinçai les lèvres tandis que je lisais les gros titres. Je serrai légèrement les poings, contrarié par les nouvelles. Non, contrarié n'était qu'un euphémisme, surtout lorsque l'on considérait les sentiments qui bouillonnaient à l'intérieur.

« La garce ! » m'exclamai-je, les dents serrées – j'avais si peu l'habitude de parler ainsi qu'une telle expression, de ma bouche, pouvait s'avérer choquante. « Elle a réussi, pas vrai ? »

Sous entendu : nous avons échoué. De rage, je serrai les poings sur les journaux, froissant le papier sans vergogne. Je ne voulais pas croire que nous n'ayons pas réussi à enrayer la machine infernale, que cette garce nous avait destitués au point de nous priver de nos terres. Mes rêves de devenir un jour souverain de la Bretagne venaient de prendre un coup. Pour ainsi dire, je n'étais pas sûr qu'ils se réalisent un jour. Puis, mon regard s'attarda une nouvelle fois sur mon épouse. Je vis alors qu'elle pleurait. Interdit, je contemplai ses larmes quelques instants, avant de m'avancer vers elle, pour serrer ses mains glacées dans les miennes.

« Ce n'est pas fini, Hortense. » affirmai-je avec ferveur, tandis que mes yeux trahissaient la détermination farouche – mais aussi le déni, aussi cruel soit-il. « Ils ne peuvent pas nous prendre nos titres, nos terres, notre fortune. Ils ne peuvent pas nous dépouiller. Nous n'avons pas perdu, Hortense. Pas encore. »

Pourtant, les faits étaient là. Les journaux se réjouissaient de la nouvelle : la société était en train de changer. Tout à coup, je parus m'éveiller, prendre conscience de ce que cela pouvait bien impliquer. J'eus alors une pensée pour Soaz, cette fillette qui était pourtant de mon sang et que je ne connaissais qu'à peine. Qu'aurions nous donc à lui offrir ? Ne restait-il vraiment plus rien ? Comment étions nous censés lui dire qu'à cause de cette femme, nous avions quasiment tout perdu ?
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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Dim 19 Juin - 22:48

Hortense avait toujours été du genre à pleurer comme une gamine au moindre petit chagrin. Toute jeune, déjà, son jumeau Marien la faisait pleurer parce qu'il n'appréciait pas toujours à cette juste valeur tout ce qu'elle faisait pour lui. Lorsqu'elle était étudiante à Beauxbâtons, elle était du genre à construire des plans. Des tas de plans pour un même but : la couronne sur la tête de Marien. Elle s'était préparée à ce jour toute sa vie durant, elle n'avait pas abandonné même lorsque leur oncle Géodor avait changé l'ordre d'héritage pour placer Solange en tête. Elle était encore persuadée qu'elle trouverait un moyen. Que son oncle était une girouette et qu'il changerait encore d'avis, qu'il pouvait replacer Marien à sa juste place. Elle avait plaidé en faveur de son frère auprès de son oncle, sans succès. Trois ans après ce jour maudit, il était mort sans avoir pu rien changer. Hortense avait assisté au couronnement de sa cousine, amère. Furieuse. Mais elle ne s'était toujours pas avouée vaincue. Quelques temps avant la mort de son oncle, elle avait épousé Nolan. Avec lui, à eux deux, ils arriveraient à leur but commun. Ils avaient tout fait pour, avaient fait des sacrifices, mis leur propre bonheur entre parenthèse. Marien lui-même avait abandonné mais il restait toujours ses deux fidèles soldats pour aller au combat.

Elle ne pleurait pas que pour la fin de la monarchie. Elle pleurait aussi pour toute cette vie gâchée. Pour toutes ces années, pour tous les plans qu'elle avait érigé, toujours confiante, jamais défaitiste. Elle pleurait pour son mariage désabusé, pour sa fille. « La garce ! », s'exclama Nolan, faisant légèrement sursauté son épousé qui n'avait pour ainsi dire par l'habitude de l'entendre parler ainsi. « Elle a réussi, pas vrai ? » Oui, elle était la grande gagnante, le peuple l'acclamait et eux, ils étaient dans le camp des perdants. Elle regarda d'un œil vide et larmoyant Nolan qui s'acharnait sur les journaux, silencieuse. Elle le laissa se défouler, avant qu'il ne se rende compte qu'elle pleurait. Les larmes coulaient en un flot discontinu sur ses joues rougies. Il lui prit les mains dans les siennes, les serra. Ses mains étaient faibles dans les siennes.

