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 La Maladie d'amour ♛ Morgane & Cyprien

Vers les étoiles, à travers les difficultés
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❝ HIBOUX : 151
❝ CÔTE DE POPULARITE : 736
❝ MIROIR : Tom Hiddleston.
❝ CREDITS : Simaumauune & co'!
❝ ÂGE : Trente-sept ans.
❝ STATUT SOCIAL : Prince parmi les princes, il reste et restera à jamais le fils autant que le frère d'un roi.


Morgane & Cyprien
I want you to know exactly where I am and where you can always find me.


Quintette qui s'échine à passer outre le brouhaha d'une salle bondée, jouant en accord sur quelques mesures usagées, désuètes, dont personne ne se fait l'auditeur. Clinquant verres en cristal que l'on cogne et butte pour trinquer à la réussite de quelques accords savamment ouvragés, et éclats de rires qui s’élèvent sous les effets d'un champagne ravageur. Festival des faux-semblants ourlés de quelques sourires séducteurs habillés de belles paroles qui n'ont pour but que celui de flatter les ego, et ne cessent de féliciter ces convives qui, pourtant, se font envieux de la réussite de ces autres. Parés de ces masques aux personæ tous semblables, il n'est aucun pour rattraper les vices de l’autre, personne pour se faire vertus dans ce monde fait d'autant de politiques que de comédies mesquines. Lui, aussi, fait parti de ce paysage.

Créature moribonde qui se laisse emporter le temps d'un instant, échappant à ses mœurs naguère irréprochables pour tanguer sur ses pieds. L'alcool ne lui a jamais réussit, et plus encore aujourd'hui qu'hier il n'est plus maître de ses actes. Pourtant, à tous il apparaît comme digne. Sans commune mesure, il semble plus sobre que jamais, peut-être aussi plus guindé. Tout n'est qu'une simple question d'apparences, tirant sur les ficelles de son âme pour ne pas oser un pas de travers, pour ne pas trébucher sur la bienséance exigée en ces lieux qui, néanmoins, s'en retrouvent souvent bafouées par quelques éclats empreints d'un manque de sobriété et de retenue. Les rires fusent, la monotonie s'échappe, mais déjà lui s'enfuit.

Le verre posé sur un plateau d'argent qui dérive sur les mains osseuses des serveurs et autres serviteurs qui gambadent, passant d'un invité à l'autre pour mieux les défaire de leurs verres vides sans attendre la moindre marque de sympathie. Peine perdue. Remerciements sommaires, et légères courbettes à l'encontre de ces femmes qui se gaussent sur son passage. Elles le décrieront certainement comme un homme charmant, un homme à marié et qui plus est un parti faramineux. Prince. Les gens de la haute-société ne se mêlent que trop rarement à ce qui ne leur est pas semblable, et l'adage n'en est que plus vrai pour cet homme qui déjà quitte les lieux sur les douze coups de minuits.

Devant l'ambassade, son manteau sombre posé sur ses épaules, il expire de ses vapeurs alcoolisés, avalant l'air frais de la nuit qui pourtant ne peuvent déjà plus le dégriser. Guillerettes se font ses pensées, se tournant inexorablement vers l'objet continuel de ses quelques obsessions maladives et hors-normes. En d'autres instants, il se serait repris, se serait accablé de maintes injures et autres fustigations qui l'aurait fait reculer... On le regarde, le scrute, ose l’œillade à l'intention de ce prince charmant qui ne l'est pas tant. Il devrait reculer, mais s'il le fait ce n'est que pour mieux sauter. La parole divine sur le bout de ses lèvres, il s'entend encore proposer l'impensable sous les roucoulements d'une voix nasillarde. C'est une erreur qu'il souffle au creux d'un désespoir douloureux, et qui trouve échos dans la caresse furieuse d'une chair alanguie. Suave séduction qui ne laisse que trop peu de chance à l’échec, et entretient davantage l'idée qu'il serait un prince aux mœurs volages. Qu'importe, ce soir, il en a besoin.

Bientôt il délaisse les politesses d'usage, tire à son bras cette femme dont il oublie déjà les traits pour mieux se soustraire à l'impensable idée d'une quelconque duperie de ses amours contrits. Il écrase ses lèvres sur les siennes, l'embrasse néanmoins avec langueur tandis qu'elle se perd dans cette étreinte, enfonçant ses doigts dans ses cheveux épais. Il transplane. Il l'emporte avec lui dans cette demeure retirée, bien loin des rues de Paris, bien loin de la nature civilisée dont ils viennent de s’extirper. Cette demeure, c'est celle qui appartient à ses pairs, celle où il aura mené bon nombre de ses maîtresses pour mieux échapper aux photographies volées faites par des journalistes peu scrupuleux. La royauté a toujours attiré le chaland autant que la charogne, et il s'en fait le premier témoin. Assurément le moins judicieux.

La femme toujours éperdument accroché à lui, désespérément éperdue, il ne tarde pas à se rendre compte du malaise. La demeure n'est pas vide comme elle devrait l'être, et déjà sous ses yeux se joue les infernaux tourments de son existences. Jeux de lumières qui dévoilent la forme d'une reine, sa reine, aux allures infernales de ses curieuses séductions. Le geste alors semble las, et d'une lenteur calculée. Tout est ouvragé de façon à ce qu'elle ne remarque rien si ce n'est cet air outrageusement ennuyé qu'il traduit, bientôt, par un baiser sur la tempe de son invité. Susurrement terrible qui demande à cette autre de s'en aller. Elle abdique, se permet un courbette d’allégeance à cette reine qui les aura surpris avant de disparaître en emportant avec elle un dernier baiser.

Le silence retombe. Il la fixe de ses yeux clairs tandis que sa conscience lui hurle de s'y soustraire, de disparaître sous un mot de plus, seulement il se sait retenu, comme tiraillé aussi bien physiquement que mentalement. Douleur inextricable qui lui vrille les reins tandis que monte cette vague répréhensible, et avant même que sa conscience pernicieuse ne puisse l'en empêcher. « Géodor t'aurait-il encore abandonné ? »,  ose-t-il demandé en sachant pertinemment que le roi découche bien plus souvent qu'il n'occupe la chambre nuptiale. C'est une rude vengeance qu'il se permet, une estocade furieuse qu'il lance à son encontre espérant lui faire aussi mal qu'elle ne le blesse. Il sombre pourtant dans les affres de la culpabilité, se laisse emporter par les vagues de ses sentiments, se noie dans l'écume de sa propre sensibilité tandis qu'il relève les yeux vers elle pour en remarquer la pâleur la plus inquiétante. « Quelque chose ne pas va pas, Morgane ? », lâche-t-il avec précipitation et autant d'inquiétude, marchant vers elle sans jamais se défaire de cet air impériale, pour mieux la toucher, pour mieux en expier le mal qui déjà semble la ronger.



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SOUVERAINETÉ MALADIVE
Et leurs pas, ébranlant les arches colossales, troublent les morts couches sous le pavé des salles. L’aube pâle a blanchi les arches colossales. Il fuit, l’essaim confus des démons dispersés ! Et les morts, rendormis sous le pavé des salles, sur leurs chevets poudreux posent leurs fronts glacés. Victor Hugo
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❝ HIBOUX : 263
❝ AUTRES VISAGES : VOTRE DISCRÈTE VOISINE
❝ CÔTE DE POPULARITE : 903
❝ MIROIR : NATALIE DORMER.
❝ CREDITS : FAUST. TUMBLR. ÉMILE ZOLA.
❝ DIALOGUES : DARKSEAGREEN.
❝ ÂGE : TRENTE-CINQ ANS.
❝ STATUT SOCIAL : FILLE DE COMTE ÉLEVÉE AU SOMMET DE LA PYRAMIDE: MORGANE EST REINE DE FRANCE.
❝ OCCUPATION : ICÔNE DE LA MODE, IMPLIQUÉE DANS UN GRAND NOMBRE D'ASSOCIATIONS CARITATIVES BIEN PENSANTES ET SOUVERAINE À SES HEURES.


cyprien leblois
the fever trickles and stiffens in my hair. my ribs show. what have i eaten? lies and smiles.