« Ce n'est pas fini, Hortense. » Il avait la ferveur de l'homme assuré de ses convictions, de la justesse de son combat. Hortense leva les yeux vers lui et lut dans son regard la détermination qui l'avait quitté. « Ils ne peuvent pas nous prendre nos titres, nos terres, notre fortune. Ils ne peuvent pas nous dépouiller. Nous n'avons pas perdu, Hortense. Pas encore. » Ils avaient aussi pensé ça quand, des années plus tôt, ils avaient assisté main dans la main au couronnement de Solange. Ils avaient toujours pensé ça quand, six ans plus tôt, elle avait aboli les privilèges de la noblesse. « Nolan, je t'en prie », finit-elle par dire. Il lui semblait qu'un monde les séparait, qu'elle avait enfin atterri quand lui planait toujours. Elle dégagea ses mains et essuya ses larmes d'un geste furtif. « Il serait peut-être temps d'ouvrir les yeux », poursuivit-elle, la voix tremblante. Elle n'était pas sure elle-même d'avoir réellement abandonné mais le coup dur de la nouvelle était difficile à supporter. Elle ne se voyait pas se relever encore une fois, fière et téméraire. Elle était peut être lassée de tout ça, elle ne savait pas trop. Hortense méritait peut-être un peu de répit, une vie tranquille, calme et paisible. Il n'était pas trop tard pour avoir d'autre enfant, pour fonder la famille dont elle avait toujours rêvé. « De consacrer du temps à notre famille. Soaz te réclame tout le temps et tu n'es jamais là. Tu es partie avant qu'elle ne se réveille, tu rentres après qu'elle se soit endormie », lui lança-t-elle, le regardant dans les yeux, guettant sa réaction. Elle était d'humeur à régler des comptes, elle bouillait de colère. Elle aimait Nolan. Ce n'était peut-être pas de l'amour, de la passion ou ce genre de chose qu'elle aimait tant lire dans ses romans à l'eau de rose, mais elle l'aimait. Elle avait accepté beaucoup de choses de sa part, avait tout fait pour l'aider. Ils avaient connu de grands moments de bonheur et peut-être que c'était ça qu'ils devaient sauver, plutôt que la monarchie.


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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Lun 20 Juin - 17:54

Désormais, je n'étais focalisé que sur cet échec cuisant. La colère, la déception, l'amertume résonnait dans mon être. Par réflexe, je voulus me débattre, nier, croire que ce n'était pas terminé. Je réagissais comme un animal blessé, mais pas encore mort. J'étais furieux, mais pas seulement. En fait, j'étais en rage, je refusais de croire que j'avais consenti à tous ces sacrifices pour rien. Se rendait-elle compte, la garce, de tous les sacrifices que nous avons fait, de toutes ces vies volées, piétinées pour satisfaire ses idéaux égoïstes, pour qu'elle puisse avoir son nom dans l'histoire ? Bien sûr qu'elle s'en foutait, elle avait gagné, elle avait même l'appui du peuple. Pourquoi dans ce cas se préoccuper de toutes ces vies qu'elle détruisait sans vergogne ? C'était dans la nature humaine de ne pas se rendre compte à quel point on est privilégié jusqu'à ce qu'on soit sur le point de tout perdre. Tout ceci nous paraissait tellement naturel, dans l'ordre des choses. Nous avions baigné là dedans toute notre vie. Maintenant que tout ceci n'existait plus, qu'allions nous devenir ? Qu'allions nous offrir à notre fille ? Comment expliquer à une gamine de six ans qu'elle n'avait pas sa place dans ce nouveau monde, simplement parce qu'elle était la descendante directe d'une famille royale déchue ? Toute sa vie, elle allait porter le poids de ce nom, qui autrefois était synonyme de gloire et de prestige. Autrefois, tout le monde nous respectait, à part les révolutionnaires, bien sûr. Géodor avait été un bon souverain, et j'étais certain que Marien aurait été excellent également. Les Leblois ont toujours été justes, droits comme la justice, ils avaient été pour moi un modèle, un synonyme de renaissance et l'idée que leur nom - mon nom depuis que j'avais abandonné le mien pour embrasser le leur -soit ainsi traîné dans la boue était inacceptable. Si j'avais pu, j'aurais pu la tuer mais j'étais coincé entre mes convictions et mon travail en tant qu'oubliator. Qui plus est, je n'étais probablement pas le seul à vouloir attenter à la vie de Solange. Mon regard perdu balayait Hortense. Je savais ma femme plutôt sensible – d'où l'instinct protecteur que j'ai longtemps eu envers elle, et que j'avais encore – mais je ne l'avais jamais vue autant à bout, aussi démunie. La détresse émanait de son être et me mettait légèrement mal à l'aise, parce que je ne savais pas comment j'étais censé faire pour la réconforter. Quand nous étions plus jeunes, on se parlait assez facilement, pourtant. Il semblerait que cette capacité se soit envolée le jour où on s'est mariés, comme si notre mariage avait définitivement altéré ce que nous avions.

Pourtant, nous avions été heureux, vraiment heureux. Était-ce une illusion, une de plus venant s'ajouter à une liste trop longue ? J'avais tout perdu dans cette lutte vaine, je ne pouvais pas non plus perdre mon mariage. Je me mis à trembler. En serrant les mains d'Hortense, je voyais bien à quel point elle n'avait plus la même poigne qu'avant. Elle semblait vidée de toute énergie, complètement amorphe. L'étincelle de la vie semblait même avoir quitté son regard. Elle n'avait plus la foi, elle n'avait plus envie de se battre. Constater cela me fit particulièrement mal. Nous avions dédié notre vie à ce combat, nous étions animés par la même hargne, les mêmes convictions, nous avons formé une équipe redoutable pendant un temps. Qu'en restait-il, désormais ? Il semblerait qu'elle ait été abolie bien avant la monarchie, et à présent que la monarchie n'était plus, c'était comme un coup de grâce. Je voyais les lèvres d'Hortense remuer, comme si elle tentait de me dire quelque chose. Elle me disait d'ouvrir les yeux, qu'il faudrait peut-être mieux arrêter de rêver. Je secouai la tête en signe de négation. Je ne voulais pas y croire que c'était la fin. Nous avions résisté contre vents et marées, survivant à chaque étape. Ébranlés, mais en un seul morceau. Elle disait vouloir consacrer du temps à notre famille. Elle me parlait de Soaz, de mes absences répétées. Elle remuait le couteau dans la plaie, me rappelant à quel point je pouvais être un père médiocre. Je serrais les poings. Je n'avais jamais eu le bon exemple, comment pouvais-je être un bon père ? J'ai eu une mère, pourtant. Je l'avais trouvée en la personne de Charlotte, qui m'avait traité comme si j'étais son propre fils. Elle m'avait tant donné, et elle m'avait été arrachée brutalement dans cet accident de voiture. Marien et Hortense n'ont plus jamais été les mêmes, moi non plus. Pourtant, c'est à cette époque que nos liens se sont resserrés. Elle parlait de famille, mais quelle famille, au juste ? Il n'y avait que des étrangers qui habitaient sous ce toit. Peut-être était-ce ce qui m'avait poussé à prendre le large, parce je me sentais peu à peu étouffer.

« Quelle famille, dis-moi ? » Mon ton était trop sec, trop cynique sans doute. Pourtant, c'était une douleur réelle qui s'exprimait, parce que la famille a toujours été mon talon d'Achille. Toujours. « On a fait tant de sacrifices, Hortense. On a tout fait pour que ton frère monte un jour sur le trône. Tout ce qu'on a dit, tout ce qu'on a fait, c'était uniquement à cette fin. On a dédié notre vie entière à cette cause et maintenant, que reste-t-il ? Rien. »

C'était comme si on avait fait tout ça pour rien. Que se serait-il passé si nous avions été quelqu'un d'autre ? Peut-être qu'on aurait eu le droit au bonheur, au vrai bonheur, celui d'être avec une personne que nous avions choisi et non une personne que le devoir a désigné. Je ne regrettais pas mon mariage avec Hortense, je ne regrettais pas notre fille parce qu'elle avait sans doute raison quand elle disait que c'était tout ce qu'il nous restait. Peut-être que si j'avais pu, j'aurais fait autrement. J'aurais peut-être pris le temps de vivre, enfin. Il était trop tard maintenant. Nous étions prisonniers de nos rôles, de ces personnages façonnés de toute pièce par la volonté de quelqu'un d'autre.

« Peux-tu me rappeler la dernière fois qu'on a vécu quelque chose pour nous, Ortie ? » Son surnom roula sur mes lèvres dans un souffle éteint, bien loin du ton véhément que j'avais adopté quelques instants plus tôt. « Était-ce vraiment de notre vie dont il s'agissait toutes ces années ? Je ne crois pas, mon amour. Parce que tout ce que tu vois là, tout ce qu'on a, n'est que le résultat de choix politiques, parce qu'il devait en être ainsi. Toute notre vie nous avons suivi des ordres, des instructions, un protocole. J'ai même renoncé à mon nom, à mon héritage pour embrasser la cause de ton frère ! Alors oui, excuse moi d'être furieux, de vouloir défendre encore le peu qu'il nous reste. Tout ce que j'ai pu faire, c'était pour cette famille ! »

Elle le savait pourtant, que j'avais dédié ma vie aux Leblois, à la Couronne. J'ai juré allégeance, j'ai été un fidèle ami et soldat. Une vie entière ne servira pas à rembourser tout ce qu'ils avaient fait pour moi, je le savais. C'était ce que j'avais toujours connu, et je ne m'imaginais pas vivre autrement. En vérité, tous ces changements me faisaient peur, parce qu'à présent que tout était fini, je me rendais tout doucement compte que j'avais enfin le droit de vivre, pour moi et non au travers d'autres personnes.
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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Mar 21 Juin - 15:19

Elle était anéantie, vidée, parce qu'elle était en train de vivre la fin du monde. La fin de ce monde dans lequel elle était née, pour lequel elle avait lutté tant d'années. Ce monde avait fait vibrer Hortense, elle avait été prête à tout pour servir ses ambitions. Elle avait mis sa propre vie entre parenthèses pour son frère Marien. Elle avait abandonné une à une toutes les passions qui lui étaient propres pour se concentrer sur un unique objectif, le voir couronner. Le voir régner. Elle avait abandonné la danse, les compositions florales, tout ce qu'elle aimait vraiment. Elle avait laissé de côté l'idée d'une vie romantique pour former un duo combatif avec Nolan. Ils n'avaient pas pu atteindre leur but et pire, Solange avait abolie les privilèges, abolie la monarchie, fait des Leblois une famille comme une autre. Sans but, qu'allait devenir Hortense ? Toute une vie réduit en miettes par le pouvoir d'une seule femme, une cousine, un membre de la famille qui plus est. Hortense se sentait à la fois misérable et trahie. Cette couronne, Marien la méritait. Solange la lui avait prise et l'avait jeté, piétiné. Elle s'était placée à la tête d'une révolution qui mettait à mal la noblesse, comme les moldus français l'avaient vécu des siècles plus tôt, dans l'horreur et la terreur. Les royaux moldus étaient de mauvais gouverneurs et avaient sans doute mérité leur sort. Mais les Leblois ? Ils avaient toujours fait de leur mieux, avaient régné justement. Hortense ne pouvait comprendre cette révolution, la motivation de ses partisans et encore moins de Solange. Sa photo était partout, souriante, humble. L'image donnait à Hortense des haut-le-cœur.