Va! Abandonne-moi donc, pleutre! Je mourrai dans la solitude et la tristesse les plus totales de ne pas avoir pu embrasser ton visage une dernière fois. ” Géodor ne peut pas s'empêcher de rire légèrement, prenant la main de sa femme dans les siennes pour la serrer brièvement. “ Oh, vraiment? la taquine-t-il, un sourire ironique hissé sur les lèvres. — Oui, vraiment! Couard que tu es! Quelques microbes et tu ne m'aimes plus.Tu délires, Morgane.Nenni! Je- - Votre Majesté, je crains qu'il ne faille se hâter. Ah! Le devoir t'appelle et tu m'abandonnes. ” Géodor rit, encore une fois. C'est avec une énorme douceur, et une tendresse que seuls le temps et l'amour de longue date apportent, qu'il se penche légèrement pour venir embrasser le front de son épouse. Celle-ci ferme les yeux, reste immobile jusqu'à ce que Géodor se recule et se relève, laissant derrière lui une impression fantômatique sur le lit où il était assis. “ Je sais que tu voulais absolument venir, Morgane- - Qu'importe. Je suis malade: voilà une bonne raison pour moi de lire un livre et me reposer, aujourd'hui au moins. Je mangerai des fraises pour nous deux. ” Géodor rit encore. “ Si tu le désires, ma reine. Je te verrai dans trois jours.À dans trois jours, mon roi.
La fièvre est venue sans raison. Au dîner d'hier, la reine boudait son asssiette et n'avait de cesse que d'éternuer dans son mouchoir; et aujourd'hui, impossible pour elle de se lever de son lit. Géodor n'arrête pas de rire de la situation. Il faut que dire que son épouse la reine tombe rarement malade; mais quand c'est le cas, c'est toujours très intensément et avec des fièvres enflammées qui font peur à tout le monde. Tout d'un coup, Morgane se fend de sourires et de blagues, elle ne fait aucun sens et elle s'amuse d'un rien. Et le roi est vraiment le seul à s'en amuser: tout le monde ne peut s'empêcher d'être inquiet parce que c'est tellement inhabituel, de la part de la reine introvertie à l'anxiété facile, que ça effraie.

Morgane, elle, elle s'amuse bien. Elle peut passer la journée au lit emmitouflée jusqu'au cou avec son téléphone, liker des photos sur instagram et y stalker des gens inconnus d'elle, faire des câlins à Fido et Lady — ses deux Fléreurs de compagnie — et écrire des lettres sous l'emprise de la fièvre qu'elle n'enverra jamais. Géodor lui est toujours plus sympathique, dans ces moments-là. Lui non plus n'est pas le roi de la farce (mais de la France! Haha, pas mal, Morgane) mais quand il est fiévreux, ou qu'elle est fiévreuse, ils retrouvent facilement cette alchimie d'antan où ils étaient un couple si amoureux, si amusant. Toujours à plaisanter l'un avec l'autre, toujours à s'offrir des petits gestes tendres et discrets, toujours à se moquer gentiment de ceci ou de cela. Morgane ne peut s'empêcher d'être triste, qu'après dix ans, tout semble différent sauf quand ils ont la fièvre. Mais en cet instant précis, elle n'y pense pas forcément. Elle ne pense pas vraiment. Elle se contente de s'envoler dans les brumes apaisants de la fièvre. Qui aurait cru que la perte de contrôle était si satisfaisante, de temps en temps?
Elle s'est retiré dans le château royal d'Anjou, une résidence aux proportions correctes où elle a ses habitudes tant pour y passer quelques journées de chasse que pour s'y reposer, sa proximité avec Paris lui permettant des allers-retours simples. Elle est venue en petit comité: avec deux Aubins, une dame de compagnie et ses deux Fléreurs seulement. Géodor est parti s'organiser de quelque évènement important et elle va passer les prochains jours dans le calme le plus parfait, parfois visitée par un médicomage mais passant le plus clair de son temps à bavasser avec Léonie, sa femme de chambre, de tout et de rien. Morgane ne ressent aucune honte quand elle est malade. Elle est juste faible et amusée, faible et amusante.

Autant dire qu'elle dort à poings fermés jusqu'au moment où un crac de tous les enfers la réveille. Transplanage. Dans sa propre chambre. Personne ne peut pénétrer la demeure royale sans recevoir le courroux de quelque demi-douzaine de sortilèges cuisants alors Morgane n'est pas nécessairement inquiète, juste curieuse, en plissant des yeux et en ramenant les pans de sa couverture sur elle. Sensible à son éveil, la lampe de chevet s'allume progressivement, plonge la chambre aux dimensions exagérées dans un clair-obscur étrange. Morgane reconnait Cyprien et... qui est cette femme à son bras? “ Cyprien? ” lâche-t-elle doucement, la voix pâteuse, son nez se fronçant en même temps que ses sourcils alors qu'elle darde d'un regard incendiaire la petite imprudente, qui transplane à son tour après une courbette à son égard. Le silence retombe aussitôt et, gênée par le regard intense que lui jette Cyprien, Morgane rajuste une nouvelle fois sa couverture sur sa poitrine à peine recouverte d'une fine nuisette de nuit. Elle reconnait — et sent, dans l'air — les relents de l'alcool dans les yeux vitreux de son meilleur ami, de son beau-frère, de son prince. « Géodor t'aurait-il encore abandonné ? » La reine semble tout de suite moins amusée, maintenant. Juste furieuse mais il l'interrompt quand elle ouvre la bouche: « Quelque chose ne pas va pas, Morgane ? » demande-t-il précipitamment, s'approchant d'elle rapidement et quand, une nouvelle fois, elle ouvre la bouche pour répondre, la porte de la chambre s'ouvre en claquant et les deux Aubins chargés de sa surveillance débarquent, baguettes au poing. “ Votre Majesté! hurle l'un tandis que l'autre vocifère déjà: — Vous êtes en état d'arrestation! ” sans même reconnaître Cyprien. Les yeux de Morgane s'étrécissent en se tournant vers eux. “ Dégagez de là, dites-elle brusquement avec une vulgarité qui ne lui ressemble pas le moins du monde. Tout va bien. Votre Majesté- - DÉGAGEZ! POUR L'AMOUR DE MERLIN, C'EST SON ALTESSE LE PRINCE, HORS DE CETTE CHAMBRE! ” Et puis, de rajouter devant leur hésitation: “ Oust, ” dans un sifflement vénéneux.

Ils se confondent en excuses, quitte la chambre, ferme la porte, nouveau silence où elle braque son regard bleu clair dans celui, à peine plus sombre, de son frère, de son meilleur ami, de son prince, de son dernier rempart et son premier lieutenant. Elle l'aime, Cyprien. Elle l'aime tellement mais des fois, il se ruine et ça lui fait mal au coeur.
Ce soir, toutefois, l'agacement, l'amour, la colère, la fièvre et le reste font mauvais mélange. Elle n'aime pas penser à Géodor, pas ainsi. Elle n'aime pas penser à la passion qui s'essouffle, à ses vieux os qui se fragilise, à l'horloge de son corps à elle qui tourne et aux nuits qu'ils passent plus volontiers dans des lits différents — quoique proches, seulement séparés d'un mur — qu'ensemble, l'un contre l'autre. En cet instant précis, Cyprien est la dernière personne qu'elle a envie de voir. “ Je suis malade, dit-elle simplement. Maintenant, si ce n'est pas trop te demander, j'aimerais me reposer. Pars, ” fait-elle sèchement, presque froidement, en remontant à nouveau la couverture et se remettant en position allongée, la lumière de la table de chevet s'éteignant progressivement en même temps qu'elle roule sur le flanc pour lui exposer son dos nu constellé de grains de beauté. Il l'agace, quand il est ivre sans elle. Il l'agace, quand il est ivre. En cet instant précis, il l'agace. “ Va retrouver ta catin mais va te ruiner ailleurs, ” grince-t-elle ensuite, un rien inexplicablement jalouse. Elle n'a jamais aimé les femmes qui tournent autour du charme naturel de Cyprien. Il mérite tellement... tellement mieux, tellement plus. Et elle, elle ne mérite pas de subir ses humeurs massacrantes.