Maintenant que tout était fini, que restait-il ? « Quelle famille, dis-moi ? », répondit Nolan d'un ton cassant qui brisa le cœur d'Ortie. En cet instant, elle eut une pensée pour sa mère, femme brisée, partie trop tôt. Elle aurait tant aimé qu'elle soit encore là, pour la réconforter, lui souffler des conseils, ne serait-ce que des mots apaisants. Qu'elle caresse ses cheveux comme elle le faisait autrefois et qu'elle lui murmure, au creux de l'oreille, là, tout va bien. Elle repensa à son père, qu'elle n'a jamais pu aider malgré tous ses efforts. A son frère Marien, qui avait abandonné bien avant eux - Nolan et Hortense - et s'était en partie exilé en Roumanie avec ses dragons. Elle lui en voulait tellement, d'avoir fui ainsi. Elle pensa également à ses deux sœurs Eglantine et Angélique, qui n'avaient jamais compris son combat, l'une parce qu'elle était trop haineuse et l'autre parce qu'elle était trop frivole. Et puis lui vint en tête l'image de Soaz, sa fille, la chair de sa chair, un cadeau merveilleux qu'elle n'appréciait pas toujours à sa juste valeur. Quelle famille ?, se répéta-t-elle dans sa tête. Celle-là même qu'elle aurait voulu avoir, celle-là même qu'elle avait touché du bout des doigts. Un mirage, une illusion. Ils étaient des étrangers embarqués dans le même bateau.

« On a fait tant de sacrifices, Hortense. On a tout fait pour que ton frère monte un jour sur le trône. Tout ce qu'on a dit, tout ce qu'on a fait, c'était uniquement à cette fin. On a dédié notre vie entière à cette cause et maintenant, que reste-t-il ? Rien. », reprenait Nolan, toujours hargneux. Tant d'efforts, de sacrifices et voilà ce qu'ils récoltaient. Des regrets amers, l'impression de sombrer dans un abysse sans fin. Elle aurait aimé pouvoir remonter le temps. Mais alors, qu'aurait-elle fait autrement ? Abandonner Marien dés lors qu'il aurait perdu la couronne ? Non. Elle savait que si elle revenait en arrière, elle ferait exactement la même chose. Elle soutiendrait son jumeau, parce qu'il était ce qu'elle aimait le plus au monde et elle épouserait Nolan, parce qu'il le lui demandait.

« Peux-tu me rappeler la dernière fois qu'on a vécu quelque chose pour nous, Ortie ? », continua Nolan sur un ton plus doux. Sa colère s'était envolée aussi vite qu'elle était arrivée. Parce qu'elle ne pouvait définitivement pas le détester, parce qu'ils avaient vécu trop de choses ensemble, qu'ils avaient combattu et perdu et que dans la défaite, il restait son plus fidèle allié. Non, elle ne pouvait lui dire quand ils avaient vécu pour eux, parce que ça n'avait jamais été le cas. Ils avaient vécu pour Marien. Ils s'étaient mariés pour lui, avaient combattu la révolution pour lui. « Était-ce vraiment de notre vie dont il s'agissait toutes ces années ? Je ne crois pas, mon amour. Parce que tout ce que tu vois là, tout ce qu'on a, n'est que le résultat de choix politiques, parce qu'il devait en être ainsi. Toute notre vie nous avons suivi des ordres, des instructions, un protocole. J'ai même renoncé à mon nom, à mon héritage pour embrasser la cause de ton frère ! Alors oui, excuse moi d'être furieux, de vouloir défendre encore le peu qu'il nous reste. Tout ce que j'ai pu faire, c'était pour cette famille ! » Les mots débités lui faisaient aussi mal que les mots lus dans les journaux. Il avait raison et elle n'était pas là pour le contredire. Il avait certainement sacrifié plus de choses qu'elle-même. Il avait embrassé la cause Leblois, il avait fait ce choix quand d'autres s'offraient à lui. Il avait brisé un amour de jeunesse pour la cause, avait renoncé à son comté de Nantes. Leur mariage avait été plus facile pour Hortense, parce qu'elle n'avait jamais aimé quelqu'un. Nolan, lui, avait aimé et planifié un mariage d'amour qui n'avait jamais eu lieu.