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Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait, pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. (...) Et elle, au fond de son cœur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde.
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Morgane & Cyprien
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Il n'eut pas le temps de véritablement s'inquiéter de rien qu'on l'alpaguait de façon cavalière, l'accusant sans le faire d'avoir souhaité faire quelques mal à une royauté dont il faisait lui-même parti. Il n'avait jusqu'alors jamais été accusé de quoi que ce soit de ce genre là, et pourtant nombreuses étaient les unes de ces journaux qui lui donnaient bien des travers. Seulement il n'eut pas le temps d'élever la voix pour se montrer au grand jour que la reine dans une inélégance parfaite s'assurait de défaire toute ambiguïté. Morgane n'était ainsi que dans ces moments curieux où elle se trouvait être malade, la fièvre lui faisait oublier toute notion de retenue ou encore de bonnes éducations. Elle n'avait, en ces instants, plus rien d'une reine, et parfois n'avait, tout simplement, plus rien de noble du tout. Lui, n'était pas en reste au regard de cette ébriété dans laquelle il se trouvait, et n'avait aucune excuses exploitables face à la reine pour expliquer la présence concupiscente de son hypothétique maîtresse d'un soir. La garde s'excusait, disparaissait sans plus de cérémonie, et sans se demander à un seul instant s'il y avait quelques dangers à voir la reine rester seule en présence du prince. Personne ne se doutait jamais véritablement des intentions peu louables de celui-ci, tout le monde semblait s'exercer a l'art délicat de l’ellipse quand il s'agissait de mettre le doigt sur cette sentimentalité qui était la sienne. Pourtant assurément, en cet instant où personne n'était maître de ses mots et de ses actes au cœur de cette chambre, maints dangers auraient pu survenir. Il préférait néanmoins s'en soustraire tandis qu'elle se faisait lointaine, et pleine de ses indélicates attentions. Elle n'attendait rien de lui. Elle n'attendait jamais rien de lui. Tout ce qui comptait pour elle se résumer à une seule et unique personne. Géodor.

Face à ce constat, contraint de s'y soumettre, il ne pouvait qui mettre en conflit sa sentimentalité et son besoin de l'expier. Contrastes étonnants qui venaient se heurter à la réalité de pleine fouet, expression singulière d'une envie toute particulière de se voir couler dans les âpretés de luxure pour mieux oublier. Effacer un peu, à peine le temps d'un instant, ce mal qui, toujours, le rongeait sans jamais lui laisser ce répit auquel il aspirait ; juste pour mieux pouvoir exister sans qu'elle ne vienne exciter ses plus sombres pensées. Elle, toujours elle, à jamais elle. Elle était ce soleil noir qui exigeait tout de sa vie sans jamais rien lui donner, et lui, sombre pantins, se laissait prendre à ses jeux d'extases sans pouvoir y résister. Cruelles attractions qu'elle lui renvoyait à la face, noyant son bonheur dans des sourires fugaces échangés avec un autre, elle souffrait de ses jalousies perverses empreintes d'amertumes qui laissaient entrevoir un droit qu'elle s'appropriait autant qu'elle le lui abrogeait. Assurément, elle fermait les yeux sur cette condition d'esclave mené à la baguette et jeté à ses pieds qu'elle lui imposait sans une once de vergogne, se détournait de lui en se montrant aussi désobligeante qu'elle pouvait être arrogante. Il la détestait profondément dans ces instants là, et s'il n'avait eu ce respect accordé à ses amours infructueux, à leur amitié déjà ancienne, ainsi qu'à son rang de reine, alors il se serait fait un plaisir de se montre aussi infâme qu'elle pouvait l'être. Sa tendresse désarmée ne se faisait ainsi aucunement désarmante au regard de ce splendide papillon monarque qu'elle représentait. Elle n'en avait cure, n'y avait jamais prêté qu'une attention sommaire toute entachée de cette cruelle distinction qu'elle avait depuis longtemps fait entre lui et tout homme présent. Il n'était, après tout, rien de plus qu'un ami aux allures princières.

Tout prêt à partir après l'invective maladive de la dame de son cœur, tout prêt à la laisser le couvrir de ses vindicatifs propos au sujet de ses aventures devenues trop rares sans rien y rétorquer. Affreuse créature royale toute engoncée dans ses égoïsmes et ses égocentrismes, elle meurtrissait tout autant son attitude qu'elle lui causait d'horribles afflictions. Soudainement, tout autant que furieusement, il s'en retrouvait dégrisé. Dépourvu de ses instances les plus excusables, et enfiévré à ne plus pouvoir en pardonner les excès de sa reine, il se retournait vivement pour marcher vers ce lit qu'elle occupait. Sous le halo déjà mourant de cette lumière dont elle faisait varier l'intensité, il voyait son ombre grandir sur les murs, dépeindre ce calme furibond qui dénotait de l'état d'esprit courroucé qui était le sien. Nulle hésitations à venir, il se laissait aller à l’allégresse de ses fureurs qui déjà ne faisaient que déborder, inondaient ses retenues et noyaient les châtiments qu'il s'imposait. « Me ruiner ailleurs avec ma catin ? », souffle venimeux qui roulait sur sa langue pour mieux en être craché, « C'est donc ainsi que tu me vois ? Comme un homme vulgaire qui se jette dans les bras de n'importe qu'elle femme ? Qui ne sait rien faire d'autre que se vautrer dans la luxure pour oublier sa pitoyable vie ? », sa voix naguère calme, presque sifflée, prenait de mot en mot bien plus de forme, de rondeurs, de puissance. Sa voix naguère fluette, encore plein de ces charmes qu'il mettait dans chacun de ses discours, n'était plus qu'un râle de souffrance jetée à ce  dos qu'elle lui montrait avec tout le dédain dont elle était capable. « Tu te targues d'être la personne qui me connaît le mieux, tu te permets de me juger et de jeter l'opprobre sur ma personne, seulement tu es aveugle. Aveuglée par des années d'amitié où tu n'as jamais remis en cause ton comportement à mon égard et où j'ai tu la plupart de mes colères. ».

Il tremblait de tous ses membres, sentait sa fureur s'écouler sur les draperies de satins qui emprisonnaient sa reine. Le souffle court et néanmoins pas à court de maints reproches qu'il avait gardé trop longtemps pour lui, il dépassait allégrement les limites que leurs statuts leur imposaient, et se délestait ainsi des mœurs ainsi que des usages qui prévalaient face à un membre d'une telle éminence. Appuyant son genou ton contre le matelas d'un lit qui avait plus d'une fois vu les affres de sa solitude trompée à force de luxures appauvries, il s'étirait pour mieux venir chercher ce bras qui était celui de Morgane. Sans ménagement, et bien moins d'inquiétude qu'il avait pu en avoir naguère au regard de sa santé, il la forçait à le regarder. « Tout est et sera toujours de ta faute Morgane. Tu es l'artisan de mes déboires et de mes ruines. »,  soufflait-il entre mâchoires crispées par la colère, puis sans douceur il relâchait son entrave. Sans chaleur. Aucune. Et se retirait bientôt de cette indélicate position qui transgressait bien des lois. « Maintenant, je pars. », concluait-il en remettant de l'ordre dans sa tenue, reprenant aussi de cette assurance qui lui semblait pourtant inné, réajustant cette prestance indigne des agissements qui avaient été les siens. Bientôt, il se retirait de la chambre occupée par la reine. Il avait besoin de souffler.