Elle ne pouvait se mettre en colère contre lui. Calmée mais pas apaisée, elle se leva de sa chaise pour lui faire face. Elle allait dire quelque chose mais se ravisa et s'avança vers lui pour le prendre dans ses bras. Elle lui caressa les cheveux, aussi doucement que l'aurait fait une mère et lui souffla à l'oreille : « C'est ta famille Nolan, ça l'a toujours été. » Passer du nom de Le Floch à celui de Leblois n'avait été qu'une formalité pour tous et Hortense pouvait parfois oublier à quel point cela avait pu être dur, en un sens, pour Nolan. Elle aurait aimé pouvoir faire plus pour lui. Le réparer, en quelque sorte. Mais comment faire quand on se sentait soi-même brisée ? Maintenant qu'il n'avait plus leur but, qu'il n'y avait plus de politique, qu'ils devaient faire face à eux-mêmes. Qu'ils devaient, pouvaient être eux-mêmes. « Qu'allons-nous faire, maintenant ? », finit-elle par lancer d'une voix terne, les yeux fixant un point invisible. Une question lancée dans le vide, qui n'attendait pas de réelle réponse. Ou peut-être que si, qu'elle espérait une réponse, une solution, un ordre à suivre, une fois de plus. Juste une ligne de conduite, une scène de plus à jouer dans le théâtre de leur vie.

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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Jeu 7 Juil - 18:28

Je ne contrôlais plus les sentiments vivaces et violents qui déferlaient en mon for intérieur et qui menaçaient de tout engloutir. J'ai toujours été colérique et ombrageux, m'emportant pour un rien, cédant volontiers à cette colère qui me bouffait de l'intérieur. Pour sûr, je n'ai jamais été violent, ou si peu, parce que je l'avais gardée en moi, ne l'exprimant que rarement. Je n'étais pas du genre à extérioriser mes émotions, à les laisser éclater. C'était le prix à payer lorsque l'on faisait partie des proches de la famille royale, il y avait une certaine attitude à adopter, un certain standing à conserver. Et maintenant que toute ma vie venait de voler en éclats je n'avais concrètement plus aucune raison de me faire violence. Peut-être que j'aurais pu en profiter pour montrer un visage plus humain, un peu plus vulnérable mais chute de la monarchie ou pas, on ne se débarrassait pas de son orgueil en un claquement de doigts. Hortense perdait totalement pied et même sa foi était en train de vaciller. Peut-être que c'était mon tour de nous porter à bout de bras, de continuer à mener la lutte envers et contre tout, pour moi, pour elle, pour notre famille. Je n'avais pas tout sacrifié pour abandonner maintenant, dans notre camp, les pertes étaient bien trop lourdes. En cet instant précis, j'avais la haine, j'avais la haine contre les révolutionnaires, contre Solange au point que je voulais sa tête au bout d'une pique. Elle n'avait pas le droit. Elle n'avait aucun putain de droit de tous nous sacrifier sur l'autel de ses idéaux absurdes. Je sentais la colère enfler de minute en minute, m'emplir tout entier. Pourtant, je ne pouvais pas exploser, pas encore, parce que je ne voulais pas effrayer Hortense. Elle m'avait déjà vu en colère, bien évidemment, elle avait supporté mes coups de gueule, mon mauvais caractère, mes vieux démons, mais elle n'avait jamais goûté à la rage destructrice qui me consumait depuis longtemps, tellement longtemps que je ne savais plus quand tout ceci avait bien pu commencer. Pour cela, il fallait que je me calme, que je referme la boîte, que j'enfouisse tout au fond pour me concentrer sur l'essentiel : ce que nous allons advenir à présent.

Et maintenant qu'elle me posait la question, je me rendais compte que je n'y avais tout simplement pas réfléchi. J'avais fait partie de ceux qui croyaient qu'ils étaient nés pour une raison bien précise, qu'ils avaient un destin extraordinaire à accomplir. J'ai toujours cru que mon destin était de régner aux côtés de Marien, peut-être en tant que premier ministre ou que sais-je. J'aurais occupé une place de choix dans son gouvernement, tout comme Hortense. Ma route aurait été toute tracée, je n'aurais fait que suivre ma voie. Je n'avais pas à m'inquiéter de l'avenir car il me paraissait gravé dans le marbre, immuable. Pourtant, ce désastre nous avait appris que rien n'était jamais acquis, que tout pouvait disparaître sans préavis. Il avait suffi d'un tout petit événement de rien du tout pour que nos vies basculent. C'était le désespoir qui m'obstruait la vue, m'empêchait de lâcher totalement prise. Il y avait encore un moyen. Il y avait forcément un moyen de récupérer la main. J'aurais pu ruminer encore longtemps, comploter dans l'ombre, mais Hortense n'était plus là. Son esprit était à des kilomètres d'ici tant elle était sidérée. Physiquement, elle était bel et bien présente, je pouvais toucher son corps, j'avais même pris ses mains dans les miennes pour les serrer mais son esprit...Il s'était évaporé dans les limbes des sentiments qui la dévastaient, il s'était noyé sous ses espoirs piétinés et il ne restera qu'un vaste champ de ruines. Mes émotions quant à elles partaient dans tous les sens, se bousculaient dans un capharnaüm sans nom. Je m'exhortai à respirer profondément pour me calmer mais cela n'eut pas l'effet escompté, bien au contraire. Un rire nerveux me chatouilla les côtes, empreint de démence. J'étais tellement à bout que je ne savais même pas comment j'étais censé réagir. Je me pinçai l'arête du nez et fermai les yeux quelques instants, mais quand je les rouvris, les larmes avaient commencé à rouler sur mes joues sans que puisse faire quoi que ce soit pour les retenir. Putain. Voilà que je me mettais à chialer maintenant. J'étais tellement scié que je me mis à rire mais à pleurer tout à la fois, parce que mes nerfs étaient en train de lâcher. Je posai le plat de ma ma main contre mon visage et j'essuyais rageusement les premières larmes qui s'échappaient de mes paupières closes. C'était un homme brisé, abattu que Hortense avait devant elle et qui ne contrôlait plus rien. Admettre ma, non, notre défaite me coûtait tellement. Je ne pourrai jamais me résoudre à cette éventualité et pourtant...Je n'opposai aucune résistance quand Hortense me serra dans ses bras, au contraire. Je fermai les yeux et respirai profondément son parfum. En l'espace d'un instant, j'avais l'impression d'avoir encore vingt ans, quand nous étions encore jeunes et insouciants, avec la vie devant nous. J'avais les joues trempées de larmes d'impuissance et je me rendis compte que je ne me souvenais même plus de la dernière fois où je m'étais autorisé à pleurer. Je n'avais même pas pleuré pour Charlotte, malgré l'infinie tristesse que je ressentais depuis sa disparition. Mon cœur se brisa quand Hortense me rappela qu'ils étaient ma famille, qu'ils l'ont toujours été.

« Je sais. » répondis-je, la voix rauque, tandis que je la serrais en retour. « Je sais que je vous dois beaucoup, que je vous dois tout»

Ma colère était retombée d'un coup pour laisser place à une certaine lassitude. Je me sentais fatigué, épuisé, au bout du rouleau. À trop tirer sur la corde, elle avait fini par casser. Si j'avais été seule, je me serais sans doute planqué derrière la première bouteille d'alcool fort venue, je m'y serais accroché comme à un rafiot de fortune. C'était ainsi que je faisais face à mes problèmes, dans le temps, en me perdant dans mes excès. Il n'y avait que comme ça que je pouvais apaiser le mal qui me rongeait de l'intérieur. Alors, quand Hortense me demanda ce que nous allons faire maintenant, je trouvai le courage de ravaler mes larmes. Je mis quelques instants avant de me calmer vraiment.

« On trouvera une solution. » promis-je avec ferveur, tout en serrant la main de mon épouse dans la mienne. « On s'en est sortis jusque là, non ? Nous sommes intelligents, nous ne manquons pas de ressources. On trouvera une solution, je te le jure sur ma vie. »

Peut-être que j'étais encore trop sonné pour réfléchir convenablement, pour trouver une solution pérenne à nos problèmes. Peut-être qu'il fallait simplement se faire tout petit en attendant que l'orage passe, reculer pour mieux sauter en somme. Pour le moment, je ne voyais pas d'autres solutions.

« Nous ne sommes pas les seuls que Solange a pris en traître. » dis-je alors, après quelques minutes de silence. « Elle l'a fait à l'envers à de nombreuses personnes, même aux personnes qui l'ont soutenue. Peut-être que nous pourrions rallier tous les déçus à notre cause, pour faire une contre-révolution. Peut-être même que nous pourrions lever une armée et reconquérir ce qui nous revient de droit. On n'a pas perdu, pas encore. Je ne m'avouerai vaincu que quand je serai mort et enterré. »

Autrement dit, ce n'était pas demain la veille, sauf si j'étais pendu haut et court pour trahison. Pourtant, ce n'était pas la raison qui s'exprimait à travers mes mots fiévreux, c'était la folie, c'était une folie qui avait été trop longtemps contenue et qui pourrait me mener droit à ma perte.
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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Mer 13 Juil - 12:51

C'était insupportable de voir Nolan ainsi. De voir ses larmes couler, se mêler à son rire fou. Il semblait perdre le contrôle de lui-même, de ses émotions, de ses ambitions. C'était un triste spectacle qu'il offrait à Hortense mais elle-même ne rendait pas mieux. Elle le regarda essuyer les premières perles salées d'une main rageuse et la vue de cet homme qu'elle aimait tant dans cet état la rendait malade. Mais aussi plus douce, désireuse d'apporter du réconfort, d'être là encore, envers et contre tout, parce que c'est comme ça qu'ils se l'étaient promis. Leur mariage n'était pas une promesse d'amour, mais la promesse d'être toujours là, soudés et indivisibles. Elle le prit dans ses bras et laissa ses larmes mouiller son épaule, tandis qu'elle lui caressait les cheveux comme une mère à son enfant. Hortense avait besoin de lui rappeler qu'elle était là, avec lui, auprès de lui. Que les Leblois avaient toujours été sa famille et le seraient encore, jusqu'à sa mort et même après. Il avait toujours été plus Leblois que Le Floch, c'était l'opinion d'Ortie. « Je sais. Je sais que je vous dois beaucoup, que je vous dois tout. » Les Leblois devaient aussi beaucoup à Nolan, surtout Marien et Hortense. Il avait toujours été là avec eux, pour eux, embrassant leur cause corps et âme, délaissant tout le reste. Il était leur plus fidèle soldat, leur plus fervent partisan. Un appui inépuisable, inaltérable. Toujours debout.