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Et leurs pas, ébranlant les arches colossales, troublent les morts couches sous le pavé des salles. L’aube pâle a blanchi les arches colossales. Il fuit, l’essaim confus des démons dispersés ! Et les morts, rendormis sous le pavé des salles, sur leurs chevets poudreux posent leurs fronts glacés. Victor Hugo
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❝ STATUT SOCIAL : FILLE DE COMTE ÉLEVÉE AU SOMMET DE LA PYRAMIDE: MORGANE EST REINE DE FRANCE.
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Morgane n'a jamais habitué son entourage à la colère. Elle se souvient encore d'Elysée ânonner avec grande joie you have to be cold to be a queen, il faut être froid pour être reine. Ça fait bien longtemps que Morgane a laissé ses passions à la morte pour n'offrir au monde qu'un masque imperméable, un rempart imprenable. Elle est douce, la reine, mais aussi distante d'une manière gentille. Alors elle ne hausse jamais la voix, s'impose difficilement, reste souvent en retrait par rapport à son époux et au reste de sa belle-famille. Elle ne s'épanche qu'en compagnie de ses proches, révélant des opinions bien tranchées et une propension à la taquinerie toute maladroite. Avec Cyprien, surtout, elle est la plus naturelle. Elle a parfois l'impression qu'il la connait mieux que personne; après tout, avec son frère, elle a vingt ans de différence et avec le prince, seulement deux. Elle le considère comme son frère, au-delà même de son mariage avec Géodor. Elle n'a jamais envisagé sa vie sans lui.
Pourtant, cette fois-là, ce soir fiévreux et maladroit, elle ne veut pas de lui. Elle veut fermer les yeux et sombrer dans les bras si attirants de l'oubli, du sommeil. Elle sent pourtant une sueur froide s'accrocher à sa peau, enfoncer ses doigts avides dans ses poumons essoufflés et son front brûlant. Peut-être qu'elle parle trop vite, faisant couler sur sa langue un catin indigne de son rang et laissant transparaître dans sa voix une jalousie amère qui n'y a pas sa place; peut-être. Mais pas ce soir. Juste: pas ce soir.

Des fois, Cyprien lui offre une humeur irascible sans qu'elle ne comprenne. Elle, elle sait qu'il l'agace quand il se promène au bras de quelque moins que rien. Il mérite tellement plus, Cyprien. Il mérite, une princesse, il mérite une femme belle et importante, digne et élégante, il mérite... il mérite tout et pourtant, il reste dans son cercle vicieux et infernal de pétasses aussi inintéressantes qu'intéressées. Morgane aimerait lui ouvrir les yeux.
Mais pas ce soir. Pas ce soir.
Elle lui tourne le dos, se force à fermer les yeux, à oublier sa présence dans la pièce et s'attend presque à ce qu'il tourne les talons sans demander son reste. Le lendemain, elle lui écrira une missive pour lui demander de revenir, pour s'excuser autour d'une tasse de thé. Ils finissent toujours par se pardonner, Cyprien et Morgane, Morgane et Cyprien. C'est une affaire qui marche depuis des années, une complicité construite avec l'expérience et l'affection mutuelle. Elle n'a jamais douté qu'ils cesseront jamais d'être amis.
Elle le connait par coeur donc ce serait logique qu'il s'en aille, drapé dans son orgueil, surpris dans ses séductions enivrées. Mais non. Non. Pas cette fois. Pas ce soir. « Me ruiner ailleurs avec ma catin ? » cracha-t-il dans sa direction et Morgane fut à deux doigts de faire volte-face pour s'excuser, là, tout de suite; mais quelque chose la retient. Oui. Sa catin, sa salope, sa pétasse: il peut l'appeler comme il le souhaite, mais elle n'est rien, rien de plus que cela. « C'est donc ainsi que tu me vois ? Comme un homme vulgaire qui se jette dans les bras de n'importe qu'elle femme ? Qui ne sait rien faire d'autre que se vautrer dans la luxure pour oublier sa pitoyable vie ? » Les mots se perdent un peu dans la fièvre, lui échappent dans sa semi-conscience. Mais elle sait qu'ils ne peuvent pas, ne doivent pas se disputer ici et maintenant, pas quand il a bu de manière évidente, pas quand elle est malade et fiévreuse. Alors elle se tait, se mord douloureusement la lèvre, lui tourne le dos même si elle se met à serrer sa couverture entre ses doigts blêmes, soumise à une tension trop forte qui noue ses muscles.

Cyprien est la seule personne au monde qui la fait tant sourire, quand ils sont d'humeur taquine. Mais il est aussi la seule personne au monde à l'agacer si prodigieusement en un rien de temps; après tout, il est l'une des seuls dont les attaques directes viennent se ficher en plein coeur de la reine. « Tu te targues d'être la personne qui me connaît le mieux, tu te permets de me juger et de jeter l'opprobre sur ma personne, seulement tu es aveugle. Aveuglée par des années d'amitié où tu n'as jamais remis en cause ton comportement à mon égard et où j'ai tu la plupart de mes colères. »
Pardon?
Elle sent son poids basculer sur le matelas, l'entend se pencher dans un bruissement de tissu et tout d'un coup, il attrape son bras qui repose sur son flanc et la force à se retourner.
Il ne ressemble pas vraiment à lui-même, dans le clair-obscur de la chambre. Il ressemble à une version pervertie du Cyprien qu'elle a aimé, qu'elle aime tant. Ses traits sont froncés de colère, non, de fureur, non, de rage, une rage qui se relâche enfin. Morgane l'a rarement énervé, lui aussi. Des fois, elle subit ses coups de sang, ses exaspérations passagères dont elle n'entend jamais rien; mais il s'excuse promptement, se fouette, se retient (elle le sent, elle le sait, ne le questionne jamais). Cette fois, c'est un masque démoniaque d'un Cyprien qui ne se retient plus qui lui renvoie un regard mauvais. « Tout est et sera toujours de ta faute Morgane. Tu es l'artisan de mes déboires et de mes ruines. » Était-il tant alcoolisé qu'il ne faisait aucun sens? “ Tu me fais mal, Cyprien, ” lâche-t-elle d'une voix brisée, et il la relâche, et il tourne les talons; le couard. « Maintenant, je pars. » Et elle le regarde arranger sa tenue, lisser son pantalon sur ses cuisses, s'assurer que le col de sa chemise est bien fait autour de son cou; puis il prend la direction de la porte et c'est seulement lorsqu'il a la main sur la poignée et commence à l'ouvrir que Morgane intervient, enfin: “ non.

C'est un non royal et quémandeur, un non auquel on ne peut pas résister, auquel on ne doit pas, jamais résister. “ Cyprien, ne pars pas, ” souffle-t-elle, en se redressant à nouveau au milieu du lit, ramenant contre elle la couverture presque pudiquement et tout d'un coup, il y a une fragilité chez cette reine qui se targue d'être si distante, si froide comme sa belle-mère; une tension dans sa gorge qui menace de se briser en sanglots discrets, une tension dans cette épaule qui tremble, une tension dans ce regard qui a du mal à rester planté dans celui du prince. “ S'il te plaît.
Brusquement, elle enfouit son visage dans ses mains, pour pas qu'il ait à regarder son teint blême, la sueur froide qui lui colle à la peau, ses cheveux défaits et ses yeux gonflés. Mais aussi l'expression fragile et tendre qui froisse ses traits, ses émotions à fleur de peau. “ Je ne sais pas ce que tu racontes mais je te promets, je n'ai jamais voulu ça, marmonne-t-elle entre ses mains collées à son visage. C-Cyprien, Cyp, tu es mon meilleur ami et mon frère. C-comment peux-tu penser seulement que j'aie jamais voulu te faire du mal? Sciemment? ” Cette pensée lui fait si mal, qu'elle l'ait heurtée. Pendant des années, a-t-il dit. Mais pourquoi? Comment? Elle ne comprend pas, n'est pas sûre de vouloir comprendre. Tout ce qu'elle comprend, c'est qu'elle lui a fait mal, sans le voir, et qu'il en souffre; et il est son meilleur ami, il est le prince, elle est la reine; il n'a pas le droit de souffrir. “ Tu mérites tellement mieux, Cyp. Tellement plus et je te vois- j'ai l'impression que tu te ruines et ça me tue. ” Ses épaules s'agitent et elle enfonce le talon de ses paumes contre ses yeux. Elle ne pleure pas, elle ne peut pas pleurer, mais ça fait encore plus mal. Elle s'attend à le voir parti, à voir ses mots perdus dans l'oubli et le silence quand elle retire finalement ses mains de son visage pour observer la pièce à moitié plongée dans l'obscurité mais il est là. Il est resté.