« On trouvera une solution. » Il lui serra la main et Hortense la serra en retour, accord tacite, une nouvelle promesse. « On s'en est sortis jusque là, non ? Nous sommes intelligents, nous ne manquons pas de ressources. On trouvera une solution, je te le jure sur ma vie. » Il avait une lueur folle dans le regard, la ferveur de l'extrémiste qui n'est pas prêt à abandonner. Qui est prêt à tout. C'était à la fois effrayant et galvanisant. Hortense n'avait plus de certitudes, si ce n'est qu'elle ne pouvait fuir ce qu'elle était, ce destin commun avec Nolan, de vivre pour la monarchie et sans doute de mourir pour elle. Elle était sans doute fataliste. Peut-être que ce destin, qu'elle voulait croire être une force supérieure contre laquelle elle ne pouvait lutter, un chemin tout tracé qu'elle ne pouvait contourner, n'était que fruit de son invention. Une excuse pour ne jamais abandonner, pour se rassurer et se dire que c'était la seule solution. Qu'il n'y avait pas d'autre choix possible. Qu'elle ne contrôlait rien et qu'elle se laissait porter. Une fatalité qui lui permettait d'écarter les questions comme : était-elle prête à tout sacrifier ?

« Nous ne sommes pas les seuls que Solange a pris en traître. Elle l'a fait à l'envers à de nombreuses personnes, même aux personnes qui l'ont soutenue. Peut-être que nous pourrions rallier tous les déçus à notre cause, pour faire une contre-révolution. Peut-être même que nous pourrions lever une armée et reconquérir ce qui nous revient de droit. On n'a pas perdu, pas encore. Je ne m'avouerai vaincu que quand je serai mort et enterré. » Des déçus, il y en avait beaucoup. La majorité des nobles - elle ne pouvait se résoudre à les penser ancien noble, tout comme elle ne pouvait intégrer qu'elle n'était plus princesse de sang royal - étaient amers des décisions de Solange. Mais ils se contentaient tous de subir et n'agissaient pas. Et puis elle avait le peuple derrière elle, cette foule infinie de ceux qu'on nommaient roturiers. Ils étaient heureux dans ce nouveau monde et Hortense leur en voulait, elle qui ne les avait jamais méprisé. Dans sa jeunesse, elle avait tout fait pour qu'ils aiment Marien comme un futur roi, parce qu'elle savait combien leur appui était important. Rien n'avait fonctionné comme elle l'avait prévu. Ses fameux plans, qui lui valait les remontrances agacées de Marien, avaient tous capotés malgré ses nombreux efforts et tout le cœur qu'elle y avait mis. Et maintenant, voilà où ils en étaient réduits. D'enfants chéris à l'avenir rayonnant, ils étaient devenus des ombres fomentant un complot. Une contre-révolution. Une armée. Devaient-ils faire couler le sang pour assouvir leurs ambitions ? Hortense était en rage en pensant à Solange, mais de là à la souhaiter morte ? Ne pouvaient-ils pas faire en sorte qu'elle abdique, qu'elle abandonne et qu'elle s'exile dans un pays exotique, loin très loin de la France sorcière ? Hortense connaissait l'histoire de la Révolution française moldue et cette période de Terreur qui l'horrifiait quand elle lisait ses bouquins d'Histoire. Elle ne souhaitait pas que les sorciers se déchirent de cette façon. Mais elle ne souhaitait pas non plus voir son monde s'effondrer. « Je ne sais pas, Nolan. » C'était ce qu'elle pouvait dire de plus vrai, à cet instant. Fallait-il aller jusqu'au bout, jusqu'à y laisser la vie, tenter le tout pour le tout afin de léguer à Soaz un monde comme il le rêvait ? Valait-il mieux une Soaz orpheline dans une monarchie sorcière conservée ou une Soaz avec ses parents auprès d'elle, dans un nouveau monde démocratique ? Etait-ce vraiment la monarchie qui faisait leur bonheur autrefois ? Qui les ferait retrouver le sourire ? Mais si Nolan était si ardemment convaincu qu'il fallait encore se battre, voler toujours plus haut quitte à se brûler les ailes, alors Hortense savait qu'elle ne pourrait faire autrement que de le suivre. Parce qu'ils se l'étaient promis et que c'était leur fatalité. « Je te suivrais où que tu ailles, mais ne reproduis pas les erreurs du passé. Ne m'éloigne pas car je veux être à tes côtés. N'éloigne pas non plus Soaz car elle t'aime et qu'elle a besoin de toi. » C'était sa condition.