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Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait, pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. (...) Et elle, au fond de son cœur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde.
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Morgane & Cyprien
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Du temps. Ce besoin de temps se fait de plus en plus pressant, course effrénée et continue après les aiguilles d'une montre qui jamais ne cessent leur course. Envolée furieuse de ces temps jadis qui, déjà, s'effacent pour ne plus rien laisser du bonheur éphémère de cette jeunesse dorée, pour ne plus rien y laisser que les affres de la morosité. Il avait, et il y pensait depuis déjà quelques longues semaines, besoin d'échapper à ce monde qui ne faisait jamais que l'écraser, de s'extirper de ses souvenirs qui ne faisaient jamais que le dévoyer. Les amours volages, les tentations fautives, et les soirées mondaines, ne suffisaient, désormais, plus à faire taire cette violence qui empoisonnait son cœur. Elle, elle ne s'en rendait pas compte. Rendue amblyope par cette amitié qu'il ne souhaitait plus partager, il ne pouvait qu'assister, plein de culpabilité, au dénouement d'une situation dans laquelle il les avait tout deux embarqué. Son mutisme, autant que sa passivité les avait tout deux conduits à la croisée de ces curieux chemins. Le point de non retour. Il ne pouvait, cependant, pas s'empêcher de lui en vouloir, parce qu'elle était celle pour qui il aurait pu crever, celle pour qui il aurait tout donné, et que tout cela elle l'avait toujours pensé acquis sans jamais remettre en question ce qui n'était, à l’évidence, pas un don. Il n'était pas de ceux qui pouvaient aimer sans rien demander en retour, il n'appréciait que trop peu de revêtir les sombres atours des amoureux transis et torturés. Il n'avait rien de chevaleresque, et se faisait à force de temps de plus en plus mesquin.  

Alors qu'elle lui demandait de ne pas s'enfuir, de cette façon intransigeante et royale ; lui, sentait tout son être se hérisser de haine vis à vis de cette femme dont il aurait souhaité la mort s'il n'avait pas tant voulu la posséder. Paradoxe infernal qui gouvernait sa vie depuis déjà bien trop longtemps, et avait déjà fait couler bien trop de larme sur les joues blême du prince qu'il était. Assurément, s'il l'avait pu, il aurait tout abandonné – titre, fortune, rang – pour simplement pouvoir l'oublier et vivre enfin au lieu de survivre à cette hérésie qu'elle lui faisait endurer. Seulement, encore trop attaché à cette réalité qui faisait de lui un homme courroucé, mais amoureux, il ne partait pas. Il ne se retournait pas non plus, le faire aurait été lui donner trop de cette importance qu'elle ne s'était jamais échiner à lui rendre. Il l'écoutait sans rien dire, sentait son cœur remonter au travers de sa gorge et déclencher cet incroyable dégoût qu'il avait autant pour lui que pour les propos qu'elle lui assénait. C'était un boucle incessante qui, toujours, lui donnait le bon rôle, celle de la femme bienveillante qui ne voulait pas qu'il se gâche. Elle l'avait gâché. Elle l'avait torturé. Elle avait fait de lui ce qu'il était désormais. Elle. Toujours elle.

Il humectait ses lèvres, cherchait un peu de cet air devenu rare au creux de sa gorge nouée et sèche, attendait que le silence retombe, que sa cruauté s'efface. Toujours le dos tourné, se main lâchait la poignée pour mieux se poser à plat sur le bois de la porte. Il avait besoin de quelque chose pour soutenir sa longue silhouette, sa force féline et néanmoins rendue muette. Un frisson de ses colères froides et néanmoins furieuses, s'écoulaient dans ses veines pour mieux marquer sa peau. Cyprien était à bout. Il était fatigué de tout cela. Épuisé à l'idée d'encore devoir subir ces choses là, celles qui jamais ne semblaient vouloir cesser. Il n'espérait désormais plus rien, il n'aspirait plus qu'à un semblant de paix. « Oui, je mérite mieux, Morgane. », le ton infiniment radoucit, et la voix perdue dans les silences de cette chambre qui avait été la sienne bien trop de fois, il prenait la décision de se défaire de tous ses poids qui l'encombraient depuis déjà trop longtemps. « J'aurais mérité ton amour et non pas cette vulgaire amitié que tu m'auras toujours jeté à la face. », il expirait tout en passant une de ses larges mains au cœurs de ses boucles auburn. « J'aurais mérité que tu me vois comme je suis. J'aurais mérité de ne pas avoir à subir tes amours avec Monteynard. J'aurais largement préféré que tu ne me fasses pas l'affront d'épouser mon propre frère et m'impose à jamais de te voir entre les mains d'un autre. Alors, oui, Morgane, tu as raison, j'aurais mérité mieux, et je mériterais toujours mieux, mais j'en viens à me demander si tu mérites tout l'amour que je t'aurais porté durant plus de vingt ans. ».

Les mots, ainsi prononcés, étaient d'autant plus frappant qu'ils étaient criants de vérité. Il lui avait sacrifié, pour rien, plus de la moitié de sa vie. Alors, seulement, il se retournait. Nul larmes au cœur de ses yeux céruléens, à peine plus de ses rictus infernaux dont il avait le secret, il arborait cette mine morne, ce masque plein de ces forces ignorantes qui faisaient montre de cette distance qu'il s'imposait. Qu'il leur imposait. Quelque chose s'était brisé autant en lui qu'aux cœurs de ces amitiés creuses et gangrenées qu'il n'avait jamais cesser d'entretenir de peur de la perdre. Il n'avait plus rien à y gagner si ce n'était le dédain infernal de sa dame de cœur, et la critique mesquine des amours dont elle n'avait jamais voulu. « Je te hais, Morgane, autant que je peux t'aimer. », il se mordait la lèvre, en faisait perler le sang dont il goûtait le goût âcre au cœur de cette violence qu'il renfermait. Plus d'ivresse. Juste de la douleur que son impassibilité rendait cruelle. « J'ai le regret de t'annoncer, que je dois mettre un terme à notre amitié. Cela fait déjà longtemps qu'elle n'est plus rien qu'un mensonge, qu'une trahison que tu te fais un plaisir de m'exposer de jour en jour. », il déglutissait, ravalait cette salive inexistante, qui tapissait sa bouche, puis reprenait de plus belle, avec tout autant de verve et bien plus encore de froideur. « Votre majesté, je vous fais l'honneur qu'il n'est plus que le roi pour m'ordonner de souffrir de votre présence, et qu'en qualité de frère du roi, je me permettrais de m'y soustraire. », moue imperturbable accrochée à ses lèvres boudeuses, il hochait la tête en guise de salut pour mieux s'extraire de cette pièce dont l'atmosphère déjà le happait pour ne plus le relâcher.

La porte claquait derrière lui, et il y restait. Soufflait sur son malheur, le morale en berne, le cœur en lambeaux.



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SOUVERAINETÉ MALADIVE
Et leurs pas, ébranlant les arches colossales, troublent les morts couches sous le pavé des salles. L’aube pâle a blanchi les arches colossales. Il fuit, l’essaim confus des démons dispersés ! Et les morts, rendormis sous le pavé des salles, sur leurs chevets poudreux posent leurs fronts glacés. Victor Hugo
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❝ STATUT SOCIAL : FILLE DE COMTE ÉLEVÉE AU SOMMET DE LA PYRAMIDE: MORGANE EST REINE DE FRANCE.
❝ OCCUPATION : ICÔNE DE LA MODE, IMPLIQUÉE DANS UN GRAND NOMBRE D'ASSOCIATIONS CARITATIVES BIEN PENSANTES ET SOUVERAINE À SES HEURES.