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MessageSujet: Re: we are broken (nolortie)   Dim 24 Juil - 12:41

Il y a longtemps, j'ai fait une promesse aux Leblois : celle de toujours les soutenir, quoiqu'il arrive. C'était tant par conviction que par reconnaissance. Au fil du temps, l'une et l'autre ont fini par se confondre dans mon esprit pour devenir une seule et même entité. Cette promesse s'est concrétisée quand j'ai épousé Hortense, il y a des années de cela. Aujourd'hui, alors que tout notre univers était en train de partir en lambeaux, je me rappelais de cette promesse. Je ne l'ai jamais exprimée verbalement, il est vrai, mais j'ai toujours agi dans ce sens. Tous mes actes, toutes mes décisions convergeaient vers un seul et même but : cette promesse qui restait valable quand bien même cette garce de Solange avait anéanti la monarchie et tout ce que nous avions connu. Tous ceux qui me connaissaient, qui avaient eu affaire à moi au moins une fois dans leur vie savait que j'étais un homme de parole, que je respectais toujours ma parole, peu importe le temps que ça prendra. Seules d'anciennes conquêtes répudiées diront que j'étais un menteur, un hypocrite. Peut-être que j'étais effectivement hypocrite parce que je refusais de voir la réalité en face. Peut-être que mes convictions étaient tellement puissante que rien ni personne ne pourra les ébranler, pas même la loi. Aujourd'hui, en ce jour tragique où la monarchie fut abolie, je renouvelais ma promesse, qui avait tout l'air d'un serment. Je serai loyal envers Marien jusqu'à la fin et tant pis si ma tête devait être brandie au bout d'une pique pour cela. Tant pis si j'étais un traître aux yeux du pouvoir en place, j'en étais arrivé à un stade où j'étais tellement désespéré que j'étais prêt à tout pour parvenir à mes fins. Au lieu de me décourager, de me faire renoncer, cette nouvelle m'emplissait d'une toute nouvelle hargne qui allait me servir de moteur, de carburant longtemps encore. Tout ça, je le faisais pour Marien, pour Hortense mais aussi pour Soaz car elle était aussi une héritière potentielle du trône de France. Je ne serai jamais prince, je ne serai jamais roi, mais Hortense était jusqu'à preuve du contraire une princesse et Soaz l'était par extension. Quant à moi, je n'étais que le père, le faiseur de rois et telle était ma destinée, sans cela, je n'avais plus aucune raison d'être.

Alors, aujourd'hui, dans notre salon, alors que tout semblait perdu, j'avais renouvelé cette promesse. J'avais prononcé ces mots magiques, qui conféraient toute leur valeur à mon engagement. Hortense me connaissait suffisamment pour savoir que je m'y tiendrai. J'étais prêt à reconquérir ce qui nous revenait de droit, de par notre naissance. C'était normal que Hortense soit perdue, qu'elle ne sache plus à quel saint se vouer, nous étions tous un peu sonnés, groggy, comme un lendemain de cuite. J'en ai connu des excès pendant ma jeunesse, j'en ai connu des soirées de perdition entre le jeu, les courses et l'alcool, parfois même la drogue magique vendue dans les quartiers obscurs du Paris magique, mais aucune de ces gueules de bois ne m'a fait cet effet là. En fait, j'avais surtout l'impression d'avoir reçu un gros coup sur la tête, et dont les conséquences seront bien plus dramatiques qu'une simple bosse. La stupéfaction me faisait déraille, je ne réfléchissais pas vraiment à ce que je disais, c'était une blessure à cœur ouvert, des mots dégueulés sans aucune cohésion, sans aucune logique. Fou était sans doute le mot qui me qualifiait le mieux en cet instant.Fanatique en était un autre. Dans tous les cas, je ne renvoyais pas l'image d'un homme sain d'esprit, qui était encore apte à fomenter un complot digne de ce nom. Quant à conduire une armée...c'était totalement exclu pour le moment. Peut-être que l'hésitation d'Hortense était un signe, finalement. Peut-être qu'il était temps de rester dans l'ombre pendant un moment, de prendre du recul pour monter un plan correct. Il fallait rester prudent car toute décision prise dans la précipitation pourrait nous être préjudiciable.

« Tu as raison. » finis-je par capituler. « Ce dont nous avons besoin, c'est d'un peu de temps. Ce serait une erreur de nous engouffrer dans la brèche maintenant. Il nous faut réfléchir. Ne rien précipiter. Reculer pour mieux sauter. »

Cela me paraissait tellement parfait comme plan que j'avais envie de sauter au cou de ma femme et de la prendre dans mes bras, comme pour la remercier d'avoir eu cette idée géniale. Je me sentais fébrile, comme animé d'une passion nouvelle, comme si j'avais un nouveau but à atteindre.

« On prendra le temps qu'il faudra. » dis-je avec ferveur. « Mais promets moi de ne jamais renoncer quoiqu'il arrive. Tu sais que nous avons raison de faire tout ça. Tu le sais, n'est-ce pas ? »

Je plantai mon regard dans celui de mon épouse, à la recherche de son approbation. J'avais besoin qu'elle me dise qu'elle y croyait encore, qu'elle n'avait pas l'intention de se laisser faire.

« Moi, je te promets qu'on gardera cette famille à flots quoiqu'il arrive, Hortense, quoiqu'il arrive. »

Encore une fois, il était temps que je montre que j'étais un homme de parole, que toutes ces promesses n'étaient pas vains. Peut-être était-ce mon côté profondément idéaliste qui me donnait des ailes, mais Hortense avait raison, comme toujours. L'unité de notre famille était ce qui allait nous permettre de traverser cette tempête sains et saufs.
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