Cyprien la connait mieux que personne. Il sait comment elle pense, comment elle fonctionne, comment elle rêve. Morgane n'a jamais caché son désir d'avoir des enfants, et sa frustration en comprenant, en entendant que jamais Géodor pourrait en avoir. Ils savent tous les deux qu'ils sont plus fort que tous les rois, tous les nobles, tous les roturiers: eux contre le monde, comme ils le disaient quand ils étaient plus jeunes. Eux contre le monde, et aux flammes le reste. Ils sont révolutionnaires, anarchistes, prêts à destituer leur roi. Ils sont amis, ils sont frère et soeur, ils sont... âme-soeur, Morgane dirait même. La relation qui la lie à Cyprien est du jamais vu, pour elle en tout cas. C'est une relation entière et difficile, adolescente et adulte, passionnelle et calme. Cyprien ne met pas en avant le pire de sa personnalité, lorsqu'elle est à son contact, ni le meilleur. Il met en avant tout. Il la transforme en une version meilleure d'elle-même.
Mais . Elle sent, dans ses entrailles, quelque chose la bouffer de l'intérieur. Cyprien la connait mieux que personne et elle pensait le connaitre mieux que personne. Mais apparemment, ce n'est pas le cas parce que c'est pas son Cyp qu'elle a sous les yeux, son Cyp tendu de rage et venimeux de haine. Son Cyprien a toujours été contrôlé. Toujours été charmant et incroyablement généreux et tellement intelligent. Jamais méchant, jamais cruel, jamais méchant, jamais sous les yeux de Morgane.
« Oui, je mérite mieux, Morgane. » Mais sa voix est pourtant si destructrice. Si terrible. Et il utilise son nom comme une arme, comme un couteau qu'il lui enfonce dans le coeur, dans le dos, là, entre les omoplates. « J'aurais mérité ton amour et non pas cette vulgaire amitié que tu m'auras toujours jeté à la face. » Vulgaire amitié? Elle n'essaie même pas de comprendre le reste de sa phrase, le refuse. Vulgaire amitié? Comment ose-t-il lui jeter ça au visage? Leur amitié n'a rien, strictement rien de vulgaire: c'est lui qui l'est à dire cela! Leur amitié est tout aux yeux de Morgane. Elle l'apprécie, elle le respecte, elle l'adore, elle l'aime: voilà ce que signifie leur amitié à ses yeux. Vulgaire amitié? Morgane peine à croire que c'est Cyprien qui prononce ces mots; peut-être que sa fièvre la fait délirer.

« J'aurais mérité que tu me vois comme je suis. J'aurais mérité de ne pas avoir à subir tes amours avec Monteynard. J'aurais largement préféré que tu ne me fasses pas l'affront d'épouser mon propre frère et m'impose à jamais de te voir entre les mains d'un autre. Alors, oui, Morgane, tu as raison, j'aurais mérité mieux, et je mériterais toujours mieux, mais j'en viens à me demander si tu mérites tout l'amour que je t'aurais porté durant plus de vingt ans. » Ce discours n'avait aucun sens et les mots, à peine sortaient-ils de la bouche du prince pour se nicher dans l'oreille de la reine, perdaient leurs sens et s'évaporaient comme de la fumée, impossibles à attraper et à comprendre. Sous son regard hagard, Morgane vit son ami, son frère, son dernier rempart se tourner pour lui faire face, enfin, et vriller ses yeux bleus dans les siens à peine plus clairs. Il était rigide et froid, Cyprien, en cet instant précis, comme une statue antique ou un tableau moldu. Tous les muscles de son visage étaient domptés et maîtrisés, figés et contrôlés. Morgane détestait ce visage. Il était sensé être sincère avec elle, honnête et entier, tout comme elle l'était avec lui. Lui aurait-il menti tout ce temps? Vulgaire amitié. Ces mots la hantaient. « Je te hais, Morgane, autant que je peux t'aimer. M-m-mais moi aussi je t'aime, Cyp, ” lâche-t-elle dans un souffle défaitiste, comprenant lentement, pernicieusement que ça ne suffirait pas à ce prince arrogant et capricieux, qui voulait plus. Elle se sentait indignée, trahie, vulgaire sous le regard polaire que le Leblois portait sur elle. Elle avait envie de lui arracher les yeux et de lui hurler dessus mais n'en avait pas la force.
« J'ai le regret de t'annoncer, que je dois mettre un terme à notre amitié. Cela fait déjà longtemps qu'elle n'est plus rien qu'un mensonge, qu'une trahison que tu te fais un plaisir de m'exposer de jour en jour. » Et il disait cela comme ça, comme si leur vulgaire amitié n'avait jamais rien voulu dire. Toutes ces soirées passées à parler, à boire, à danser, à tout partager. Toutes ces journées à rêver, à s'imaginer voyager, à manger trop gras, à faire mine de se faire la tête. Tous ces moments volés à rire derrière des mains tendues, à se lancer des regards équivoques au-dessus des têtes blondes de l'Élite, à partager des blagues connues d'eux seuls, à refuser de laisser quiconque entrer dans leur monde.
Alors c'était ça, une vulgaire amitié? Presque vingt ans de complicité et d'amour, effacé, barré en quelques mots? « Votre majesté, je vous fais l'honneur qu'il n'est plus que le roi pour m'ordonner de souffrir de votre présence, et qu'en qualité de frère du roi, je me permettrais de m'y soustraire. » Et de partir.

Froid et distant, cérémonieux et cruel, terrible et tentateur. Tout ce qu'il n'avait jamais été pour elle. Oh, que lui était-il arrivé, à Cyprien, son Cyprien, Cyp? Celui qu'elle avait pris dans ses bras après leurs premiers chagrins d'amour, celui qu'elle savait qui serait toujours derrière elle, celui qui la couvait toujours d'un regard protecteur, amical, confortable? Avait-elle vraiment été l'artiste de leur déchéance, de la fin de leur vulgaire amitié, de la fin de leur amour?
Sans même réfléchir, Morgane jaillit du lit comme une folle, court littéralement la courte distance qui la sépare de la porte, l'ouvre sans se soucier de faire du bruit. Cyprien est toujours là: il n'a pas eu le temps de faire trois pas dans le couloir. Les deux Aubins qui encadrent la porte se tendent, font presque mine de s'emparer de leurs baguettes en dardant le prince d'un oeil suspicieux: ils n'ont pas pu entendre ce qui se passe derrière les portes closes d'un bâtiment royal, mais ils doivent bien lire la détresse dans la posture de leur souveraine à bout de souffle et chancelante, et la froideur crispée dans la silhouette du prince. “ Alors tu fuis, c'est ça? Cyprien, tu ne cesses de te comparer à ton frère mon époux mais si tu continues à faire le lâche comme lui, tu ne vaudras jamais mieux! ” s'écrie-t-elle, amère et terriblement vénéneuse, sans faire attention aux deux protecteurs qui tournent vers elle un regard aux yeux ronds. Mais elle s'en fiche, elle ne regarde que le prince qui lui tourne le dos.
Et puis à contrecoeur, d'en défaire ses yeux. “ Antoine, vous irez réveiller Blanche et vous assurer qu'on serve le thé dans le petit salon, et du café. Avec de la nourriture. Cyprien, lâche-t-elle ensuite entre des dents serrées, c'est à toi de décider maintenant si tu vas rester le lâche que tu as toujours été ou si tu vas t'acheter une paire de couilles pour une fois. ” Et la porte claque derrière elle, est verrouillée une fois qu'elle est dans la sécurité de la chambre; elle se laisse tomber contre le battant et enfouit son visage entre ses mains.

Dix minutes plus tard, elle a revêtu une peignoir, a dompté ses cheveux blonds et même si des cernes violets s'allongent sous ses yeux opalescents, elle n'en démord pas et descend dans le petit salon en compagnie de Blanche sa dame de compagnie, qui à peine réveillée a du mal à s'empêcher de bailler. Mais elle ne dit rien, serre le thé qu'Antoine l'Aubin a mis à réchauffer dans la cuisine des domestiques et bientôt, Morgane est affalée dans un confortable fauteuil avec une tasse tandis qu'un feu est allumé malgré la soirée chaude de mai. Qu'on l'appelle capricieuse et délurée, Morgane s'en fiche. Elle s'en fiche que les Aubins pensent qu'elle est dingue ou que Blanche ait des doutes sur sa santé mentale en cet instant précis: ne compte que Cyprien.
Qui ne vient pas. Elle sirote un peu de son thé, observe silencieusement la tasse de café qui refroidit qu'elle a versé pour le prince. Elle prend les décoctions médicinales qu'on lui a prescrit en ronchonnant à peine, boit son thé, joue du bout des doigts avec une confiserie trop sucrée pour l'heure nocturne. Quand la porte du petit salon s'ouvre, Morgane tressaille et s'attend presque à voir dans l'encadrement une Blanche anxieuse et maladroite, lui annonçant qu'elle ferait mieux de rentrer dormir vu que Cyprien a quitté la résidence.
Mais non. C'est lui.
Elle a envie d'être en colère et amère et indignée et elle a envie de lui arracher les yeux. Mais non. Elle n'y arrive pas. Elle peut juste le regarder, l'observer, le détailler comme pour la première fois. “ Je refuse que tu parles de notre relation comme d'une vulgaire amitié. Je refuse que tu finisses notre relation. Je refuse que tu me reproches ce que tu t'es infligé pendant des années, je refuse que tu m'appelles votre Majesté, je refuse que tu dises Morgane comme une insulte, je refuse que tu me mentes et et je refuse de te trahir. Tu aurais dû me dire, Cyprien, et tu es le seul à blâmer: si j'avais su, tout aurait été différent. ” Elle est froide, évite son regard, observe le thé dans sa tasse. “ Comment oses-tu seulement me reprocher de t'avoir gardé près de moi en tant qu'ami alors que j'ignorais tout de tes sentiments? Tu te serais vu à l'époque! Si... charmant et parfait! Jamais je n'aurais pu l'imaginer. Ne me blâme pas pour tes fautes.

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Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait, pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. (...) Et elle, au fond de son cœur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde.
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Morgane & Cyprien
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Colère. Fureur. Emportement. Le tout était lié par le maelström des plus perfides sensations. Bile noire distillée comme autant de poisons dans le lait des enfances passées. Comme une goutte de trop, une larme échappée, tombée dans le vase des eaux vives d'une existence, jusqu'alors, bien trop passive. Tout se déversait sans que l'on eu pu crier gare, tout se rependait sans que l'on eu pu y prévoir quelques échappatoires. Les vagues frénétiques des colères teintées de fureurs et ouvragées d'emportement ne laissaient jamais que ruines sur leurs passages, n'en délestant pas pour autant les cœurs de leurs savants désespoirs. Victime de ces sensations, tout autant que de ses sentiments les plus contradictoires, il se sentait dégrisé par ce soudain aveux qu'il eu préféré taire à jamais. Le fait d'avoir, ainsi, prononcé ces traîtres mots n'avaient en rien calmé ses ressentiments à l'égard de la reine, bien moins encore à l'encontre de son roi de frère. Il se sentait, à contrario, absolument vidé de tout espoir, comme délaissé par la simple idée qu'un idéal, peut être, pourrait un jour se révéler, se faire connaître parmi les maintes vicissitudes de son existence. Ainsi s'était il défait de ses craintes pour sauter à pieds joints dans le marasme de son plus sinueux cauchemar, il en regrettait les tournures sans pour autant en psalmodier les mots. Ce qui était fait ne serait pas à faire, pas plus qu'il ne songeait à le défaire. La douleur qui en découlait finirait bien, un jour, par disparaître, ou au moins par s'amenuiser. Il en doutait mais préférait taire ce moment d'incertitude pour mieux s'en persuader. Un peu. Juste un peu.

Sur le bord des escaliers, pas encore trop éloigné de cette porte qu'il venait de claquer, affrontant le regard des deux aubins. Ils n'avaient assurément rien entendus de ce qui s'était tramé au sein de cette chambre, ils n'avaient pas assisté à la déferlante de fureur du prince, et n'avait, de toute façon, aucune raison d'en entendre davantage. De ses mains réunies en une coupe, il frottait son visage pour mieux en effacer les stigmates d'une soirée trop mouvementée à son goût, et empoignait ses cheveux le temps de réfléchir. Réflexion que les inflexions de la reine rendirent bien trop éphémères. Furie parmi les furies, elle s'était extirpée de ses draps pour mieux se jeter contre cette porte qui les séparait. Échevelée, plus pâle que jamais, le souffle court, elle n'avait plus grand chose de la reine que les médias adulaient tant. Lui, la trouvait belle. Belle à lui en couper ce souffle qu'il tardait à reprendre. Belle au point qu'il se taise tandis qu'elle venait à faire esclandre dans les couloirs d'une des demeures royales. Il restait néanmoins droit comme un « i », adoptant la posture qui lui valait d'être parfois vu comme un homme hautain, et d'une froideur des plus glaciales. Son regard d'argent se plantait au cœur des billes de céruléens de la reine.

Il ne bronchait pas, n'esquissait pas même un quelconque mouvement de recul tandis que les aubains se montraient bien plus menaçants à son encontre, et tout aussi surpris à l'égard des réaction, et bien plus encore, des mots de la reine. “ Alors tu fuis, c'est ça? Cyprien, tu ne cesses de te comparer à ton frère mon époux mais si tu continues à faire le lâche comme lui, tu ne vaudras jamais mieux! ”, il sentait néanmoins son cœur tambouriner contre sa cage d'os, le forçant à se mordre la langue pour ne pas se montrer aussi venimeux qu'elle, pour ne pas se laisser de nouveau déborder par des colères bien trop mal maîtrisées. Tous ses efforts, les plus épuisants, étaient tournées vers le simple fait de donner le change. Donner cette impression de parfaite droiture, s’enrubannant avec soin dans cet orgueil qui le maintien debout et qui jamais ne le fait flancher. Seulement, Morgane est ainsi faite, jamais elle ne démordait d'un sujet quand elle se sentait acculée, toujours se vautrait dans les affres d'une violence déguisée sans pour autant se permettre de mâcher ses mots. C'était aussi pour ça qu'il l'aimait, pour ce genre de raisons qu'il appréciait sa compagnie et ne savait que difficilement s'en passer. Elle ne s'en rendait pas compte, et assurément n'avait-elle jamais osé se l'imaginer, mais tout ce qui faisait d'elle ce qu'elle était rendait son monde à lui bien plus beau. Tout ce qu'elle pouvait être était tout ce qu'il désirait le plus ardemment.

Elle se détournait de lui. Lui, il restait de marbre. “ Antoine, vous irez réveiller Blanche et vous assurer qu'on serve le thé dans le petit salon, et du café. Avec de la nourriture. ”, il ne bronchait pas même alors qu'elle remettait en question ses décisions, mettant en exergue le fait qu'il pouvait décider. Elle effaçait soudainement et volontairement tout ce qu'il lui avait dit. Elle se faisait reine sur l'échiquier, inversait la tendance qui faisait de lui le roi pour mieux pouvoir mener le jeu à sa façon. “ Cyprien, c'est à toi de décider maintenant si tu vas rester le lâche que tu as toujours été ou si tu vas t'acheter une paire de couilles pour une fois. ”, a tout cela pourtant il ne disait mot. Il préférait taire ce qu'il avait sur le bout de la langue, préférait s'en aller pendant qu'il en était encore temps. Il devait disparaître avant que ses désirs s'effacent au profit des siens. Il savait, et non sans peine, qu'elle gouvernerait à jamais sur ses sentiments, sur ses sensations, et bien plus encore sur l’entièreté de son existence. Il pouvait avoir eu maintes fois envie de la blesser, il savait qu'au bout du compte c'était lui qui en ressortirait le plus meurtri. En tout point, elle était bien plus forte que lui.

Le prince soufflait tout en secouant la tête en signe de dénégation. Il ne jetait aucun regard aux deux aubains qui avaient repris leur place et se jetaient, néanmoins, des regards curieux. Peut être se demandaient-ils se qui avait pu se passé au cœur de cette chambre, assurément se faisaient-ils des idées bien loin de la réalité. Lui, ce prince meurtri, préférait descendre pour mieux disparaître des radars de la reine. Il avait besoin de réfléchir pour ne pas se laisser fléchir aussi facilement. Dans les couloirs, il croisait Jeanne. Jeanne c'était celle qui tenait cette maison à bout de bras. Celle qui dirigeait d'une main de fer tout le personnel qui œuvrait sous ce toit. Les Aubains de la reine avait dû trouver judicieux de la sortir de son sommeil. Cyprien connaissait bien Jeanne, d'aussi loin qu'il se souvenait elle avait toujours été là, et bien qu'à ce jour elle était âgée d'une bonne soixantaine d'années passées, elle était toujours aussi vigoureuse et pleine de cette autorité naturelle qui forçait le respect. Elle n'avait pas remarqué sa présence, et lui l'observait sans mot dire.

Elle était encore marquée par les affres du sommeil. Toute engoncée dans sa chemise de nuit et dans un peignoir mal fermé, son chignon mal-tenu laissant tomber sur sa nuque de longues mèches grises, et ses yeux cernés de mauves rendus vagues par la fatigue, elle marmonnait quelques mots à l’encontre des exigences de la reine. Cela-fit sourire Cyprien. Elle n'avait jamais eu sa langue dans sa poche la bonne vieille Jeanne, et elle n'avait jamais loupé une chance de faire la leçon aux enfants royaux que l'on envoyait en vacances dans cette demeure reculée pour l'été. Sans un bruit, il s'installait à la table de la cuisine qu'elle occupait, elle cherchait dans les placards de quoi se préparer un thé, un café, ou même un grog, peu importait. Elle sortait ainsi tout ce dont elle avait besoin de façon méthodique et se retournait enfin. La surprise fut telle, qu'elle manquait d'en faire tomber la tasse qu'elle tenait entre ses doigts gracile, elle la rattrapait néanmoins de justesse avant de jeter un regard furibond à l'encontre du prince. « J'aurais dû me douter que vous étiez pour quelque chose dans tout ce tapage. », elle n'avait pas tort, il avait durant toute son existence était la cause de bien des problèmes et encore plus de quelques scandales qu'il avait fallu étouffer. «N'aviez vous pas une autre heure pour mettre en colère la reine ? Il faut toujours que vous fassiez différemment des autres. », ajoutait-elle avant de faire tomber dans le fond de sa tasse quelques grains de cafés solubles. « A dire vrai, Madame, c'est la reine qui m'a mis en colère. Rien de bien inhabituel. », répondait-il avec calme. « Et bien, allez donc vous excuser avant de venir pleurer parce qu'elle aura décidé de ne plus vous adresser la parole. », il étouffait un rire fort léger. « Ce n'est pas aussi simple que ça, je... », il n'eut pas le temps de terminer qu'elle lui coupait déjà la parole. Rares étaient ceux à oser agir ainsi envers la royauté, Jeanne se le permettait parce qu'elle avait été bien trop longtemps la nourrice de la fratrie royale. « Rien n'est compliqué avec vous Cyprien, il vous faut juste arrêter d'être celui que le monde veut que vous soyez. Cessez d'endosser l'image du prince charmant, osez un peu être celui qui fait frémir le monde, celui qui fait trembler la royauté. Vous avez toujours eu ça en vous, alors fichez nous un peu la paix avec vos histoires et faite la taire pour cette maisonnée ainsi que tous ces employés. », elle n'attendait aucune réponse, attrapait juste sa tasse pour mieux disparaître derrière la porte de service. « Et par la barbe de Merlin, arrêtez de faire les couvertures des magazines avec vos prostituées. » ajoutait-elle d'une voix étouffée par les murs qui les séparaient.

Jeanne lui avait mit du baume au cœur, pas assez pour le rendre joyeux ou encore habité de quelques bonhomie, mais assez pour lui permettre de revenir sur ses pas. Devant la porte du boudoir, il restait un instant sans se décider à rentrer, il chassait les poussières sur la manche de son complet, tirait le bras de ses chemises qui en dépassait légèrement, astiquait les boutons de ses manchettes, et finalement entrait sans demander son reste. Il n'eut en aucun cas le temps de dire quoi que ce soit, la reine avait déjà repris la parole, l'amochant un peu plus de ses longues tirades. “ Je refuse que tu parles de notre relation comme d'une vulgaire amitié. Je refuse que tu finisses notre relation. Je refuse que tu me reproches ce que tu t'es infligé pendant des années, je refuse que tu m'appelles votre Majesté, je refuse que tu dises Morgane comme une insulte, je refuse que tu me mentes et et je refuse de te trahir. Tu aurais dû me dire, Cyprien, et tu es le seul à blâmer: si j'avais su, tout aurait été différent. Comment oses-tu seulement me reprocher de t'avoir gardé près de moi en tant qu'ami alors que j'ignorais tout de tes sentiments? Tu te serais vu à l'époque! Si... charmant et parfait! Jamais je n'aurais pu l'imaginer. Ne me blâme pas pour tes fautes. ”. C'était toujours pareil avec elle, toujours de sa faute, jamais vraiment de la sienne. Il avait une autre version de l'histoire, il avait sa propre vérité.

Les mains enfoncées dans ses poches, il s'approchait de la fenêtre pour mieux observer ce que l'éclat de la lune gardait visible. Le parc était vide, joli, mais bien trop vide. « Et que me permets tu ? », laissait-il tomber alors, « Vois comment tu me refuses le droit de te détester, voir comme tu m'as toujours refusé le droit de t'aimer. Tu as toujours été ainsi Morgane, toujours à te trouver des excuses et à blâmer le reste du monde. », il se retournait pour mieux poser son séant sur le rebord de marbre de la fenêtre. Il croisait ses bras sur son torse et toisait la reine non sans audace. « J'étais si charmant que tu ne m'as jamais regardé, j'étais si parfait que tu as préféré épouser mon propre frère. La vérité Morgane, c'est que tu n'as jamais posé les yeux sur moi, tu n'as jamais voulu voir les évidences. Même mon frère, le roi, n'est pas sans ignorer cette vérité, même la reine mère s'en doute, et il faudrait au moins être aveugle pour ne pas deviner... Pourtant Morgane, tu n'as jamais rien vu, tu n'as jamais rien voulu voir que ce qui te faisait plaisir, que ce qui te plaisait. », il avait cette voix grave, sensuelle, toute empreinte de ces vérités qui explosaient, rendaient aux protagonistes qu'ils étaient leurs contours un peu plus flous, un peu moins mornes.

Il finissait, néanmoins, pas se redresser pour mieux s'élever sur ses longues jambes, s'élevant de toute cette hauteur que l'on trouvait gênante sur les photographies officielles. Toujours plus grand que le roi. Et il s'approchait d'elle. Sans vergogne, il se mettait à sa hauteur en venant placer une main sur chacun des accoudoirs de son fauteuil. Leur proximité était tel qu'il pouvait sentir son parfum se mêler aux effluves de ce thé dont il n'appréciait pas le goût.  « Alors, Morgane, dis moi, que devrais-je faire ? Devrais-je te demander de quitter le roi pour moi ? Devrais-je t'emporter avec moi loin de tout cela ? Ou devrais-je tout simplement verrouiller cette porte pour te montrer à quel point je peux avoir des couilles et au combien je suis plus apte que mon frère quand il s'agit de m'en servir ? », volontairement infernal et irrévérencieux, il affichait un sourire goguenard sur ses lèvres fines. Il savait qu'en parlant de l'incapacité de Geodor de procréer serait à jamais un problème dans leur couple, il savait aussi que c'était une blessure encore ouverte au cœur de l'ego de la reine. Il n'y avait rien de réjouissant à ce servir de telle bassesse, néanmoins, la façon dont elle se comporter à son égard le rendait bien moins apte à ravaler ses propos les plus acerbes. A en mesurer les conséquences.  



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SOUVERAINETÉ MALADIVE
Et leurs pas, ébranlant les arches colossales, troublent les morts couches sous le pavé des salles. L’aube pâle a blanchi les arches colossales. Il fuit, l’essaim confus des démons dispersés ! Et les morts, rendormis sous le pavé des salles, sur leurs chevets poudreux posent leurs fronts glacés. Victor Hugo
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La Maladie d'amour ♛ Morgane & Cyprien

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